De Naoki Urasawa, Éditions Futuropolis.
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C'est au tour de Naoki Urasawa (l'auteur star entre autres des mangas Monster et 20th Century Boys) de revisiter les salles du Louvre dans la collection des éditions Futuropolis dédiée au célèbre musée. M. Kamoda, abandonné par sa femme et criblé de dettes, se retrouve avec sa fille à Paris après avoir croisé sur sa route un "signe des rêves". Il y sera question de manipulations, d'un personnage mystérieux et d'une quête désespérée autour de La Dentellière de Vermeer. C.B.Quelle bonne idée a eu là Fabien Nury (Tyler Cross, Il était une fois en France, Katanga...) de faire de la vie tragique et rocambolesque de Charlotte de Belgique, fille de Léopold Ier devenue brièvement Impératrice du Mexique avant de mourir folle et recluse à 86 ans, une mini-série qu'il a confiée à Matthieu Bonhomme: le semi-réalisme flamboyant du dessinateur de Messire Guillaume, Texas Cowboys et Esteban est à la hauteur de la saga qu'ils racontent et que le Visconti du Guépard aurait adorée. O.V.V.La diffusion de l'adaptation de The End of the Fucking World sur Netflix a peut-être changé la vie du dessinateur américain Charles Forsman, elle n'a pas encore influencé le contenu de ses comics indés, ni la fidélité à L'Employé du Moi pour les découvrir en français. Dans Pauvre Sydney!, récit intime et parfois fantastique d'une ado mal dans sa peau, on retrouve son goût pour les misfits et les freaks des banlieues US, dépressifs mais loin d'être déprimants. O.V.V.En à peine trois albums (Les Noceurs, Les Amateurs et Panthère), le Gantois Brecht Evens s'est imposé comme le nouveau prodige de la BD européenne. Une réputation flatteuse assise sur un style flamboyant, baroque et poétique, sorte de spectacle pyrotechnique permanent capturant aussi bien Picasso, Chagall qu'Ensor dans son shaker d'aquarelles. Ces ingrédients tapissent Les Rigoles, dont l'arc narratif -le récit mosaïque d'une nuit de folie dans une grande ville- rappelle Les Noceurs, et les échappées récurrentes vers le fantastique la tonalité onirique de Panthère. Pavé de fulgurances graphiques tantôt intimistes, tantôt luxuriantes, l'histoire entrelace les trajectoires d'une poignée de personnages que la nuit engloutit. La géographie cinétique s'articule autour de quelques ports d'attache où se croisent ces destins: un restaurant branché et surtout le Disco Harem, boîte de nuit et temple arty de ce Pigalle impressionniste. Une fresque endiablée qui ne serait qu'un exercice de style virtuose si Evens n'ajoutait à sa vision une piquante et souvent hilarante observation des moeurs contemporaines, dialogues déjantés à l'appui. La nuit agit comme un accélérateur de particules, révélant les failles et les désirs. Comme chez Rodolphe, alias Baron Samedi, qui entame son marathon nocturne au creux de la vague et renaît en prince de la fête insatiable. Chaque planche explose à la figure ou au contraire aspire tout entier le regard, au rythme des pulsations frénétiques de cette jungle urbaine. Du grand art. L.R.Sans un mot, si ce n'est la mention discrète de la date et du lieu de chaque scène en bas de page, le Français Tom Haugomat réussit l'impossible: raconter la vie d'un homme de sa naissance à sa mort. Tout y passe: l'enfance heureuse en Alaska, les rêves d'étoiles, la maladie de la mère, la carrière à la Nasa, la paternité, le divorce, la dépression, la vieillesse. C'est dire la force poétique et cinématographique de ses images, bijoux graphiques sculptés dans des tons pâles charriant une infinie mélancolie. Un album bouleversant. L.R.Rentrée chargée pour le surdoué et surproductif Bastien Vivès: outre un avant-dernier épisode de la saga Lastman attendu avant la fin de l'année, le Français sort coup sur coup deux albums qui tiendront, comme à son habitude, et de l'art et du cochon, mais en des proportions variées. Dans Le Chemisier, chez Casterman, où un bout de tissu va transformer une fille banale et invisible, telle La Moustache d'Emmanuel Carrère, on retrouve le Vivès sensuel sous influence Claude Sautet. Dans Petit Paul par contre, qui ouvre une nouvelle collection "Porn'Pop" chez Glénat, c'est le sale gosse priapique et obsédé adepte de la BD porno et provoc' qui se laisse aller avec ce récit qui fait suite aux Melons de la colère (paru chez BDCUL) et effectivement très charnu. O.V.V.Retour aux recherches formelles pour le duo intello-rigolo Ruppert et Mulot: c'est sous la forme d'une carte routière que se lit et s'apprécie leur dernier opus, soit une suite en images à L'Après-midi d'un faune de Debussy, lui-même d'abord inspiré d'un poème de Mallarmé. Soit ici, 110 danseurs et danseuses pour remplacer leurs 110 mesures et 110 alexandrins, disséminés dans une soirée décadente et contemporaine qui se lit par séquences au dépliage, ou tel un grand poster narratif une fois cette Soirée dépliée. O.V.V.Nick Drnaso nous avait percuté avec son Beverly, sorti l'année passée et récompensé du Fauve révélation à Angoulême 2018. Le voilà de retour avec Sabrina, une sombre histoire d'enlèvement. Teddy se réfugie, après la disparition de Sabrina, sa petite amie, chez son ami Calvin, technicien informatique dans l'armée. Leurs vies basculent lorsqu'une vidéo du meurtre de la jeune fille fait son apparition sur les réseaux sociaux et devient virale. L'auteur américain poursuit sa réflexion sur la jeunesse et plus particulièrement sur l'hyperconnexion du monde. Troll, fake news et théories du complot sont au menu de cette deuxième histoire du petit génie nominé au fameux Man Booker Prize, prestigieux prix littéraire anglo-saxon, une première pour une bande dessinée! C.B.Depuis qu'elle a été confrontée à la laideur la plus totale (les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015), Catherine Meurisse cherche inlassablement le beau. Après La Légèreté, voilà donc Les Grands Espaces, où l'auteure revient à son enfance, à la campagne et à la nature, plus libre que jamais. O.V.V.Suite et peut-être apogée du "roman autobiographique" qui a fait de Riad Sattouf une star internationale: le quatrième opus de son Arabe du Futur est enfin annoncé et couvrira les années 1987-1992, quand le petit Riad, tiraillé entre sa mère bretonne et son père syrien, devient adolescent... Un volume de 288 pages où se côtoieront donc rire et drame (son père se radicalise, jusqu'au coup d'État), petite et grande Histoire. O.V.V.