Le paradoxe vaudrait à coup sûr un jeu de mots sarcastique du détective Nestor Burma s'il avait dû vivre au XXIe siècle: à l'heure des réseaux sociaux et du tout numérique, la bande dessinée franco-belge se trouve encore un avenir dans ce bon vieux papier journal. Ainsi les nouvelles aventures de Nestor Burma, chez Casterman, toujours inspirées des romans de Léo Malet, mais aussi de l'univers graphique de Tardi: si le nouvel album cartonné et en couleurs arrive en librairie fin de ce mois, les amateurs ont déjà pu lire Micmac moche au Boul'Mich en grand format noir et blanc, vendu depuis le mois d'août en tranche mensuelle de trois gazettes de 30 pages. Idem pour Le Château des Etoiles, chez Rue de Sèvres, série jeunesse et fantastique d'Alex Alice, elle aussi prépubliée depuis ses débuts dans ce format journal et par tranche mensuelle. Même Le Lombard a récemment fait appel au principe, en publiant à l'occasion de la sortie du nouveau Ric Hochet une vraie fausse édition de La Rafale, le quotidien qui l'emploie. Trois exemples parmi d'autres de ce retour du papier journal et de l'esprit feuilletonesque sur les comptoirs des librairies BD, réponse maligne des éditeurs en manque de visibilité et parfois de ventes, qui avec ce détour par la gazette augmentent justement à la fois les ventes (on évoque des tirages avoisinant les 20.000 exemplaires pour les gazettes de Nestor) et la visibilité de leurs héros (présents ainsi plusieurs semaines sur les étals).

L'ombre de Tardi

Casterman
© Casterman

Reste évidemment à justifier le principe de cette double publication auprès des potentiels acheteurs, et à l'appliquer aux séries idoines. Dans le cas de Nestor, le recours au feuilleton et au grand format noir et blanc n'est guère discutable: outre le fait d'être ainsi en plein dans l'esprit de ce que furent les romans de Léo Malet, mélanges de roman de gare feuilletonesque et de hard boiled à la française dans le Paris de l'après-guerre, la BD Nestor Burma offre aussi un pur plaisir graphique, qui justifie et supporte pleinement la parution grand format et noir & blanc; initiée par Jacques Tardi, la série se fonde encore sur un univers graphique qui porte profondément sa marque, et dans lequel se sont parfaitement fondus ses successeurs, d'abord Emmanuel Moynot et désormais Nicolas Barral. Barral, habitué des adaptations (la série Baker Street) et des pastiches (hilarantes aventures de Philip et Francis, directement inspirées par Blake et Mortimer), trouve ici le parfait juste milieu entre la graphie nerveuse de Tardi et son propre style plus ligne claire. Une réussite, qu'on la déguste en album ou en gazettes.

NESTOR BURMA (TOME 9), DE MALET ET BARRAL, ÉDITIONS CASTERMAN, 96 PAGES.

Le paradoxe vaudrait à coup sûr un jeu de mots sarcastique du détective Nestor Burma s'il avait dû vivre au XXIe siècle: à l'heure des réseaux sociaux et du tout numérique, la bande dessinée franco-belge se trouve encore un avenir dans ce bon vieux papier journal. Ainsi les nouvelles aventures de Nestor Burma, chez Casterman, toujours inspirées des romans de Léo Malet, mais aussi de l'univers graphique de Tardi: si le nouvel album cartonné et en couleurs arrive en librairie fin de ce mois, les amateurs ont déjà pu lire Micmac moche au Boul'Mich en grand format noir et blanc, vendu depuis le mois d'août en tranche mensuelle de trois gazettes de 30 pages. Idem pour Le Château des Etoiles, chez Rue de Sèvres, série jeunesse et fantastique d'Alex Alice, elle aussi prépubliée depuis ses débuts dans ce format journal et par tranche mensuelle. Même Le Lombard a récemment fait appel au principe, en publiant à l'occasion de la sortie du nouveau Ric Hochet une vraie fausse édition de La Rafale, le quotidien qui l'emploie. Trois exemples parmi d'autres de ce retour du papier journal et de l'esprit feuilletonesque sur les comptoirs des librairies BD, réponse maligne des éditeurs en manque de visibilité et parfois de ventes, qui avec ce détour par la gazette augmentent justement à la fois les ventes (on évoque des tirages avoisinant les 20.000 exemplaires pour les gazettes de Nestor) et la visibilité de leurs héros (présents ainsi plusieurs semaines sur les étals). Reste évidemment à justifier le principe de cette double publication auprès des potentiels acheteurs, et à l'appliquer aux séries idoines. Dans le cas de Nestor, le recours au feuilleton et au grand format noir et blanc n'est guère discutable: outre le fait d'être ainsi en plein dans l'esprit de ce que furent les romans de Léo Malet, mélanges de roman de gare feuilletonesque et de hard boiled à la française dans le Paris de l'après-guerre, la BD Nestor Burma offre aussi un pur plaisir graphique, qui justifie et supporte pleinement la parution grand format et noir & blanc; initiée par Jacques Tardi, la série se fonde encore sur un univers graphique qui porte profondément sa marque, et dans lequel se sont parfaitement fondus ses successeurs, d'abord Emmanuel Moynot et désormais Nicolas Barral. Barral, habitué des adaptations (la série Baker Street) et des pastiches (hilarantes aventures de Philip et Francis, directement inspirées par Blake et Mortimer), trouve ici le parfait juste milieu entre la graphie nerveuse de Tardi et son propre style plus ligne claire. Une réussite, qu'on la déguste en album ou en gazettes.