Kamyon

EN DÉCEMBRE (DÈS LE 12/12) AU KVS. DE JANVIER À MARS À SCHAERBEEK, ANDERLECHT, IXELLES. REPRÉSENTATIONS EN 5 LANGUES (FRANÇAIS, NÉÉRLANDAIS, TURC, ARABE, ANGLAIS). INFOS: WWW.KVS.BE

Kamyon est un spectacle original qui se passe dans un... camion-remorque. Une quarantaine de spectateurs sont installés, un peu serrés, face à une fillette qui raconte le périple de l'exil. Le village qu'elle abandonne, son école devenue "un tas de pierres", le passeur "Moustache, aux dents en or", le père qui les rejoindra plus tard, la mère sur qui la fillette veille -ne pas dormir, donc, pour aussi esquiver les cauchemars. Et puis, causer avec Dada, l'étrange cheval (philosophique) qui, lui aussi, est caché dans le camion. Sur les parois du véhicule défilent quelques images minimalistes: de cartes géographiques, de cheval ou d'autoroute. Derrière nous, en direct, crépitent la musique (saz, flûte, accordéon) et quelques bruitages (la route, le vent). Sans pathos, Kamyon est une performance sobre, poétique, sensible et de proximité qui fait son effet et nous imbibe de la réalité à hauteur d'individu, en écho politique à ce qu'on appelle "la crise des migrants". Le texte est écrit sur base de témoignages et mis en scène par Michael De Cock ('t Arsenaal, actuel directeur du KVS) dans un concept imaginé, entre autres, avec l'artiste turco-anversois Mesut Arslan (Platform 0090). Kamyon (titre turc) a d'abord été à Istanbul avant de circuler en Europe (Slovénie, Angleterre, France, Italie...). Aujourd'hui, il fait escale au KVS bruxellois et dans quelques quartiers avec, à chaque fois, des comédiennes différentes selon la langue d'interprétation (NL, EN, AR, TU...). Pour la version française, on retrouve l'excellente jeune comédienne Jessica Fanhan. Attention au sold out. (N.A.)

Neon golden

LE 16/12, À L'AB, BRUXELLES. WWW.ABCONCERTS.BE

Parler d'un véritable festival serait probablement excessif. Il n'empêche: avec une affiche costaude et une soirée qui commence à 21 heures pour se terminer le lendemain à 5 heures du matin, la seconde édition de l'événement Neon, organisé à l'Ancienne Belgique, n'est pas loin de ressembler à une version indoor des grands raouts électroniques de l'été. Après avoir inauguré la formule l'an dernier, l'AB remet à nouveau le couvert le vendredi 16 décembre prochain. Toujours en partenariat avec une fameuse compagnie de télécoms, trouvant là matière pour rajeunir son image à bon compte. Pas besoin de relancer ici le débat sur le sponsoring/branding parfois très insistant des marques (bancaires, alimentaires, etc.) sur la culture et les musiques électroniques. On se contentera de signaler que si le club, à l'étage, a été rebaptisé pour l'occasion d'après le nom d'une pils, la programmation sera confiée à l'équipe de Moodfamily -qui vient de remporter l'Elektropedia award du Meilleur label belge 2016. En bas, la grande salle abritera quant à elle les principales têtes d'affiche de la soirée. Après Dusky, ce sont ainsi deux incontournables de la French Touch, un temps réunis sous l'étendard de Motorbass, qui devraient retourner le plancher: Étienne de Crécy (la collection Superdiscount), suivi de Cassius, qui a sorti l'été dernier son premier disque en dix ans (Ibifornia). Enfin, sur le coup de 3 heures, c'est la house de Claptone qui clôturera les débats. (L.H.)

Europavox

LES 16 ET 17/12 AU BOTANIQUE, BRUXELLES. WWW.BOTANIQUE.BE

Haring, DR
Haring © DR

Né à Clermont-Ferrand, le Festival Europavox défriche depuis 10 ans les nouveautés de la scène musicale. Et ce délocalise le temps d'un week-end du côté du Bota pour voir s'y succéder la crème de la scène musicale européenne. D'une salle à l'autre, on croisera ainsi les Belges de Great Mountain Fire (pop) et Haring (électro), la rappeuse bulgare Dena, l'electronica des Luxembourgeois de Napoleon Gold ou encore l'électro des Français de Thylacine, entre autres. En tout, 10 groupes triés sur le volet, venus des 4 coins de l'espace Schengen, se relaieront pour deux soirées, la première plus indé, la seconde carrément électro.

