On croit halluciner. Jamais en 90 albums, le héros imaginé par Morris ne s'était frotté au racisme anti-Noirs, pas plus d'ailleurs qu'à toute autre question politique un tantinet sensible. Car comme ses "collègues" de la BD franco-belge, "l'homme qui tire plus vite que son ombre" a longtemps vécu dans une sorte de monde parallèle aseptisé, imperméable aux sujets qui fâchent et qui divisent. Une neutralité qui a d'ailleurs largement contribué au succès familial de la saga -300 millions d'albums vendus. Chaque épisode s'articulant autour d'une morale simpliste teintée de cette naïveté non clivante qui ne fait de mal à personne: les bons ont le coeur pur, des idéaux nobles et les mauvais sont plus grotesques que vraiment effrayants. Pas de sang, pas de morts, pas de sexe dans les aventures de Lucky Luke, de Spirou, des Schtroumpfs, d'Astérix ou de Tintin. Au bout des péripéties, la morale est toujours sauve.

Comme ses "collègues" de la BD franco-belge, Lucky Luke a longtemps vécu dans une sorte de monde parallèle aseptisé.

Une déconnexion du réel popularisée à une époque où la BD était avant tout un loisir destiné aux enfants sages et où les mentalités s'accommodaient d'une bonne dose de pudibonderie et d'une vision patriarcale de la galaxie. Un anachronisme en revanche dans un monde ultra connecté où le moindre enfant est exposé à la dure réalité des événements dès son plus jeune âge et où il se nourrit de mangas ou de jeux vidéo qui ne font pas toujours dans la dentelle.

Hormis Tintin l'intouchable, embaumé dans un linceul juridique, tous les personnages phares de l'âge d'or de la BD franco-belge ont ainsi entamé une mue depuis quelques années. Une question de survie. Après la disparition de leurs créateurs, les éditeurs ont d'abord confié la poule aux oeufs d'or à des héritiers chargés de faire du Morris, du Franquin, etc. Pour un résultat souvent insipide. C'est comme si on avait réchauffé la madeleine au micro-ondes. Tout le monde a oublié les Lucky Luke signés Daniel Pennac ou... Laurent Gerra. Il aura fallu l'arrivée aux commandes d'auteurs de BD décomplexés pour enfin arracher les héros à leurs tombeaux dorés. Cette évolution salutaire, on l'observe aussi bien chez Astérix, chez Blueberry qu'ici, sous la houlette de l'inspiré Jul. Lequel avait déjà tué symboliquement le père en 2016 avec La Terre promise, dans lequel le "poor lonesome cow-boy" convoyait une famille juive venue chercher fortune en Amérique.

Le créateur de 50 nuances de Grecs passe toutefois à la vitesse supérieure avec cette plongée dans le Sud profond, celui des esclavagistes et du KKK. Un exercice d'équilibriste parfaitement maîtrisé. Comme dans les meilleurs Pixar, deux niveaux de lecture cohabitent harmonieusement: le premier, combinant l'ADN bon enfant des origines et le respect mimétique du dessin de Achdé, qui ravira les lecteurs de 7 à 77 ans; le second, plus politique, qui se nourrit de références à l'imaginaire afro-américain en citant aussi bien James Baldwin qu'Angela Davis ou Mississippi Burning, pour dénoncer les abominations de l'esclavage. Un mélange explosif de divertissement pur et d'éveil des consciences qui contribue à faire de ce Cow-boy dans le coton un objet résolument pop.

Sans surprise, des esprits grincheux se font entendre, regrettant pour faire court un kidnapping par la gauche d'un patrimoine de droite, si tant est que la droite aurait le monopole de la bonté, du courage et du bien. Sous une interview de Jul sur le site du Point, on peut ainsi lire des commentaires comme "J'achète des BD pour me distraire pas pour subir le politiquement correct insupportable" ou encore "Il y a là de leur part, une façon de réécrire l'histoire, en se donnant bonne conscience, que je qualifierais de malhonnête". Vraiment? Jul serait donc un dangereux révisionniste quand il dénonce les abominations des suprémacistes blancs et un agitateur quand il met en scène un shérif noir, inspiré pourtant d'un personnage réel? Encore un coup de l'alliance judéo-maçonnique! On attend le tweet de Trump dénonçant cette nouvelle magouille gauchiste...

