Alice et Alex sont de ceux qu'on envie. Très beaux, très riches, très exclusifs, ils ne fréquentent que le sur-monde, entre des vacances aux Maldives, leur mariage au château et leurs voitures de sport. Une vie de rêve, mais qui pourtant, allez comprendre, ne suffit plus à Alice, et bientôt à Alex: "On aura plus que tout ça. On ne va pas se contenter de cette vie." Car il est arrivé quelque chose à ce couple qui ne ressent plus rien à force de tout avoir: un soir de pluie battante, une voiture a failli renverser Alice. Ell...

Alice et Alex sont de ceux qu'on envie. Très beaux, très riches, très exclusifs, ils ne fréquentent que le sur-monde, entre des vacances aux Maldives, leur mariage au château et leurs voitures de sport. Une vie de rêve, mais qui pourtant, allez comprendre, ne suffit plus à Alice, et bientôt à Alex: "On aura plus que tout ça. On ne va pas se contenter de cette vie." Car il est arrivé quelque chose à ce couple qui ne ressent plus rien à force de tout avoir: un soir de pluie battante, une voiture a failli renverser Alice. Elle s'est vue morte dans les phares qui lui fonçaient dessus. Mais elle s'est sentie vivre, comme jamais auparavant. Une pulsion de vie née de la mort, qu'Alex va expérimenter à son tour en balançant un SDF dans le canal: "Ce type, un SDF, qui... Il s'est noyé. J'ai tué ce type" - "Mon dieu, c'est merveilleux. Que tu saches, c'est merveilleux." Alice "a ouvert une porte qui ne se referme pas", et qui va emporter loin, très loin, ce couple bientôt abominable, dans le dégoût de la médiocrité des autres et dans leur propre déchéance, avides de retrouver cette impossible pulsion. Voraces, comme La Guerre s'est longtemps appelée pendant sa réalisation, avant de choisir un titre plus définitif encore: la guerre, à la fois intime et globale. Le scénariste Thomas Cadène nous a habitués, depuis sa célèbre bedenovela en ligne Les Autres Gens, aux récits intimistes mêlant concepts et réflexions politiques, souvent concentrés sur le vide existentiel de ses personnages ou le spleen des jeunes gens très modernes. Une rebelote bien plus sombre ici que d'habitude, et dont la solennité parfois elle-même très obscure aurait pu nous laisser ou de marbre, ou de côté, s'il n'avait pas fait appel à Loïc Sécheresse (Hécate et Belzébuth, Heavy Metal, Ys ou, déjà, un épisode des Autres Gens) pour magnifier ce psychodrame d'une noirceur déprimante. L'énergie incroyable et très personnelle qui se dégage de son trait, qu'il se fasse sensuel dans les scènes érotiques, explosif dans les scènes d'action ou réellement éprouvant quand il dessine un enfant épouvanté -celui d'Alice et Alex, qu'ils n'ont jamais su aimer, "On attendait trop, c'était que lui"- font de cette Guerre une expérience de lecture tout à fait singulière. Un mélange de fascination et de répulsion pour ce duo de personnages tour à tour détestable, pathétique et touchant, qui se prolonge bien après la lecture, et qui nourrit de fait une réflexion politique très engagée et sans appel autour de la morale, de la vacuité et de l'impunité des puissants.