"J'aime bien, en tant que lecteur, quand on ne me tape pas sur la tête, quand on me dit les choses gentiment, en essayant de faire appel à mon intelligence et en me laissant le choix de décider. On voulait faire ça avec ce livre: voilà ce qu'on pense, faites-en ce que vous voulez. Quant à savoir si cet album est ambitieux... L'ambition, quand je la vois chez les autres, je l'apprécie, ce n'est pas un gros mot. Il ne faut surtout pas confondre ambition et prétention." Ambitieux mais jamais prétentieux, Cyril Pedrosa l'est assurément depuis 20 ans qu'il fait de la bande dessinée. Depuis Ring Circus (sur un scénario de David Chauvel) en 1998, le Français creuse un sillon d'une rare cohérence, mêlant un amour immodéré pour le médium BD à ses envies de dire quelque chose sur le monde et ses contemporains, quitte, comme aujourd'hui, à passer pour ce faire par un conte moyenâgeux qui fera au final plus de 500 planches! Co-écrit avec sa compagne Roxanne Moreil, L'Âge d'or (lire aussi la critique ci-dessous) ne se contente pas d'offrir un formidable récit d'aventures médiévales aux lecteurs de tous âges, emportés dans cette magnifique chanson de geste féministe qui voit une princesse tout tenter pour reprendre le contrôle de son Royaume. Il porte plus qu'en creux un véritable discours sur l'état du monde, et sur l'éternel combat qui voit se confronter, politiquement, les réformistes et les révolutionnaires.
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"J'aime bien, en tant que lecteur, quand on ne me tape pas sur la tête, quand on me dit les choses gentiment, en essayant de faire appel à mon intelligence et en me laissant le choix de décider. On voulait faire ça avec ce livre: voilà ce qu'on pense, faites-en ce que vous voulez. Quant à savoir si cet album est ambitieux... L'ambition, quand je la vois chez les autres, je l'apprécie, ce n'est pas un gros mot. Il ne faut surtout pas confondre ambition et prétention." Ambitieux mais jamais prétentieux, Cyril Pedrosa l'est assurément depuis 20 ans qu'il fait de la bande dessinée. Depuis Ring Circus (sur un scénario de David Chauvel) en 1998, le Français creuse un sillon d'une rare cohérence, mêlant un amour immodéré pour le médium BD à ses envies de dire quelque chose sur le monde et ses contemporains, quitte, comme aujourd'hui, à passer pour ce faire par un conte moyenâgeux qui fera au final plus de 500 planches! Co-écrit avec sa compagne Roxanne Moreil, L'Âge d'or (lire aussi la critique ci-dessous) ne se contente pas d'offrir un formidable récit d'aventures médiévales aux lecteurs de tous âges, emportés dans cette magnifique chanson de geste féministe qui voit une princesse tout tenter pour reprendre le contrôle de son Royaume. Il porte plus qu'en creux un véritable discours sur l'état du monde, et sur l'éternel combat qui voit se confronter, politiquement, les réformistes et les révolutionnaires. "Avec Roxanne, on était frappés par le vide politique qui règne actuellement, cette sensation d'effondrement des idées. On ne peut même plus dire que l'on espère un monde meilleur sans se faire rabrouer! Aujourd'hui, on te le dit et on te le répète: le monde, petit bonhomme, il est comme ça et on ne peut en changer. C'est pour nous une vraie frustration, et on avait envie de le dire à voix haute: allez vous faire foutre, le monde est une construction, il peut donc être autrement! Le monde autour de nous, on l'a construit, il peut être autre, et cet autre qui va forcément advenir. Que notre monde s'écroule, c'est normal, c'est dans l'ordre naturel des choses. Et ce qui va advenir n'est pas forcément une catastrophe: le nouveau régime n'est pas forcément pire que l'ancien. Mais c'est dur de dire ça dans un univers contemporain lié à nos déceptions, à nos échecs. On sentait qu'il fallait se décentrer et trouver, par la fiction, le moyen de parler de ce qui nous préoccupe depuis des mois. Et dans L'Âge d'or , si on donne des arguments à tous les points de vue, on assume le nôtre: c'est très bien, par exemple, de vouloir que les cadences infernales soient moins infernales, mais ne faudrait-il pas simplement éliminer les cadences? Pour autant, je ne pense pas qu'on y fait les malins. Avec Roxanne, on ne prétend à rien, on raconte de la fiction, on crée de l'imaginaire pour le partager avec les gens. C'est ça notre job. La politique, ce n'est pas nous, mais ça peut être avec nous. Et toujours, il faut que ce soit l'action qui raconte, c'est ça qui en fait, éventuellement, une bonne BD." Des "bonnes BD" mêlant divertissement et questionnements personnels, Cyril Pedrosa n'en finit plus d'en produire. Si on reconnaissait déjà l'auteur derrière le bobo écolo qu'il brocardait avec gags et délectation dans Autobio en 2008 chez Fluide Glacial, c'est avec Portugal, en 2011, que sa carrière a pris une autre dimension. Un premier roman graphique et autobiographique, déjà chez Aire Libre, qui l'a délivré définitivement de l'habituel carcan BD, l'affranchissant de toutes limites graphiques ou narratives -réflexion très personnelle sur la solitude publiée quatre ans plus tard, Les Équinoxes annihilait ainsi les habituelles frontières entre littérature et BD. Une liberté de création devenue nécessaire à l'auteur, qui n'en oublie pas pour autant son amour de la fiction et de la chose populaire: "Ma culture BD, celle qui m'a donné envie d'en faire, tient autant de Mickey que d'Astérix. Astérix est pour moi l'exemple parfait: des récits d'une intelligence et d'une générosité énormes, mais qui s'adressent à tout le monde, qui ne sélectionnent pas leur public. A contrario, les livres qui ne s'adressent visiblement qu'à dix personnes, à une élite, avec des codes pour écarter plein de gens, ça me rend fou, parce qu'on y sent l'enjeu: garder le pouvoir. Et c'est pour ça que la BD est cool: il n'existe pas beaucoup de bandes dessinées qui ne s'expriment que dans des cercles fermés. C'est un médium historiquement populaire, qui s'est construit là-dessus, et qui doit le rester. Même si ça demande un compromis permanent: c'est à la fois mon espace de création et mon gagne-pain." Cyril Pedrosa se donne en tout cas les moyens de cette ambition, nourrie par sa formation à l'école des Gobelins et ses premières années passées dans les studios Disney. Habitué des aventures collectives -il fut aux fondations de la revue de bande dessinée numérique Professeur Cyclope et de la Maison Fumetti installée à Nantes-, il a également créé sa petite maison d'édition, La vie moderne, déjà avec Roxanne Moreil, pour y créer des contenus moins immédiatement "bankables" mais infiniment créatifs, " même si là aussi on n'est pas tout à fait déconnectés de l'économie. Mais j'aime en tout cas me dire que je ne suis pas obligé de faire de la bande dessinée si je n'ai rien à dire. Je peux trouver d'autres moyens de gagner ma vie."