Des grosses mandales dans la tronche. Une lèvre se fend. Un geyser de sang. Une pommette éclate. Encore du sang. Un oeil vire au bleu, emprunte toutes les couleurs à l'arc-en-ciel. Une arcade sourcilière explose. Toujours du sang. Des coups meurtriers à l'image de l'intégrale de Motörhead. Des hématomes. Gauche, droite! Gueule à terre. Des cris. De haine. De douleur. De joie. Des enchaînements aussi fulgurants qu'un solo de Neil Young. Des gouttelettes de sueur. Du tabac froid. L'odeur âcre de la marijuana. Le son de la cloche. Des corps d'ébène. Un duel à la mort. Une grâce insensée. Une beauté inouïe. Une violence animale. Oui. Trois fois oui. La boxe n'en finit pas de fasciner à l'image de ses héros excessifs et romanesques. On pense à Jack Johnson sapé comme un pimp en mode pré-Blaxploitation ou à Sugar Ray Robinson en prince de Harlem. À Louis, Liston, Ali, Monzon... Des trajectoires incroyables. Des destins hors norme. Pour une liste longue et inutile parce qu'exhaustive et dépassant les fantasmes les plus fous. Depuis des lunes, la boxe a toujours fricoté avec le monde de la nuit et de la margoulerie. Pègre, mafia, dope, jazz, putes, paris clandés, managers véreux... Tous les ingrédients réunis pour le plus poisseux des romans noirs.
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Des grosses mandales dans la tronche. Une lèvre se fend. Un geyser de sang. Une pommette éclate. Encore du sang. Un oeil vire au bleu, emprunte toutes les couleurs à l'arc-en-ciel. Une arcade sourcilière explose. Toujours du sang. Des coups meurtriers à l'image de l'intégrale de Motörhead. Des hématomes. Gauche, droite! Gueule à terre. Des cris. De haine. De douleur. De joie. Des enchaînements aussi fulgurants qu'un solo de Neil Young. Des gouttelettes de sueur. Du tabac froid. L'odeur âcre de la marijuana. Le son de la cloche. Des corps d'ébène. Un duel à la mort. Une grâce insensée. Une beauté inouïe. Une violence animale. Oui. Trois fois oui. La boxe n'en finit pas de fasciner à l'image de ses héros excessifs et romanesques. On pense à Jack Johnson sapé comme un pimp en mode pré-Blaxploitation ou à Sugar Ray Robinson en prince de Harlem. À Louis, Liston, Ali, Monzon... Des trajectoires incroyables. Des destins hors norme. Pour une liste longue et inutile parce qu'exhaustive et dépassant les fantasmes les plus fous. Depuis des lunes, la boxe a toujours fricoté avec le monde de la nuit et de la margoulerie. Pègre, mafia, dope, jazz, putes, paris clandés, managers véreux... Tous les ingrédients réunis pour le plus poisseux des romans noirs. "La boxe a toujours véhiculé une image sulfureuse, explique Antoine Faure, journaliste à Lire Magazine Littéraire et gestionnaire du site 130livres.com qui contient une volée de chroniques et de podcasts brillants, drôles et mordants consacrés à la boxe. C'est la violence acceptable, un combat. Pour tous ces auteurs, c'est aussi une façon de s'encanailler, d'approcher des sujets qui fascinent et qui font peur. Culturellement, la boxe est un vecteur puissant. Quand vous regardez les combats de Mike Tyson, toutes les stars de l'époque sont au bord du ring." C'est the place to be. Pour Philippe Aronson, auteur d'un court et hypnotique roman consacré à Jack Johnson Un trou dans le ciel (éditions 10/18), "Les boxeurs sont des personnages flamboyants. Qui sont parfois des poètes. Ali se comparait à un papillon. Jack Johnson adorait l'opéra et la musique classique. Ce sont des gens très fragiles. Et des machines à création. Leur création, c'est ce combat où ils dansent, détruisent ou sont détruits. Si on parle encore de boxeurs comme Jack Johnson aujourd'hui et de leurs exploits, c'est parce que la légende demeure et c'est un défi pour un auteur de s'y frotter. Je pense qu'il y a une vraie mise en danger et quand vous écrivez, vous êtes votre propre adversaire." Patrice Lelorain a, quant à lui, écrit l'essai biographique La Légende de Muhammad Ali mais surtout Quatre uppercuts (éditions La Table Ronde), prix Goncourt de la nouvelle en 2008 dont des extraits ont été lus au Blue Metropolis Festival de Montréal par -excusez du peu- Norman Mailer et Joyce Carol Oates. "J'écris sur ce qui me touche, raconte l'auteur du récent Dans les yeux de Jade (chez Albin Michel), mais c'est clair que le côté ange et démon est intéressant pour l'écrivain. Une partie des boxeurs sont de grands naïfs, souvent démunis affectivement. Ce ne sont pas que des voyous. Ils sont souvent entourés de personnages beaucoup plus sombres. Il y a beaucoup de postures déchirantes dans la boxe et je crois que si nous sommes nombreux à écrire dessus, c'est parce ça nous révulse et ça nous attire. Ensuite, la singularité d'un ouvrage quel qu'il soit, c'est le traitement, la vision, l'écriture." De fait, De la boxe de Joyce Carol Oates n'a pas le même angle que Le Combat du siècle de Norman Mailer ou que Vies et morts de Stanley Ketchel de James Carlos Blake. Antoine Faure voit dans cette littérature pugilistique, au sein de laquelle il faut absolument citer Lève ton gauche! de Frédéric Roux, "Trois familles qui ne sont pas étanches. Joyce Carol Oates travaille sur la dimension psychologique, héroïque et va chercher la métaphysique dans la boxe. Ensuite, on est dans le réalisme où on va nous montrer, au détail près, ce qu'est la vraie vie d'un boxeur, comment il apprend son art, comment il le maîtrise, mais sans en rajouter. Ce que cela coûte (éditions Monsieur Toussaint Louverture, NDLR) de W.C. Heinz est le prototype du réalisme pugilistique. James Carlos Blake, qui utilise la boxe pour faire de la perspective historique et raconter le début du XXe siècle via ce prisme-là et, forcément la question raciale, est dans la troisième famille. Entre symbolisme, réalisme et Histoire, il y a des allers et retours très riches dans une littérature qui ramène beaucoup aux États-Unis, coeur battant de ce sport." On terminera par un contre-exemple truculent et, comme souvent, tragique: Panama Al Brown d'Eduardo Arroyo (chez Grasset), contant le destin ô combien romanesque de ce boxeur panaméen, premier champion du monde d'origine hispanique et amant de Jean Cocteau, au coeur également du poignant documentaire Cocteau-Al Brown, le poète et le boxeur de François et Stephan Lévy-Kuentz en 2019. Comme quoi, ces étoiles (souvent) filantes continuent d'ensorceler.