Sur le fil

LE 17/12 À BOZAR, BRUXELLES. WWW.BOZAR.BE

Sur le fil, The Jakarta Post / Jerry Adiguna
Sur le fil © The Jakarta Post / Jerry Adiguna

Les chorégraphies de Nacera Belaza sont hypnotiques. Expérience inoubliable pour ceux qui les ont croisées, notamment aux Halles de Schaerbeek. Dans Les Sentinelles, deux corps presque identiques (sa soeur et elle, asexuées, habillées d'une espèce de jogging large et noir) occupaient une scène sobre. Les yeux du spectateur n'avaient pas le temps de cligner que, précis et rigoureux, le geste était lancé, et le mouvement balancé comme si l'on prenait le spectacle en plein vol sur un riff répétitif de Nina Simone. Le duo avancera de 9 mètres en 50 minutes! Sobre et radical: presque un trip spirituel. Fascinant. Chez cette chorégraphe-danseuse, Française d'origine algérienne, chaque pièce (Le Cri, Le Trait, Le Temps scellé...) semble se lier aux autres et les poursuivre. Creusant son sillon, Nacera Belaza dit d'ailleurs qu'"un mouvement peut durer à l'infini". À Bozar, on la retrouve pour un soir avec sa dernière création: Sur le fil, en trio. Une expérience (très concrète) de transcendance où il s'agit de "dépasser l'expérience scénique... jusqu'à ce que le mental et le corps cèdent et ne représentent plus une limite". À ne pas rater. (N.A.)

Flash Forward

LE 17/12, AU ROCKERILL, MARCHIENNE-AU-PONT. WWW.ROCKERILL.COM

Alors qu'il vient tout juste de sortir son nouvel album (&), le taulier de l'écurie Kompakt, Michael Mayer, passera par le Rockerill carolo pour une soirée Flash Forward au line-up impeccable, comprenant également Geoffreoy Mugwump, Fabrice Lig et Globule.

Ampere

LE 17/12, À L'AMPERE, ANVERS. WWW.AMPERE-ANTWERP.COM

Elu meilleur club de Belgique, lors des derniers Red Bull Elektropedia Awards, l'Ampere anversois a prévu une belle fin d'année. Avant d'accueillir Nina Kraviz le 29 décembre, le club proposera, une fois n'est pas coutume, une soirée cinéma: au programme, la projection du documentaire Raving Iran, suivi d'un DJ set d'Helena Hauff et d'un live d'Albert Van Abbe, en foute fin de nuit.

Sorties ciné de la semaine

Star Wars: Rogue One ***(*), un bon film de guerre, sans la pompe et le folklore liés à la saga.

Mademoiselle **** de Park Chan-wook, un thriller aussi élégant que jouissif, du cinéma de genre de haut vol.

Fai bei sogni ****, Marco Bellocchio retrouve avec émotion ses propres questionnements dans la vie d'un autre. Superbe!

Tour de France ***(*), le choc générationnel entre un représentant de la France profonde (Depardieu) et un jeune rebeu rappeur (Sadek).

Personal Shopper ***, les retrouvailles moyennement convaincantes entre Olivier Assayas et Kristen Stewart.

Le nanar de la semaine: Balerina °, au scénario poussif et à l'esthétique bas de gamme.

Ernest Pignon-Ernest

WWW.PIGNON-ERNEST.COM

Ernest Pignon-Ernest
© Ernest Pignon-Ernest

Jusqu'au 8 janvier, le MAMAC de Nice consacre une rétrospective au travail d'Ernest Pignon-Ernest. Impossible de faire le déplacement? Dommage car on ne dira jamais assez de bien de l'oeuvre de ce pionnier qui a commencé il y a 50 ans à installer ses images éphémères -ne dites surtout pas "affiches"- sur les murs des grandes villes. Ne dites pas non plus "street artist" car ce serait enfermer l'intéressé dans l'univers du graffiti qui n'est pas du tout le sien. Pignon-Ernest est un maître de l'art urbain comme on dit "maître flamand". "Je n'expose pas dans la rue, je fais de la rue mon oeuvre même. Je saisis une réalité dans toute sa complexité et je viens glisser un élément de fiction qui doit venir exacerber tout ce potentiel du réel (...), densifier le réel, le rendre plus fort... ", confiait-il récemment à Augustin Trapenard sur France Inter. Son art éphémère est d'autant plus précieux qu'en amont d'une réalisation Ernest Pignon-Ernest consacre un temps démesuré au repérage. Sur son site est consigné tout son travail de 1966 à 2015. Sous l'onglet "Interventions", on fait défiler les nombreuses images. En retenir une? Ce portrait de Rimbaud apposé de Charleville à Paris en 1978. L'essence du poète se mêle à la fragilité du papier. "Sa disparition est inscrite dans l'image même", peut-on lire. Difficile de faire plus rimbaldien. (M.V.)

