Même si on fait un boulot passionnant, même si on préfère le froid, même si les soucis ne fondent pas comme par miracle sous le soleil, cet intermède estival est un sas de décompression vital dans nos vies accélérées: on en profite pour reprendre la mesure du temps, pour se recentrer, pour vivre de nouvelles expériences, pour revoir ses priorités aussi parfois.

Pourtant, cette année, ce n'est pas franchement la joie qui domine à quelques jours de plonger dans le bain de juillet. Bon d'accord, à part si la jeunesse bruxelloise met toute son énergie désinvolte à faire revenir le virus plus vite que prévu, les vacances devraient être sauvées in extremis. Du moins pour ceux qui n'avaient pas choisi 2020 pour aller se faire rôtir à Copacabana ou se trémousser jour et nuit sur les dancefloors d'Ibiza. On a échappé (pour le moment) au confinement général dans nos malheureux 30.689 kilomètres carrés. Même si avec un peu d'imagination et de courage politique, on aurait pu tirer parti de la situation, par exemple en imaginant un vaste programme d'échange linguistique et culturel nord-sud pour que les deux communautés fassent enfin connaissance.

Mais on s'égare. Les frontières de nos voisins européens s'ouvrent les unes après les autres et on pourra aller s'entasser sur les plages du littoral méditerranéen comme à l'accoutumée. Malgré cette issue encore inespérée il y a seulement un mois, la fête est un peu gâchée. On ne partira pas le coeur léger pour une fois. Outre la crainte de devoir rentrer plus tôt que prévu ou d'être coincé pendant un ou deux mois sur son lieu de villégiature en cas de deuxième vague, on a en permanence un signal lumineux qui clignote sur notre tableau de bord sans qu'on arrive clairement à en identifier la cause. Un malaise persistant qu'on peut feindre d'ignorer mais c'est comme vouloir ignorer un caillou dans sa chaussure pendant une randonnée. Sans doute que, touchés ou non directement par le Covid, nous sommes tous encore groggy par cette épreuve. Si les apparences laissent penser à un retour à la normale, dans nos têtes quelque chose a changé. Une fragilité s'est installée. La sensation que le ciel ne sera plus jamais bleu, mais au mieux gris clair.

Les planètes doivent être mal alignées car à la crise sanitaire s'ajoute le fardeau de tous ces dossiers maudits qui remontent: passé colonial, racisme endémique, populisme, sexisme...

Les planètes doivent être mal alignées en ce moment car à la crise sanitaire s'ajoute le fardeau de tous ces dossiers maudits que nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes n'avons pas voulu régler et qui remontent aujourd'hui des profondeurs de notre mauvaise conscience, profitant peut-être de notre état de faiblesse: le passé colonial, le racisme endémique, le populisme, le sexisme... Ces fantômes-là aussi vont nous accompagner dans l'habitacle et pourrir l'un ou l'autre dîner de famille ou entre amis au bord de la piscine.

Il existe pourtant un remède pour dépasser l'opposition stérile entre ceux qui prétendent avec une mauvaise fois crasse qu'il n'y a rien à changer et ceux qui, lassés de ne pas être entendus, optent pour un communautarisme exclusif. Ce remède, comme le disait l'autre jour Thomas Gunzig dans son Café serré, c'est l'imagination. Un produit miracle contre la connerie, l'égocentrisme, la simplification. Or, quoi de mieux pour se mettre dans la peau de l'autre -femme, trans, noir ou pauvre- et ressentir la honte, la violence, l'injustice, qu'en s'immergeant de tout son être dans les romans, les films, les BD, le théâtre ou la musique? Quand je lis Paul Beatty ou Jesmyn Ward, je suis noir. Quand je regarde Call Me by Your Name, je suis homo, quand j'écoute Patti Smith, je suis une femme. Bafouée, injuriée, piétinée, abandonnée, la culture répondra malgré tout présent cet été. Un miracle. Modestement, Focus tente d'arroser ce potager mal en point en vous accompagnant tout juillet et août avec des séries originales qui vous mèneront plus loin que la Costa Brava, au fond de vous-même, et en vous guidant dès cette semaine dans la pépinière de propositions artistiques inédites. Prenez-en de la graine!

