Quand le radar accroche une paire de signaux identiques, la tentation est grande de les placer sous le microscope comme le ferait un laborantin du Covid-19 pour vérifier s'ils sont issus de la même souche. Sachant qu'en cas de résultat positif, on se trouverait en présence de signes annonciateurs et concordants d'une tendance de fond, d'une vérité - porteuse d'espoir, d'anxiété ou juste de spéculations- tapie dans la trame de la fiction comme le fil argenté dans le billet de banque.

On revient rarement bredouille de cette chasse aux fausses coïncidences. Il suffit de jeter son filet dans différents points d'eau, séries télé, films, romans, pièces de théâtre, etc. Car oui, les occurrences siamoises relevées dans plusieurs médias ont plus de chance de révéler un syndrome que sorties du même vivier. Au cours des derniers jours, sans gratter, on en a par exemple déniché trois. La première, c'est l'invisibilité. Elle ne fait pas mystère de sa présence -si on peut dire- dans la nouvelle et dispensable adaptation à l'écran du roman culte de H.G. Wells, L'Homme invisible, par Leigh Whannell. Un fil, forcément invisible lui aussi, relie la relecture féminisée de ce mythe de la SF à d'autres manifestations de ce qui se dérobe au regard. Soit littéralement comme avec le rôle de premier plan joué par une cape d'invisibilité dans le pétaradant scénario imaginé par Blutch et Robber pour la "nouvelle" aventure de Tif et Tondu, Mais où est Kiki? Soit par la bande comme dans l'exposition Quantum: In Search of the Invisible qu'accueillera à partir du 5 mars le centre d'art fraîchement rénové dédié aux cultures et technologies numériques iMAL à Bruxelles. On y verra des créations qui offrent une perspective artistique sur des préoccupations scientifiques, interrogeant notamment ce qui échappe à nos sens, et singulièrement au regard. Et ce n'est que le début puisque débarquera prochainement sur la RTBF une série fantastique baptisée Unseen dont le pitch s'inscrit pleinement dans cette thématique: "Avez-vous déjà imaginé qu'un jour, soudainement, les bouts de vos doigts deviennent invisibles? Halluciné, vous n'y croyez pas. Mais la chose évolue lentement et sûrement. Petit à petit, vous assistez à votre propre disparition: invisible mais toujours là."

Au-delà de la confirmation que le sujet est dans l'air, comment interpréter ce tir groupé? De deux façons. Comme une métaphore d'un monde où la menace s'est diluée au point de ne plus être clairement identifiable. À la fois omniprésente et invisible. Ou, à l'inverse, comme une projection du sort qui nous est réservé à l'heure de la virtualisation et du pouvoir grandissant de l'intelligence artificielle. Ne dit-on pas déjà des plus faibles de la société -comme la Sylvie célibataire et isolée du dernier roman de Nina Bouraoui, Otages- qu'ils sont "invisibles"? La valeur -sociale- d'un humain se mesure désormais à sa visibilité.

L'invisibilité dans la fiction, une métaphore d'un monde où la menace s'est diluée au point de ne plus être clairement identifiable.

Deuxième thème qui flotte à la surface de plusieurs créations récentes comme les boulettes dans une soupe: les justiciers. Que ce soit en version comics dans The Watchmen, l'excellente série HBO inspirée de la BD culte de Moore et Gibbons qui met en scène des super-héros sans super pouvoirs, ou en version tarantinesque dans la nouvelle série Amazon Prime Hunters avec Al Pacino en chasseur de nazis, la figure du vengeur masqué ou non fait un come-back fracassant. Là encore on peut y voir la matérialisation d'un besoin grandissant de justice dans un monde déboussolé mais aussi l'expression d'une envie pressante de se substituer à une autorité défaillante, incapable de garantir l'ordre pour les uns, de faire simplement triompher la justice pour les autres.

Enfin, un petit dernier pour la route, illustré en partie mais de manière un peu bancale par le même Hunters: la farce burlesque comme antidote contre le virus du fascisme. Un ressort présent également dans Jojo Rabbit, l'excellente comédie signée Taika Waititi qui joue la carte d'un humour enfantin emprunté à Wes Anderson pour dézinguer en beauté et en poésie la folie nazie. On ne parlera évidemment pas ici du carnaval d'Alost, qui confond moquerie digne de la propagande du IIIe Reich (elle aussi se voulait humoristique) et satire humaniste. On peut rire de tout mais apparemment pas n'importe où...

