Le sujet, et l'indignation, leur sont venus comme débutait la série Africa Dreams: par une visite au musée royal de l'Afrique centrale, à Tervueren. L'ancien musée du Congo, né à la fin du XIXe siècle, lorsque le Roi Léopold II a voulu donner une vitrine à "son" Congo, qui lui appartenait alors. "J'ai connu, comme Paul, notre personnage principal, des voyages scolaires au musée de Tervueren, nous a expliqué Maryse Charles, co-auteure, comme souvent, avec son époux, des scénarios d'Africa Dreams. On vous y expliquait, avec un grand sourire, que notre grand Roi avait donné le Congo à la Belgique après l'avoir d'abord acheté avec ses propres deniers pour, comme dit dans le premier tome, "apporter la civilisation à ceux qui étaient alors des sauvages"... On sait depuis ce qu'il en est et en a été, les exactions, les abus, les crimes... Mais oui, en Belgique, le sujet de notre passé colonial est toujours polémique. Beaucoup d'autres pays ont demandé pardon ou dressé un vrai bilan de leur époque colonialiste. Ici, c...

Le sujet, et l'indignation, leur sont venus comme débutait la série Africa Dreams: par une visite au musée royal de l'Afrique centrale, à Tervueren. L'ancien musée du Congo, né à la fin du XIXe siècle, lorsque le Roi Léopold II a voulu donner une vitrine à "son" Congo, qui lui appartenait alors. "J'ai connu, comme Paul, notre personnage principal, des voyages scolaires au musée de Tervueren, nous a expliqué Maryse Charles, co-auteure, comme souvent, avec son époux, des scénarios d'Africa Dreams. On vous y expliquait, avec un grand sourire, que notre grand Roi avait donné le Congo à la Belgique après l'avoir d'abord acheté avec ses propres deniers pour, comme dit dans le premier tome, "apporter la civilisation à ceux qui étaient alors des sauvages"... On sait depuis ce qu'il en est et en a été, les exactions, les abus, les crimes... Mais oui, en Belgique, le sujet de notre passé colonial est toujours polémique. Beaucoup d'autres pays ont demandé pardon ou dressé un vrai bilan de leur époque colonialiste. Ici, c'est toujours difficile."Un sujet polémique que les auteurs abordent frontalement, à regarder la couverture de ce dernier tome: le profil sinistre et inquiétant de Léopold II, placé à côté d'une jeune Africaine à la main coupée... Si tout n'est pas dit, le message est limpide: cet ultime "rêve africain" des époux Charles tient en réalité du cauchemar. Un cauchemar qui les a poussés à faire, sans fard, le "procès colonial" d'une époque et d'un Roi qui sort rincé de ce récit de fiction nourri de réalités historiques et dont il est l'un des principaux personnages. "On aurait bien voulu le trouver sympathique et le traiter autrement. Mais toutes les sources l'indiquent: c'était un vrai méchant."Ce n'est évidemment pas la première fois que le sujet du Congo, et du Congo de Léopold II, est traité en images et en bande dessinée. On se souvient, pour ne citer que les plus récents, de l'extraordinaire Kongo du Suisse Tom Tirabosco, narrant l'odyssée de Joseph Conrad dans "le plus vide des espaces vides de la surface figurée de la terre" qui lui inspirera plus tard son célèbre Coeur des Ténèbres. Plus récemment encore, des auteurs belges et installés comme Hermann ou Zidrou se sont aussi frottés au continent africain et aux réalités congolaises. Mais rarement la charge fut aussi lourde et documentée qu'ici, qui plus est par des auteurs qui ne nous avaient pas habitués à pareille virulence ou militantisme, eux que l'on connaissait surtout pour leurs India Dreams, War and Dreams ou American Dreams. Certes toujours très documentés et dans une veine réaliste, ces albums-là brillaient plus par leur exotisme exacerbé que par leur contenu politique. Cette fois, si le trait réaliste et les couleurs directes de Bihel font toujours merveille pour les amateurs du genre, le propos n'a plus rien de romantique: "La question politique a toujours été là, on voit à chaque fois que c'est le profit qui mène la danse. Mais sur le Congo de Léopold II, et le Congo tout court, c'est impossible de ne pas s'engager: nous aimerions convaincre le musée de Tervueren de donner un écho à cette bande dessinée et surtout à son contenu, cette histoire encore très mal comprise et très mal expliquée." Un engagement qui semble en tout cas grandir avec notre couple de Hennuyers, actifs depuis près de 40 ans dans la bande dessinée: "Ce qui se passe là-bas est réellement atroce, un vrai carnage. Il y a d'autres BD à faire sur place, notamment autour de l'hôpital Panzi du docteur Mukwege. Nous avons aussi un gros projet autour de la Chine. Un récit qui s'étalera sur 100 ans d'Histoire, et là aussi, d'atrocités."