Née au Rwanda en 1988, soit six ans avant le déclenchement du génocide, Clemantine s'appelait "Uwamariya" - le "U" introductif signifiant "Je viens de". Sur le visa de sortie que l'Organisation internationale pour les migrations lui délivrera en 2000, cette simple lettre si pleine de sens aura sauté. Elle devient alors, aux yeux du monde, Clemantine Wamariya. "Qu'il est étrange, écrit-elle dans La Fille au sourire de perles, un livre paru ces jours-ci aux éditions Les Escales, d'être une personne qui est loin de chez elle et de devenir quelqu'un qui n'a plus de foyer." Le symbole n'est pas anodin pour une gamine qui, après une enfance bourgeoise à Kigali, aura passé jusqu'à ses douze ans à errer avec sa soeur Claire - à laquelle elle consacre des pages merveilleuses - de camps de réfugiés en gîtes de passage, entre le Zaïre et l'Afrique du Sud, en passant, au gré des circonstances, par la Tanzanie, la Zambie ou le Mozambique. Autant de routes de pays agités, sinon au bord de l'implosion, où elle collectionnera des cailloux, Petit Poucet lesté d'un sac à dos Mickey. Un âpre quotidien, dans lequel elle ne se sent par perdue. Et pour cause: "Le fait d'être "perdu" implique qu'il existe un lieu où on a l'impression qu'on sera retrouvé, et ce lieu, pour moi, n'existait pas." Puis ce sera l'arrivée à Chicago. "J...