Il y a deux types de vacanciers: celui dont la boussole montre le nord, et celui dont elle montre le sud. Entre les deux, il n'existe aucune comparaison possible (on notera au passage que l'idée d'un vacancier qui se contenterait de ne pas bouger de chez lui constitue une contradiction dans les termes).
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Il y a deux types de vacanciers: celui dont la boussole montre le nord, et celui dont elle montre le sud. Entre les deux, il n'existe aucune comparaison possible (on notera au passage que l'idée d'un vacancier qui se contenterait de ne pas bouger de chez lui constitue une contradiction dans les termes). Celui qui aime le sud recherche en général la mer, le sable, la chaleur, les calamars frits, l'odeur de crème solaire, les glaces à la crème et les cocktails aux fruits. Celui qui préfère le nord affectionne l'eau tiède des lacs et des étangs, les senteurs de forêt, les plats en sauce et les longues randonnées en short, grosses chaussures et sac à dos. Chacun son truc? Pas vraiment. Derrière ces choix en apparence superficiels se dissimule une véritable fracture métaphysique. Là où la plupart des philosophes ont l'habitude de se tourner vers le soleil en guise de modèle du Vrai, du Beau ou du Bien, Martin Heidegger, le Maître de la Forêt-Noire, aussi célèbre pour ses vestes de chasseur que pour ses sympathies nazies, compte parmi ceux ayant élu un autre symbole directeur: celui de la clairière. Pour Heidegger, la vérité de tout étant recouverte d'un voile qu'il n'est pas en notre pouvoir de percer, seule l'apparition de l'Être en tant que tel peut nous amener à en prendre conscience -sous la forme d'une percée, d'une ouverture dans la grande canopée de ce qu'il appelle "l'Étant". L'"ouvert de l'Être", tel est ce que la clairière incarne: le moment où les nuage s'écartent et où peut être vécu quelque chose d'autre que la quotidienneté moderne des existences - le moment où l'Être se laisse enfin voir au milieu de l'Étant. Tout jeu de mot avec "étang" faisant l'objet d'une ferme prohibition de la part de la rédaction, on n'en tirera aucune conclusion décisive sur ce qui oppose un lac de montagne avec une clairière. Sinon que les randonneurs sont des sacrés farceurs.