C'est moi qui interprète très mal son body language ou bien Gavin McInnes transpire la trouille dans sa déjà fameuse vidéo postée sur YouTube mercredi dernier, où il annonce se retirer des Proud Boys? Il y aurait de quoi, me direz-vous, vu que le journal britannique The Guardian a révélé quelques jours auparavant que le FBI considère désormais ces mêmes Proud Boys comme un "groupe extrémiste ayant des liens avec le nationalisme blanc", autrement dit, les classifie comme une "menace". Revenons en arrière, histoire d'être bien clairs. Gavin McInnes est l'un des cofondateurs historiques du magazine Vice et de Vice Media, le pendant digital de l'empire médiatique. Entre autres couillonnades, il y développait beaucoup de sujets sur les hipsters, le sexe et les drogues (ben, tiens); avant de claquer la porte du groupe en 2008, visiblement en très mauvais termes avec Shane Smith. Depuis, McInnes a grenouillé à gauche, à droite; surtout à droite, voire même très à droite. Le bonhomme se défend toutefois d'accointances avec l'extrême-droite, préférant se présenter comme un "père de famille libertarien pro-Trump, pro-frontières, pro-liberté d'expression et pro-marché libre". On l'a toutefois vu, parfois déconnant, parfois sérieux, et souvent les deux à la fois, sur The Rebel Media, une plateforme digitale canadienne qui se présente comme la voix du "contre-Jihad"; sur The Conservative Review, obsédée par le "deep state" qui saboterait Trump; sur Fox N...

C'est moi qui interprète très mal son body language ou bien Gavin McInnes transpire la trouille dans sa déjà fameuse vidéo postée sur YouTube mercredi dernier, où il annonce se retirer des Proud Boys? Il y aurait de quoi, me direz-vous, vu que le journal britannique The Guardian a révélé quelques jours auparavant que le FBI considère désormais ces mêmes Proud Boys comme un "groupe extrémiste ayant des liens avec le nationalisme blanc", autrement dit, les classifie comme une "menace". Revenons en arrière, histoire d'être bien clairs. Gavin McInnes est l'un des cofondateurs historiques du magazine Vice et de Vice Media, le pendant digital de l'empire médiatique. Entre autres couillonnades, il y développait beaucoup de sujets sur les hipsters, le sexe et les drogues (ben, tiens); avant de claquer la porte du groupe en 2008, visiblement en très mauvais termes avec Shane Smith. Depuis, McInnes a grenouillé à gauche, à droite; surtout à droite, voire même très à droite. Le bonhomme se défend toutefois d'accointances avec l'extrême-droite, préférant se présenter comme un "père de famille libertarien pro-Trump, pro-frontières, pro-liberté d'expression et pro-marché libre". On l'a toutefois vu, parfois déconnant, parfois sérieux, et souvent les deux à la fois, sur The Rebel Media, une plateforme digitale canadienne qui se présente comme la voix du "contre-Jihad"; sur The Conservative Review, obsédée par le "deep state" qui saboterait Trump; sur Fox News que l'on ne présente plus et sur Taki's Magazine, où il interviewa de façon complètement idiote Jesse Hughes des Eagles of Death Metal au sujet du massacre du Bataclan, article abject par ailleurs objet d'une précédente chronique ici même. Il ne faudrait toutefois pas trop vite cataloguer Gavin McInnes comme un Éric Zemmour d'outre-Atlantique qui ferait du stand-up entre deux chroniques droitières ou un Drieu Godefridi plus rock & roll. Ce n'est vraiment pas un pseudo-intellectuel. Comme on dit dans les bistrots bruxellois, c'est surtout un rare peï. Sans doute même un halve-gekloechte. Comme Madame Chapeau, "je n'aime pas ce garçon" mais ce n'est pas Satan non plus, ni Adolf Junior. Je pense en fait que Joe Rogan et ses invités ont même totalement raison quand ils parlent de lui comme d'un type qui navigue continuellement entre l'expression réfléchie de ses idées de droite et la pure provocation, le gonzo et le nawak; autrement dit, que c'est une personnalité au fond plutôt insaisissable, voire même éventuellement sympathique, qui adore jouer un personnage particulièrement outrancier. "Le Andy Kaufman de 2018", propose un invité de Rogan. "Non. Un troll", répond l'animateur. Et c'est exactement ce qu'est McInnes, je pense. Un troll. Un type qui n'a rien de bien intelligent à dire mais qu'on laisse s'exprimer parce qu'il génère de l'audience à la pelle et amène un côté "canaille" au débat politique. C'est quelqu'un de parfois rigolo, un