Quand le radar accroche une paire de signaux identiques, la tentation est grande de les placer sous le microscope comme le ferait un laborantin du Covid-19 pour vérifier s'ils sont issus de la même souche. Sachant qu'en cas de résultat positif, on se trouverait en présence de signes annonciateurs et concordants d'une tendance de fond, d'une vérité - porteuse d'espoir, d'anxiété ou juste de spéculations- tapie dans la trame de la fiction comme le fil argenté dans le billet de banque. On revient rarement bredouille de cette chasse aux fausses coïncidences. Il suffit de jeter son filet dans différents points d'eau, séries télé, films, romans, pièces de théâtre, etc. Car oui, les occurrences siamoises relevées dans plusieurs médias ont plus de chance de révéler un syndrome que sorties du même vivier. Au cours des derniers jours, sans gratter, on en a par exemple déniché trois. La première, c'est l'invisibilité. Elle ne fait pas mystère de sa présence -si on peut dire- dans la nouvelle et dispensable adaptation à l'écran du roman culte de H.G. Wells, L'Homme invisible, par Leigh Whannell. Un fil, forcément invisible lui aussi, relie la relecture féminisée de ce mythe de la SF à d'autres manifestations de ce qui se dérobe au regard. Soit littéralement comme avec le rôle de premier plan joué par une cape d'invisibilité dans le pétaradant scénario imaginé par Blutch et Robber pour la "nouvelle" aventure de Tif et Tondu, Mais où est Kiki? Soit par la bande comme dans l'exposition Quantum: In Search of the Invisible qu'accueillera à partir du 5 mars le centre d'art fraîchement rénové dédié aux cultures et technologies numériques iMAL à Bruxelles. On y verra des créations qui offrent une perspective artistique sur des préoccupations scientifiques, interrogeant notamment ce qui échappe à nos sens, et singulièrement au regard. Et ce n'est que le début puisque débarquera prochainement sur la RTBF une série fantastique baptisée Unseen dont le pitch s'inscrit pleinement dans cette thématique: "Avez-vous déjà imaginé qu'un jour, soudainement, les bouts de vos doigts deviennent invisibles? Halluciné, vous n'y croyez pas. Mais la chose évolue lentement et sûrement. Petit à petit, vous assistez à votre propre disparition: invisible mais toujours là." Au-delà de la confirmation que le sujet est dans l'air, comment interpréter ce tir groupé? De deux façons. Comme une métaphore d'un monde où la menace s'est diluée au point de ne plus être clairement identifiable. À la fois omniprésente et invisible. Ou, à l'inverse, comme une projection du sort qui nous est réservé à l'heure de la virtualisation et du pouvoir grandissant de l'intelligence artificielle. Ne dit-on pas déjà des plus faibles de la société -comme la Sylvie célibataire et isolée du dernier roman de Nina Bouraoui, Otages- qu'ils sont "invisibles"? La valeur -sociale- d'un humain se mesure désormais à sa visibilité. Deuxième thème qui flotte à la surface de plusieurs créations récentes comme les boulettes dans une soupe: les justiciers. Que ce soit en version comics dans The Watchmen, l'excellente série HBO inspirée de la BD culte de Moore et Gibbons qui met en scène des super-héros sans super pouvoirs, ou en version tarantinesque dans la nouvelle série Amazon Prime Hunters avec Al Pacino en chasseur de nazis, la figure du vengeur masqué ou non fait un come-back fracassant. Là encore on peut y voir la matérialisation d'un besoin grandissant de justice dans un monde déboussolé mais aussi l'expression d'une envie pressante de se substituer à une autorité défaillante, incapable de garantir l'ordre pour les uns, de faire simplement triompher la justice pour les autres. Enfin, un petit dernier pour la route, illustré en partie mais de manière un peu bancale par le même Hunters: la farce burlesque comme antidote contre le virus du fascisme. Un ressort présent également dans Jojo Rabbit, l'excellente comédie signée Taika Waititi qui joue la carte d'un humour enfantin emprunté à Wes Anderson pour dézinguer en beauté et en poésie la folie nazie. On ne parlera évidemment pas ici du carnaval d'Alost, qui confond moquerie digne de la propagande du IIIe Reich (elle aussi se voulait humoristique) et satire humaniste. On peut rire de tout mais apparemment pas n'importe où...