Kamyon est un spectacle original qui se passe dans un... camion-remorque. Une quarantaine de spectateurs sont installés, un peu serrés, face à une fillette qui raconte le périple de l'exil. Le village qu'elle abandonne, son école devenue "un tas de pierres", le passeur "Moustache, aux dents en or", le père qui les rejoindra plus tard, la mère sur qui la fillette veille -ne pas dormir, donc, pour aussi esquiver les cauchemars. Et puis, causer avec Dada, l'étrange cheval (philosophique) qui, lui aussi, est caché dans le camion. Sur les parois du véhicule défilent quelques images minimalistes: de cartes géographiques, de cheval ou d'autoroute. Derrière nous, en direct, crépitent la musique (saz, flûte, accordéon) et quelques bruitages (la route, le vent). Sans pathos, Kamyon est une performance sobre, poétique, sensible et de proximité qui fait son effet et nous imbibe de la réalité à hauteur d'individu, en écho politique à ce qu'on appelle "la crise des migrants". Le texte est écrit sur base de témoignages et mis en scène par Michael De Cock ('t Arsenaal, actuel directeur du KVS) dans un concept imaginé, entre autres, avec l'artiste turco-anversois Mesut Arslan (Platform 0090). Kamyon (titre turc) a d'abord été à Istanbul avant de circuler en Europe (Slovénie, Angleterre, France, Italie...). Aujourd'hui, il fait escale au KVS bruxellois et dans quelques quartiers avec, à chaque fois, des comédiennes différentes selon la langue d'interprétation (NL, EN, AR, TU...). Pour la version française, on retrouve l'excellente jeune comédienne Jessica Fanhan. Attention au sold out. (N.A.)Parler d'un véritable festival serait probablement excessif. Il n'empêche: avec une affiche costaude et une soirée qui commence à 21 heures pour se terminer le lendemain à 5 heures du matin, la seconde édition de l'événement Neon, organisé à l'Ancienne Belgique, n'est pas loin de ressembler à une version indoor des grands raouts électroniques de l'été. Après avoir inauguré la formule l'an dernier, l'AB remet à nouveau le couvert le vendredi 16 décembre prochain. Toujours en partenariat avec une fameuse compagnie de télécoms, trouvant là matière pour rajeunir son image à bon compte. Pas besoin de relancer ici le débat sur le sponsoring/branding parfois très insistant des marques (bancaires, alimentaires, etc.) sur la culture et les musiques électroniques. On se contentera de signaler que si le club, à l'étage, a été rebaptisé pour l'occasion d'après le nom d'une pils, la programmation sera confiée à l'équipe de Moodfamily -qui vient de remporter l'Elektropedia award du Meilleur label belge 2016. En bas, la grande salle abritera quant à elle les principales têtes d'affiche de la soirée. Après Dusky, ce sont ainsi deux incontournables de la French Touch, un temps réunis sous l'étendard de Motorbass, qui devraient retourner le plancher: Étienne de Crécy (la collection Superdiscount), suivi de Cassius, qui a sorti l'été dernier son premier disque en dix ans (Ibifornia). Enfin, sur le coup de 3 heures, c'est la house de Claptone qui clôturera les débats. (L.H.)Né à Clermont-Ferrand, le Festival Europavox défriche depuis 10 ans les nouveautés de la scène musicale. Et ce délocalise le temps d'un week-end du côté du Bota pour voir s'y succéder la crème de la scène musicale européenne. D'une salle à l'autre, on croisera ainsi les Belges de Great Mountain Fire (pop) et Haring (électro), la rappeuse bulgare Dena, l'electronica des Luxembourgeois de Napoleon Gold ou encore l'électro des Français de Thylacine, entre autres. En tout, 10 groupes triés sur le volet, venus des 4 coins de l'espace Schengen, se relaieront pour deux soirées, la première plus indé, la seconde carrément électro.Les chorégraphies de Nacera Belaza sont