On croit halluciner. Jamais en 90 albums, le héros imaginé par Morris ne s'était frotté au racisme anti-Noirs, pas plus d'ailleurs qu'à toute autre question politique un tantinet sensible. Car comme ses "collègues" de la BD franco-belge, "l'homme qui tire plus vite que son ombre" a longtemps vécu dans une sorte de monde parallèle aseptisé, imperméable aux sujets qui fâchent et qui divisent. Une neutralité qui a d'ailleurs largement contribué au succès familial de la saga -300 millions d'albums vendus. Chaque épisode s'articulant autour d'une morale simpliste teintée de cette naïveté non clivante qui ne fait de mal à personne: les bons ont le coeur pur, des idéaux nobles et les mauvais sont plus grotesques que vraiment effrayants. Pas de sang, pas de morts, pas de sexe dans les aventures de Lucky Luke, de Spirou, des Schtroumpfs, d'Astérix ou de Tintin. Au bout des péripéties, la morale est toujours sauve. Une déconnexion du réel popularisée à une époque où la BD était avant tout un loisir destiné aux enfants sages et où les mentalités s'accommodaient d'une bonne dose de pudibonderie et d'une vision patriarcale de la galaxie. Un anachronisme en revanche dans un monde ultra connecté où le moindre enfant est exposé à la dure réalité des événements dès son plus jeune âge et où il se nourrit de mangas ou de jeux vidéo qui ne font pas toujours dans la dentelle. Hormis Tintin l'intouchable, embaumé dans un linceul juridique, tous les personnages phares de l'âge d'or de la BD franco-belge ont ainsi entamé une mue depuis quelques années. Une question de survie. Après la disparition de leurs créateurs, les éditeurs ont d'abord confié la poule aux oeufs d'or à des héritiers chargés de faire du Morris, du Franquin, etc. Pour un résultat souvent insipide. C'est comme si on avait réchauffé la madeleine au micro-ondes. Tout le monde a oublié les Lucky Luke signés Daniel Pennac ou... Laurent Gerra. Il aura fallu l'arrivée aux commandes d'auteurs de BD décomplexés pour enfin arracher les héros à leurs tombeaux dorés. Cette évolution salutaire, on l'observe aussi bien chez Astérix, chez Blueberry qu'ici, sous la houlette de l'inspiré Jul. Lequel avait déjà tué symboliquement le père en 2016 avec La Terre promise, dans lequel le "poor lonesome cow-boy" convoyait une famille juive venue chercher fortune en Amérique. Le créateur de 50 nuances de Grecs passe toutefois à la vitesse supérieure avec cette plongée dans le Sud profond, celui des esclavagistes et du KKK. Un exercice d'équilibriste parfaitement maîtrisé. Comme dans les meilleurs Pixar, deux niveaux de lecture cohabitent harmonieusement: le premier, combinant l'ADN bon enfant des origines et le respect mimétique du dessin de Achdé, qui ravira les lecteurs de 7 à 77 ans; le second, plus politique, qui se nourrit de références à l'imaginaire afro-américain en citant aussi bien James Baldwin qu'Angela Davis ou Mississippi Burning, pour dénoncer les abominations de l'esclavage. Un mélange explosif de divertissement pur et d'éveil des consciences qui contribue à faire de ce Cow-boy dans le coton un objet résolument pop. Sans surprise, des esprits grincheux se font entendre, regrettant pour faire court un kidnapping par la gauche d'un patrimoine de droite, si tant est que la droite aurait le monopole de la bonté, du courage et du bien. Sous une interview de Jul sur le site du Point, on peut ainsi lire des commentaires comme "J'achète des BD pour me distraire pas pour subir le politiquement correct insupportable" ou encore "Il y a là de leur part, une façon de réécrire l'histoire, en se donnant bonne conscience, que je qualifierais de malhonnête". Vraiment? Jul serait donc un dangereux révisionniste quand il dénonce les abominations des suprémacistes blancs et un agitateur quand il met en scène un shérif noir, inspiré pourtant d'un personnage réel? Encore un coup de l'alliance judéo-maçonnique! On attend le tweet de Trump dénonçant cette nouvelle magouille gauchiste...