En caricaturant à peine, les perspectives d'ici 2100 se résument à succomber à un virus -le Covid 19 ou un de ses frères qui dorment au fond des forêts primaires ou sous un manteau de glace millénaire et que notre irresponsabilité finira tôt ou tard par réveiller-, ou à rissoler sous un soleil à faire fondre un char d'assaut -si du moins on n'a pas noyé d'ici là notre individualisme forcené lors d'un de ces déluges bibliques annoncés. Joyeux programme...

Pour enrayer la machine climatique infernale et espérer sauver nos fesses de l'extinction, il faudrait renoncer du jour au lendemain ou presque à la surabondance, au confort matériel, à l'accumulation débridée, tous ces stratagèmes aussi redoutables qu'addictifs élaborés par les marchands du temple pour nous faire oublier notre misérable condition humaine. Autant demander à un lion de sacrifier son repas du soir pour préserver l'écosystème...

Pour enrayer la machine climatique infernale et espérer sauver nos fesses de l'extinction, il faudrait renoncer à la surabondance, au confort matériel, à l'accumulation débridée

En attendant le miracle ou la révolution qui nous ramènera sur le chemin de la raison et de la frugalité (il est trop tard pour être pessimiste), pas étonnant qu'on soit si nombreux à chercher un peu de réconfort dans le passé. La nostalgie ne se résume plus aux souvenirs fanés brandis par des aînés dépassés par le présent, ni même à ce vieux tour de passe-passe politique démago qui consiste à glorifier des temps anciens fantasmés pour justifier le retour d'un totalitarisme ou l'autre, elle est bien plus que ça, elle est devenue une drogue douce licite et massivement consommée, y compris par les plus jeunes, essentiellement pour éviter d'affronter des lendemains qui déchantent. Comme le faisait remarquer en 2019 le philosophe polonais Zygmunt Bauman dans son essai posthume Retrotopia, on est passé d'une "épidémie de frénésie progressiste" à une "épidémie globale de nostalgie".

On marche donc à reculons, les yeux rivés sur ces moments d'allégresse et de légèreté flottant dans la mémoire collective et au-dessus desquels ne s'accumulaient pas encore les nuages noirs de l'apocalypse. Alors que tout n'était pas rose (entre autres périls, la menace nucléaire se posait là) mais la mémoire a l'art d'enjoliver ses archives. Cette rétromania a commencé comme une blague quand, il y a quelques années, des petits malins ont sorti Casimir du placard pour en faire un héros régressif de la pop culture. La machine à remonter le temps était lancée. Sans paraître ringard, on pouvait donc renouer avec les saveurs de l'enfance. Loin de s'essouffler, ce courant a pris de l'ampleur et a essaimé dans tous les registres de la création. D'autant plus vite que ce recyclage permanent s'est révélé très lucratif.

Pas plus tard que la semaine dernière, on vous parlait ainsi de la vague rétro dans les séries, qui se matérialise de trois manières: un culte pour les programmes qui ont bercé la jeunesse de plusieurs générations (de Amicalement Vôtre, qui fête justement ses 50 ans, à l'insubmersible Friends), en produisant des séries au style vintage (façon Mad Men ou Stranger Things) et en multipliant les reboots (The Wonder Years, Cowboy Bebop...). Pour l'innovation, on repassera.

La musique joue la même partition passéiste: qui a fait l'actu ces dernières semaines, à part Adele bien sûr? Réponse: Abba et les Beatles. Wow. Même de jeunes artistes comme Clara Luciani, Juliette Armanet ou Eddy de Pretto, dont on pourrait s'attendre à ce qu'ils s'efforcent coûte que coûte d'inventer de nouveaux sons, préfèrent ressusciter le disco qu'ils n'ont pourtant pas connu, mais dont l'énergie, la vitalité, l'insouciance les attirent comme la boule à facettes attire la lumière. Une manière pour l'époque de dire: du futur faisons table rase...

En caricaturant à peine, les perspectives d'ici 2100 se résument à succomber à un virus -le Covid 19 ou un de ses frères qui dorment au fond des forêts primaires ou sous un manteau de glace millénaire et que notre irresponsabilité finira tôt ou tard par réveiller-, ou à rissoler sous un soleil à faire fondre un char d'assaut -si du moins on n'a pas noyé d'ici là notre individualisme forcené lors d'un de ces déluges bibliques annoncés. Joyeux programme... Pour enrayer la machine climatique infernale et espérer sauver nos fesses de l'extinction, il faudrait renoncer du jour au lendemain ou presque à la surabondance, au confort matériel, à l'accumulation débridée, tous ces stratagèmes aussi redoutables qu'addictifs élaborés par les marchands du temple pour nous faire oublier notre misérable condition humaine. Autant demander à un lion de sacrifier son repas du soir pour préserver l'écosystème... En attendant le miracle ou la révolution qui nous ramènera sur le chemin de la raison et de la frugalité (il est trop tard pour être pessimiste), pas étonnant qu'on soit si nombreux à chercher un peu de réconfort dans le passé. La nostalgie ne se résume plus aux souvenirs fanés brandis par des aînés dépassés par le présent, ni même à ce vieux tour de passe-passe politique démago qui consiste à glorifier des temps anciens fantasmés pour justifier le retour d'un totalitarisme ou l'autre, elle est bien plus que ça, elle est devenue une drogue douce licite et massivement consommée, y compris par les plus jeunes, essentiellement pour éviter d'affronter des lendemains qui déchantent. Comme le faisait remarquer en 2019 le philosophe polonais Zygmunt Bauman dans son essai posthume Retrotopia, on est passé d'une "épidémie de frénésie progressiste" à une "épidémie globale de nostalgie". On marche donc à reculons, les yeux rivés sur ces moments d'allégresse et de légèreté flottant dans la mémoire collective et au-dessus desquels ne s'accumulaient pas encore les nuages noirs de l'apocalypse. Alors que tout n'était pas rose (entre autres périls, la menace nucléaire se posait là) mais la mémoire a l'art d'enjoliver ses archives. Cette rétromania a commencé comme une blague quand, il y a quelques années, des petits malins ont sorti Casimir du placard pour en faire un héros régressif de la pop culture. La machine à remonter le temps était lancée. Sans paraître ringard, on pouvait donc renouer avec les saveurs de l'enfance. Loin de s'essouffler, ce courant a pris de l'ampleur et a essaimé dans tous les registres de la création. D'autant plus vite que ce recyclage permanent s'est révélé très lucratif. Pas plus tard que la semaine dernière, on vous parlait ainsi de la vague rétro dans les séries, qui se matérialise de trois manières: un culte pour les programmes qui ont bercé la jeunesse de plusieurs générations (de Amicalement Vôtre, qui fête justement ses 50 ans, à l'insubmersible Friends), en produisant des séries au style vintage (façon Mad Men ou Stranger Things) et en multipliant les reboots (The Wonder Years, Cowboy Bebop...). Pour l'innovation, on repassera. La musique joue la même partition passéiste: qui a fait l'actu ces dernières semaines, à part Adele bien sûr? Réponse: Abba et les Beatles. Wow. Même de jeunes artistes comme Clara Luciani, Juliette Armanet ou Eddy de Pretto, dont on pourrait s'attendre à ce qu'ils s'efforcent coûte que coûte d'inventer de nouveaux sons, préfèrent ressusciter le disco qu'ils n'ont pourtant pas connu, mais dont l'énergie, la vitalité, l'insouciance les attirent comme la boule à facettes attire la lumière. Une manière pour l'époque de dire: du futur faisons table rase...