Des bulles et des ballons. C'est ainsi qu'on peut lire, depuis dix ans, la ligne éditoriale du plus grand événement BD du pays. Un pari qui était loin d'être gagné en 2010, lorsque "l'année de la BD", qui ne devait durer qu'un an, s'est transformée en week-end festif sous la houlette de Visit Brussels, l'institution responsable des événements touristiques et événementiels à Bruxelles. Une décennie plus tard, le bilan est positif niveau fréquentation: l'année dernière, plus de 100 000 personnes ont fait le déplacement pour se promener dans les bulles et chapiteaux installés dans le parc de Bruxelles, et pour voir, le dimanche, les ballons de la Balloon's Day Parade défiler dans les rues -et parmi elles, de plus en plus de visiteurs d'un jour ou d'un week-end, belges et étrangers. Une formule gagnante donc, qui s'est étoffée avec les années -prix, conférences, ateliers, spectacles, expos et "festivals dans le festival" comme celui de Spirou- mais qui donne parfois l'impression de s'adapter plutôt qu'évoluer. Entamée dans le parc du Mont des Arts il y a dix ans, passée sans convaincre par Bozar, l...

Des bulles et des ballons. C'est ainsi qu'on peut lire, depuis dix ans, la ligne éditoriale du plus grand événement BD du pays. Un pari qui était loin d'être gagné en 2010, lorsque "l'année de la BD", qui ne devait durer qu'un an, s'est transformée en week-end festif sous la houlette de Visit Brussels, l'institution responsable des événements touristiques et événementiels à Bruxelles. Une décennie plus tard, le bilan est positif niveau fréquentation: l'année dernière, plus de 100 000 personnes ont fait le déplacement pour se promener dans les bulles et chapiteaux installés dans le parc de Bruxelles, et pour voir, le dimanche, les ballons de la Balloon's Day Parade défiler dans les rues -et parmi elles, de plus en plus de visiteurs d'un jour ou d'un week-end, belges et étrangers. Une formule gagnante donc, qui s'est étoffée avec les années -prix, conférences, ateliers, spectacles, expos et "festivals dans le festival" comme celui de Spirou- mais qui donne parfois l'impression de s'adapter plutôt qu'évoluer. Entamée dans le parc du Mont des Arts il y a dix ans, passée sans convaincre par Bozar, la Fête de la BD semblait enfin trouver ses marques dans le parc de Bruxelles... Elle devra pourtant le quitter l'année prochaine. La nouvelle majorité communale bruxelloise estime désormais que son parc voit défiler trop d'événements. La Fête est donc priée de se réimplanter dès 2020 sur le site de Tour & Taxis sans étioler son ADN encore naissant: un événement festif et (très) familial basé sur la convivialité, les dédicaces et les rencontres. Mais qui a bien du mal, comme la bande dessinée, à se sortir d'un certain passéisme. Le phénomène est connu: la BD franco-belge populaire ressemble parfois à un cimetière d'éléphants que les éditeurs passent leur temps à fleurir, préférant les valeurs sûres aux paris sur l'avenir -les dix plus gros tirages de cette rentrée sont ainsi à mettre à l'actif, ou de reprises (Astérix, Blake et Mortimer, Thorgal, Corto Maltese) ou de séries (comme XIII ou Largo Winch) ayant passé largement le cap des 20 albums et des 20 ans. Une petite odeur de naphtaline qui se répand forcément sur les événements qui célèbrent cette BD populaire, et encore plus en ces temps de commémorations -dont les 75 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un coup d'oeil sur le programme suffit à s'en convaincre, les événements phares de cette dixième édition regardent tous vers le passé: Les Enfants de la Résistance au musée BELvue, Spirou et Bruxelles sous l'occupation au BIP, une conférence sur Blake et Mortimer à Bozar, une série d'animations pour fêter les 60 ans de Boule & Bill d'un côté, les 30 ans du CBBD de l'autre...Il faut aller dans le détail de chaque exposant (et ils sont heureusement plus de cent) pour trouver une vision d'avenir... Qui tourne ici parfois au cauchemar: la note de modernité de l'année a été confiée, le temps d'un spectacle prévu samedi après-midi, à deux youtubeurs, Bapt & Gaël, dont la principale marque de fabrique est, paraît-il, le lancer de slip. Ils ont les honneurs d'un album édité au Lombard, un produit dérivé dont l'intérêt ne sera que commercial. Il y a dix ans, pour sa première édition, la Fête avait fait le pari, en plus des bulles et des ballons, d'un grand spectacle mêlant projection et mapping vidéo sur les façades de la place Royale. Un événement onéreux et depuis disparu, mais dont le principe s'est depuis généralisé ailleurs. Peut-être serait-il temps que la Fête, et la BD, renouent avec des idées et des initiatives plus prospectives que nostalgiques, en gardant, pour la Fête, ce qui au final a fait son grand succès: une gratuité quasi générale.