hypnotiques. Expérience inoubliable pour ceux qui les ont croisées, notamment aux Halles de Schaerbeek. Dans Les Sentinelles, deux corps presque identiques (sa soeur et elle, asexuées, habillées d'une espèce de jogging large et noir) occupaient une scène sobre. Les yeux du spectateur n'avaient pas le temps de cligner que, précis et rigoureux, le geste était lancé, et le mouvement balancé comme si l'on prenait le spectacle en plein vol sur un riff répétitif de Nina Simone. Le duo avancera de 9 mètres en 50 minutes! Sobre et radical: presque un trip spirituel. Fascinant. Chez cette chorégraphe-danseuse, Française d'origine algérienne, chaque pièce (Le Cri, Le Trait, Le Temps scellé...) semble se lier aux autres et les poursuivre. Creusant son sillon, Nacera Belaza dit d'ailleurs qu'"un mouvement peut durer à l'infini". À Bozar, on la retrouve pour un soir avec sa dernière création: Sur le fil, en trio. Une expérience (très concrète) de transcendance où il s'agit de "dépasser l'expérience scénique... jusqu'à ce que le mental et le corps cèdent et ne représentent plus une limite". À ne pas rater. (N.A.)Alors qu'il vient tout juste de sortir son nouvel album (&), le taulier de l'écurie Kompakt, Michael Mayer, passera par le Rockerill carolo pour une soirée Flash Forward au line-up impeccable, comprenant également Geoffreoy Mugwump, Fabrice Lig et Globule.Elu meilleur club de Belgique, lors des derniers Red Bull Elektropedia Awards, l'Ampere anversois a prévu une belle fin d'année. Avant d'accueillir Nina Kraviz le 29 décembre, le club proposera, une fois n'est pas coutume, une soirée cinéma: au programme, la projection du documentaire Raving Iran, suivi d'un DJ set d'Helena Hauff et d'un live d'Albert Van Abbe, en foute fin de nuit.Star Wars: Rogue One ***(*), un bon film de guerre, sans la pompe et le folklore liés à la saga.Mademoiselle **** de Park Chan-wook, un thriller aussi élégant que jouissif, du cinéma de genre de haut vol.Fai bei sogni ****, Marco Bellocchio retrouve avec émotion ses propres questionnements dans la vie d'un autre. Superbe!Tour de France ***(*), le choc générationnel entre un représentant de la France profonde (Depardieu) et un jeune rebeu rappeur (Sadek).Personal Shopper ***, les retrouvailles moyennement convaincantes entre Olivier Assayas et Kristen Stewart.Le nanar de la semaine: Balerina °, au scénario poussif et à l'esthétique bas de gamme.Jusqu'au 8 janvier, le MAMAC de Nice consacre une rétrospective au travail d'Ernest Pignon-Ernest. Impossible de faire le déplacement? Dommage car on ne dira jamais assez de bien de l'oeuvre de ce pionnier qui a commencé il y a 50 ans à installer ses images éphémères -ne dites surtout pas "affiches"- sur les murs des grandes villes. Ne dites pas non plus "street artist" car ce serait enfermer l'intéressé dans l'univers du graffiti qui n'est pas du tout le sien. Pignon-Ernest est un maître de l'art urbain comme on dit "maître flamand". "Je n'expose pas dans la rue, je fais de la rue mon oeuvre même. Je saisis une réalité dans toute sa complexité et je viens glisser un élément de fiction qui doit venir exacerber tout ce potentiel du réel (...), densifier le réel, le rendre plus fort... ", confiait-il récemment à Augustin Trapenard sur France Inter. Son art éphémère est d'autant plus précieux qu'en amont d'une réalisation Ernest Pignon-Ernest consacre un temps démesuré au repérage. Sur son site est consigné tout son travail de 1966 à 2015. Sous l'onglet "Interventions", on fait défiler les nombreuses images. En retenir une? Ce portrait de Rimbaud apposé de Charleville à Paris en 1978. L'essence du poète se mêle à la fragilité du papier. "Sa disparition est inscrite dans l'image même", peut-on lire. Difficile de faire plus rimbaldien. (M.V.)