Cette fois, ça y est, l'année 1988 se termine dans les rues et les bureaux de la brigade criminelle de Baltimore. Ce dernier tome démarre le 22 juillet, pour s'achever le 31 décembre. Cinq nouveaux mois d'enquêtes, de morts (la ville du Maryland comptera cette année-là 240 homicides) et de noms inscrits en rouge sur le panneau de la brigade, et qui y resteront tant que leur affaire ne sera pas réglée. L'inspecteur Pellegrini continue de travailler sur le dossier de la petite Latonya Wallace, à la recherche épuisante d'un témoin; le détective Waltemey...

Cette fois, ça y est, l'année 1988 se termine dans les rues et les bureaux de la brigade criminelle de Baltimore. Ce dernier tome démarre le 22 juillet, pour s'achever le 31 décembre. Cinq nouveaux mois d'enquêtes, de morts (la ville du Maryland comptera cette année-là 240 homicides) et de noms inscrits en rouge sur le panneau de la brigade, et qui y resteront tant que leur affaire ne sera pas réglée. L'inspecteur Pellegrini continue de travailler sur le dossier de la petite Latonya Wallace, à la recherche épuisante d'un témoin; le détective Waltemeyer tente de comprendre l'acharnement d'un tueur fou aux trousses d'une camée; et la jeune recrue Holley bosse sur le dossier Johnson "comme si c'était le seul meurtre dans l'histoire du monde", tout le contraire de son collègue Rich Garvey, qui va bientôt voir sa "putain de série de dix résolutions de suite" s'achever dans une ruelle avec le cadavre d'un jeune Noir de 21 ans, sans traces ni témoins: "Ce dossier restera irrésolu longtemps après qu'il aura commencé à picoler sa pension. Dans les rues de Baltimore, l'année parfaite n'est qu'une volute fragile. Un fragment d'espoir agonisant. Pâle, affamé et faible. Affaire suivante!" On l'aura dit et même répété pratiquement à chaque tome de Homicide, on ne changera donc pas de cap quant à ces 150 dernières pages d'un grand oeuvre qui en aura demandé près de 800 et près de dix ans de travail exclusif à son auteur, le Français Philippe Squarzoni. Cette minisérie-là restera parmi les meilleures de la décennie tant pour son fond -une immersion au plus près d'une brigade de "19 flics moustachus des années 80, certains réacs, certains un peu misogynes, et en tout cas tous très différents de moi, mais que David Simon laisse parler avec beaucoup d'empathie et jamais de cynisme", comme nous l'avait expliqué l'auteur- que pour sa forme, qui réinvente presque à chaque double page les rapports texte-image, et qui construit à chaque chapitre des systèmes narratifs extrêmement originaux au seul service du récit et de sa crédibilité: splash pages, redondances, incrustations, usage de la couleur et des bichromies, dessin synthétique... Le tout pour faire ressentir au lecteur cette "tension permanente entre l'immobilisme et la tentation d'avancer, au cours du travail policier". Sans doute faudra-t-il attendre une intégrale (au prochain réveillon?) pour prendre la juste mesure de cette adaptation hors norme, et qui surpasse en qualité et invention graphiques la Saison brune que Squarzoni avait publié en 2012, longue enquête très fouillée sur le changement climatique, et qui jusque-là lui servait de référence.