Une pandémie peut en cacher une autre. À côté du Covid, le virus du mensonge a lui aussi abondamment circulé ces derniers mois. Et aucun vaccin n'est par contre disponible pour lutter contre cet autre fléau.

"Comment en est-on arrivé là, culture? Comment le politique a-t-il pu t'abandonner à ton triste sort, lui qui jurait la main sur le coeur qu'on ne pouvait pas se passer de tes services?"

Ce n'est pas un scoop, en 20 ans, l'industrie de la musique a complètement changé de paradigme: les ventes de supports physiques se sont effondrées -entraînant dans leur chute les disquaires-, le live a pris une place centrale dans l'assiette financière des artistes, et surtout, la musique s'est massivement dématérialisée, se consommant désormais partout et tout le temps sur son téléphone, sa tablette, son PC ou son autoradio connecté. Les "digital natives", qui sont nés avec un smartphone dans la main, n'imaginent même pas que leurs parents aient pu un jour écouter leurs idoles sur des cassettes.

On en apprend tous les jours. Y compris dans des domaines a priori familiers. Il arrive même qu'on croise sur notre chemin des connaissances reliées par des fils invisibles, comme un jeu de piste orchestré par Le ou La scénariste en chef. À nous de faire les rapprochements. Au risque sinon de passer à côté d'une occasion de "mourir moins bête", pour paraphraser la capsule quotidienne de Marion Montaigne sur Arte.

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. De 1985 à 1993, à une époque où les chaînes de télé se comptaient encore sur les doigts des deux mains et où Internet sortait à peine de la salle d'accouchement, un jeu télévisé faisait fureur tous les midis sur TF1.

Ma femme est psychologue dans un centre de guidance à Bruxelles. Et depuis un an, elle est sur le pied de guerre. Elle ne porte pas de blouse blanche, n'a pas été applaudie tous les soirs pendant des semaines et pourtant c'est une héroïne de la pandémie.

Les scénarios doivent-ils automatiquement intégrer le Corona et tous ses artefacts si l'histoire se déroule de nos jours, au risque de dater les films et d'ajouter de l'angoisse à l'angoisse?

Dans les années 80, tu avais réussi ta vie si tu étais trader ou pubard. En 2021, tu as réussi ta vie si tu es... poète. Boutade? À peine. La réclusion et l'incertitude qui sont notre lot quotidien depuis un an ont propulsé, semble-t-il, la forme littéraire chère à Mallarmé vers des sommets de coolitude.

Elles nous manquent. Plus encore aujourd'hui avec le retour des beaux jours. Dans le lot des privations imposées par la pandémie, on pensait pouvoir s'accommoder de leur absence. Jusqu'à ce qu'on réalise que notre regard les cherche fiévreusement dans le dédale des rues grises. C'est simple, depuis qu'elles ont dû replier tables, chaises et tentes, les villes et les villages ont des airs glacials de halls de gare qu'on traverse au pas de charge, enfermé dans sa bulle, ses pensées, sa routine. Le souvenir de leur musique -murmures le matin, pépiements le midi et brouhaha le soir- n'en finit pas de nous hanter.

Toute médaille a son revers. Et plus la médaille est large, plus le revers l'est forcément aussi. Une théorie qui se vérifie sur l'épineuse question du démantèlement de la forteresse patriarcale blanche et hétéronormée qui a dirigé le monde pendant des siècles. La légitime libération de la parole des femmes, le nécessaire devoir de prise de conscience des injustices que subissent les minorités racisées, tout ce grand déballage de salubrité publique prend parfois une tournure radicale qui fait craindre paradoxalement un recul de la liberté d'expression.

Dis-moi ce que tu écoutes, ce que tu regardes, ce que tu lis, je te dirai comment tu vas. Face à la crise sanitaire, et au régime de semi-liberté qui l'accompagne, chacun conjure le sort comme il peut. Notamment en adaptant sa consommation culturelle à l'ambiance pesante de l'époque.

C'est l'une des expériences de sciences sociales les plus connues (et les plus sadiques). Elle date du début des années 70. Un enfant de maternelle est installé à une table dans une pièce vide. Devant lui, un marshmallow moelleux et appétissant lui fait de l'oeil. Un adulte lui explique qu'il a le choix: soit il le dévore tout de suite, soit il attend son retour et il aura droit à une deuxième friandise.

Outre ses décors grandioses déclinant toutes les nuances de l'ocre, l'attrait principal de la série Mystery Road, dont la deuxième saison vient de s'achever sur Arte (mais elle est toujours disponible sur le site de la chaîne), tient dans sa peinture réaliste et désenchantée d'une communauté aborigène victime de ségrégation et engluée dans la misère sociale. Une carte postale peu reluisante de l'Australie que seule une poignée de films, comme Rabbit-Proof Fence de Phillip Noyce ou Samson et Delilah de Warwick Thornton, avait jusqu'ici abordée.

Quand l'obus du deuil tombe dans votre jardin, il n'est pas rare qu'un sentiment d'injustice piétine vos nuits blanches. Surtout si le défunt est jeune.

Tonnerre de Brest, le capitaine Haddock fête ses 80 ans cette année! Inutile de lui apporter un gâteau pour fêter ça -ou alors un baba au rhum-, une bonne bouteille de whisky fera bien mieux l'affaire.

Personne ne regrettera 2020. Sinon peut-être Netflix, Amazon et quelques autres plateformes numériques qui ont profité de la crise sanitaire pour anticiper leurs objectifs de développement les plus optimistes. Pour la culture, par contre, 2020 restera comme la pire année depuis la Seconde Guerre mondiale.