Même si on fait un boulot passionnant, même si on préfère le froid, même si les soucis ne fondent pas comme par miracle sous le soleil, cet intermède estival est un sas de décompression vital dans nos vies accélérées: on en profite pour reprendre la mesure du temps, pour se recentrer, pour vivre de nouvelles expériences, pour revoir ses priorités aussi parfois. Pourtant, cette année, ce n'est pas franchement la joie qui domine à quelques jours de plonger dans le bain de juillet. Bon d'accord, à part si la jeunesse bruxelloise met toute son énergie désinvolte à faire revenir le virus plus vite que prévu, les vacances devraient être sauvées in extremis. Du moins pour ceux qui n'avaient pas choisi 2020 pour aller se faire rôtir à Copacabana ou se trémousser jour et nuit sur les dancefloors d'Ibiza. On a échappé (pour le moment) au confinement général dans nos malheureux 30.689 kilomètres carrés. Même si avec un peu d'imagination et de courage politique, on aurait pu tirer parti de la situation, par exemple en imaginant un vaste programme d'échange linguistique et culturel nord-sud pour que les deux communautés fassent enfin connaissance. Mais on s'égare. Les frontières de nos voisins européens s'ouvrent les unes après les autres et on pourra aller s'entasser sur les plages du littoral méditerranéen comme à l'accoutumée. Malgré cette issue encore inespérée il y a seulement un mois, la fête est un peu gâchée. On ne partira pas le coeur léger pour une fois. Outre la crainte de devoir rentrer plus tôt que prévu ou d'être coincé pendant un ou deux mois sur son lieu de villégiature en cas de deuxième vague, on a en permanence un signal lumineux qui clignote sur notre tableau de bord sans qu'on arrive clairement à en identifier la cause. Un malaise persistant qu'on peut feindre d'ignorer mais c'est comme vouloir ignorer un caillou dans sa chaussure pendant une randonnée. Sans doute que, touchés ou non directement par le Covid, nous sommes tous encore groggy par cette épreuve. Si les apparences laissent penser à un retour à la normale, dans nos têtes quelque chose a changé. Une fragilité s'est installée. La sensation que le ciel ne sera plus jamais bleu, mais au mieux gris clair. Les planètes doivent être mal alignées en ce moment car à la crise sanitaire s'ajoute le fardeau de tous ces dossiers maudits que nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes n'avons pas voulu régler et qui remontent aujourd'hui des profondeurs de notre mauvaise conscience, profitant peut-être de notre état de faiblesse: le passé colonial, le racisme endémique, le populisme, le sexisme... Ces fantômes-là aussi vont nous accompagner dans l'habitacle et pourrir l'un ou l'autre dîner de famille ou entre amis au bord de la piscine. Il existe pourtant un remède pour dépasser l'opposition stérile entre ceux qui prétendent avec une mauvaise fois crasse qu'il n'y a rien à changer et ceux qui, lassés de ne pas être entendus, optent pour un communautarisme exclusif. Ce remède, comme le disait l'autre jour Thomas Gunzig dans son Café serré, c'est l'imagination. Un produit miracle contre la connerie, l'égocentrisme, la simplification. Or, quoi de mieux pour se mettre dans la peau de l'autre -femme, trans, noir ou pauvre- et ressentir la honte, la violence, l'injustice, qu'en s'immergeant de tout son être dans les romans, les films, les BD, le théâtre ou la musique? Quand je lis Paul Beatty ou Jesmyn Ward, je suis noir. Quand je regarde Call Me by Your Name, je suis homo, quand j'écoute Patti Smith, je suis une femme. Bafouée, injuriée, piétinée, abandonnée, la culture répondra malgré tout présent cet été. Un miracle. Modestement, Focus tente d'arroser ce potager mal en point en vous accompagnant tout juillet et août avec des séries originales qui vous mèneront plus loin que la Costa Brava, au fond de vous-même, et en vous guidant dès cette semaine dans la pépinière de propositions artistiques inédites. Prenez-en de la graine!