"Mon père était persuadé que j'allais mal tourner. Je n'ai pas mal tourné, j'ai été tout droit... Trop vite sans doute?!" Pour les rares qui ouvriraient Tout ou rien! sans savoir de quoi il s'agit, si ce n'est un récit punk à voir le look que le personnage en colère affiche en couverture, Thierry Guitard précise d'emblée: "À 19 ans, bloqué dans 9 mètres carrés, je m'évade au travers de voyages intérieurs. (...) En entrant en prison, je n'étais peut-être qu'un petit voyou, en ressortant je serai irrécupérable!" Tout ou rien! ...

"Mon père était persuadé que j'allais mal tourner. Je n'ai pas mal tourné, j'ai été tout droit... Trop vite sans doute?!" Pour les rares qui ouvriraient Tout ou rien! sans savoir de quoi il s'agit, si ce n'est un récit punk à voir le look que le personnage en colère affiche en couverture, Thierry Guitard précise d'emblée: "À 19 ans, bloqué dans 9 mètres carrés, je m'évade au travers de voyages intérieurs. (...) En entrant en prison, je n'étais peut-être qu'un petit voyou, en ressortant je serai irrécupérable!" Tout ou rien! sera donc le récit sans fard de sa jeunesse et de son parcours, qui le mènera trop vite en prison mais aussi à sa vocation première et viscérale de dessinateur. Un dessinateur punk, engagé mais pro, passé par Libération, le New Yorker ou Rock & Folk et auteur de livres nerveux et violents tels 1er Round (Un Regard Moderne), La Véritable Histoire de John Dillinger (Denoël Graphic) ou Double violence (Verticales). Pas un perdreau de l'année donc, et qui met toute sa science de la BD indé, sous haute influence américaine -à commencer par un gros trait noir et plein, omniprésent ici-, pour se raconter, raconter une époque et y aller à fond, sans concessions ni clichés, mais avec une honnêteté et une expérience de vie qui en font un témoignage plus que précieux, quelque part entre les romans d'Edward Bunker (Aucune bête aussi féroce) et Les Aventures de Gérard Lambert (le classique de Renaud). S'il n'était pas prédestiné aux ennuis, Thierry Guitard a coché toutes les cases pour y tomber. Une enfance dans "une ville dortoir du Val d'Oise", bâtiment K, 2e étage, appartement 544. Un père d'abord violent puis absent; un drame quasiment inhumain (un petit frère qui meurt noyé), une mère dépassée, une précarité qui s'installe et des figures d'autorité qui, toutes, faillent. À treize ans, le petit Thierry est déjà en rage, et mal embarqué: "Plus les adultes essaient de me faire rentrer dans le "droit chemin", plus je m'en écarte...". À seize, devenu punk, c'est quasiment foutu: "Pour moi c'est plus qu'une mode... L'école je n'y vais plus. Je continue à m'instruire comme je peux, à dessiner et surtout à fumer... Fumer du shit." Et à 19, après un peu de trafic et le choix de ne pas balancer, ce sera la prison. Une prison qui inspire les pages les plus fortes de ce roman graphique qui n'en manque pas, de force. Des pages où tout est uniformément gris et où la couleur ne pénètre que rarement, par les fenêtres ou à travers cet éducateur qui lui propose de "participer à un journal fait par d'autres détenus". Une lueur dans la nuit.