En 2005, Denis Demonpion, lauréat du Goncourt de la biographie en 2018 pour "Salinger intime", avait tenté de décortiquer la vie mystérieuse de l'auteur des "Particules élémentaires" en racontant notamment les rapports tumultueux de l'écrivain avec ses parents ou ses relations ambiguës avec la secte des raéliens.

A l'époque, l'écrivain qui n'avait pas souhaité rencontrer le journaliste avait dénoncé le portrait peu flatteur qui était fait de lui. "Michel Houellebecq ne tolère que les écrits de ses thuriféraires", affirme Denis Demonpion dans la préface de sa nouvelle édition (400 pages, 24 euros, Buchet-Chastel).

Depuis 2005, Michel Houellebecq a décroché le prix Goncourt (en 2010), il s'est marié (en 2018), a reçu la Légion d'honneur des mains du président Emmanuel Macron (en 2019) et est devenu l'un des auteurs français les plus traduits à l'étranger. Le journaliste raconte tous ces épisodes avec un regard toujours sévère.

Portraits à charge

Le Goncourt? Surtout grâce à l'entregent de l'éditrice Teresa Cremisi, "femme d'influence et de réseaux", laisse entendre Denis Demonpion qui évoque des "manoeuvres en coulisses" pour que "La carte et le territoire" décroche le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone.

L'éditrice Teresa Cremisi © Getty Images

La description de la soirée qui a suivi l'attribution du prix Goncourt à l'écrivain n'est pas flatteuse. "La nuit était déjà très avancée, champagne et alcools forts avaient coulé à flots, un taxi fut appelé pour raccompagner un Michel Houellebecq titubant. Il fallut l'aider à monter en voiture. Le lendemain, il était programmé sur un plateau télé"...

Au moins, cette fois, vous êtes sûr que je ne m'essaierai pas à vous contredire

On se lasse des portraits à charge et parfois peu élégants. "A table, écrit Denis Demonpion, il écluse pas mal, retire le cas échéant, avec le plus grand naturel, son dentier devant les invités, s'affale quelquefois sur son assiette". "Michel Houellebecq est devenu un produit d'appel, une marque", affirme le biographe qui s'amuse qu'"on le consulte pour un oui, pour un non".

Quand le journaliste affirme que l'écrivain "a fait beaucoup d'excès", il ajoute: "les neurones en auraient-ils pâti?". "Les gens achètent (ses livres), concède le biographe, quand bien même en se pinçant le nez, pour le frisson, l'invective, le voyeurisme, la détestation du prochain, la possibilité du scandale".

Soulignant que l'écrivain "réactionnaire" et le président Emmanuel Macron sont "à tu et à toi", le biographe suggère que la prochaine étape dans le parcours de l'écrivain pourrait être son élection à l'Académie française. "La secrétaire perpétuelle Hélène Carrère d'Encausse rêve de l'accueillir sous la Coupole", écrit-il avant d'ajouter que "lui-même s'y verrait bien". "Sous son allure de petit roi anémié, Michel Houellebecq a cultivé une image de dandy exténué, abrasé, délabré. Il n'en demeure pas moins en lui une volonté farouche de dominer, d'être le premier", soutient Denis Demonpion.

Pour écrire sa biographie, le journaliste n'a pas rencontré l'écrivain. Il lui a cependant adressé un courriel pour prendre rendez-vous. L'écrivain âgé de 63 ans a décliné mais lui a répondu que "au moins, cette fois, vous êtes sûr que je ne m'essaierai pas à vous contredire".