peu, mais rarement brillant; en réalité plutôt mesuré mais devant toujours en rajouter trois couches dès qu'une caméra tourne, espérant ainsi amuser le côté droit de la galerie et exaspérer celui de gauche. L'ennui majeur, c'est que cet humour couillon a aussi tendance à générer des effets drôlement pervers. Dangereusement pervers même. Ainsi, The Proud Boys était au départ une véritable blague, lancée il y a deux ans par Gavin McInnes dans l'unique but de dépuceler le producteur de son show, un geek de 24 ans, qui manquait d'amis et ne rencontrait que peu de femmes. Pour faire partie du club des Proud Boys, il fallait ainsi notamment citer des marques de céréales en se faisant taper dessus, se faire tatouer le sigle du groupe et promettre de "baiser" plutôt que de se masturber devant de la pornographie. Bref, une sorte de Fight Club version South Park. Et exactement comme dans Fight Club, ça a très vite viré crypto-faf. Alors, bien entendu, McInnes a raison quand il dit que s'afficher clairement pro-Trump et de droite comme le font les Proud Boys dans des bastions "libéraux" comme New York et les universités de Californie rend dingues certaines personnes au point qu'il faut bien se défendre. "We don't start fights but we finish them" est l'un des slogans des Proud Boys, "nous ne débutons pas les bagarres mais nous les achevons". La justice américaine n'en est toutefois pas si sûre. C'est que depuis deux ans, les incidents et les bagarres se multiplient, surtout dès qu'Antifa est dans le coin. Les Proud Boys disent se défendre mais aussi défendre leurs valeurs "occidentales" et des figures trumpesques comme Ann Coulter et Roger Stone, qui se seraient fait jeter dessus des "piles, des excréments et des bouteilles d'urine", selon McInnes. C'est d'ailleurs suite à cette menace constante de la part des "riches gosses de gauche" que certains Proud Boys organisent pour les personnalités de l'alt-right un service d'ordre et de protection. Et c'est là que ça coince. Parce que McInnes n'a pas l'air de percuter qu'il existe une différence énorme entre des "types de droite qui aiment juste boire des bières et se raconter des blagues de cul" et des services de protection non agréés qui n'hésitent pas à riposter violemment quand des manifestants se montrent agressifs. On a carrément un mot pour ça: milice. Cela dit, McInnes a toujours eu l'air de patauger dans une réalité alternative et le fait que le FBI semble désormais le considérer comme le Ben Laden des cogneurs en Fred Perry ne fait rien pour le ramener parmi nous. Sa vidéo de faux adieux aux Proud Boys est longue et le type plutôt crispant mais il faut le voir oser prétendre que "la masculinité toxique est un mythe" et que "la suprématie blanche n'existe pas". Il faut le voir avancer "qu'en Allemagne, en 1943, les nazis auraient trouvé exagéré de manifester devant un centre culturel juif quelques jours après un massacre dans une synagogue". Il faut se donner cette peine de regarder cette vidéo à la con parce que c'est le prix à payer pour pleinement mesurer à quel point ce rare peï est tout de même avant tout un très gros zievereir. Alors, bien sûr, ne refaisons pas l'erreur de juger le mariolle inoffensif, vu que la dernière fois qu'on est tombés dans ce piège, le mariolle est devenu président des États-Unis. Prônons plutôt la nuance: oui, McInnes est victime de "rumeurs, de mensonges et de piteux journalisme" (il est d'ailleurs lui-même très mauvais journaliste) mais pas que. Et non, McInnes, ce bouteur de feux, n'est pas un "type raisonnable" perdu dans un "monde de clowns". Vraiment pas. C'est donc plutôt un troll dont les douteuses blagues potaches ont donné naissance à un hooliganisme politique devenu incontrôlable et jugé dangereux par les autorités. On peut le déplorer, on peut avancer que la liberté d'expression y perd. On peut même carrément être nostalgique d'une époque où l'humour pince-sans-rire et trash était mieux compris et davantage accepté. Mais l'époque est troublée, les États-Unis politiquement divisés et la blague à l'origine principalement destinée à dépuceler un geek s'est transformée en milice contestataire et génère depuis deux ans des violences dans les rues et les universités. Bref, il est plus que temps de siffler la fin de la récré. C'est aussi simple que ça. Tout le reste n'est que blablas, idéologies en sucette et ridicules justifications.