Entamé en 1964 sur le court métrage The Meeting, le parcours de Peter Suschitzky l'a vu s'imposer comme l'un des chefs opérateurs les plus audacieux de sa génération, son nom étant associé à divers films cultes, de The Rocky Horror Picture Show à Mars Attacks!, mais aussi à l'oeuvre de David Cronenberg, dont il est le directeur de la photographie attitré depuis Dead Ringers, en 1988. Le festival de Cannes ne s'y est pas trompé, et Angénieux lui décernait, en mai dernier, le prix "Excellence in cinematography", l'occasion d'une rencontre autour d'une carrière exceptionnelle.
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Entamé en 1964 sur le court métrage The Meeting, le parcours de Peter Suschitzky l'a vu s'imposer comme l'un des chefs opérateurs les plus audacieux de sa génération, son nom étant associé à divers films cultes, de The Rocky Horror Picture Show à Mars Attacks!, mais aussi à l'oeuvre de David Cronenberg, dont il est le directeur de la photographie attitré depuis Dead Ringers, en 1988. Le festival de Cannes ne s'y est pas trompé, et Angénieux lui décernait, en mai dernier, le prix "Excellence in cinematography", l'occasion d'une rencontre autour d'une carrière exceptionnelle. Suschitzky est ce que l'on appelle un enfant du sérail, son père Wolfgang étant lui-même un chef opérateur estimé. Autant dire que sa voie semblait toute tracée, lui qui confie: "J'ai commencé à m'intéresser à la photographie du fait de son travail. En plus d'être chef opérateur, il prenait de nombreuses photos, et avait son propre labo à la maison, "the dark room", et je brûlais de savoir ce qui s'y passait. Parfois, il me laissait entrer quelques minutes, et me montrait le processus de développement, quand l'image apparaissait sur le papier blanc. De la pure magie, pour l'enfant que j'étais, et j'ai voulu à mon tour devenir prestidigitateur..." Armé, dès l'âge de 6 ans, d'un Box Brownie offert par un ami de la famille, Suschitzky fait ses classes de photographe -un écolage insurpassable, estime-t-il: "Il est plus délicat de réussir une photo que d'être un bon chef opérateur. Le travail du DOP doit être bon, mais il s'intègre à un tout. Alors que le photographe n'a rien. Faire une photo méritant d'être regardée quelques minutes, et recelant à la fois du mystère et du sens, est quelque chose de très difficile." Sur les conseils de son entourage, le jeune homme se dirige toutefois vers le cinéma, partant étudier à l'Idhec, à Paris. Une expérience qu'il met à profit pour fréquenter assidûment la Cinémathèque d'Henri Langlois, tout en baignant dans l'effervescence créative de l'époque: "Voir comment l'on pouvait traiter l'espace différemment, comme l'avait fait Resnais dans Hiroshima mon amour, m'enthousiasmait. C'était révolutionnaire..." Si bien que de retour dans son Angleterre natale, c'est presque naturellement que Suschitzky se trouve associé à des projets audacieux: faux documentaires d'anticipation de Kevin Brownlow puis Peter Watkins dans un premier temps -"J'imagine qu'il ne souhaitait pas quelqu'un venant du cinéma traditionnel, mais bien un jeune pouvant arriver avec des idées inhabituelles"-; fictions aussi originales que The Pied Piper de Jacques Demy ou Leo the Last de John Boorman, dans un second temps. "John Boorman est l'un des rares metteurs en scène avec qui j'aie travaillé qui m'ait donné la sensation que le cinéma coulait littéralement dans ses veines. Il avait déjà travaillé avec des vétérans à Hollywood, mais il m'a choisi, et m'a donné la chance et le cadre pour travailler sur un film stimulant, en couleurs mais en noir et blanc: les décors étaient en noir, blanc et gris, les seules couleurs se trouvant sur les visages. C'était un chercheur, toujours en quête d'un regard neuf." Le directeur photo le lui rend bien, qui se retrouvera par la suite associé à diverses curiosités, le Valentino de Kurt Russell, par exemple, ou encore The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman, un film au statut cultissime: "Quand ils m'ont contacté, je suis allé voir le musical sur scène. C'était fort éloigné de mon monde, mais c'est l'un des meilleurs films que j'ai tournés: très spirituel, drôle, et excentrique. Je pense qu'il doit son statut au fait que rien ne lui ressemble." Cinq ans plus tard, nouveau coup d'éclat avec The Empire Stikes Back d'Irvin Kershner, le second volet de la saga Star Wars. "J'y ai beaucoup appris, et notamment à ne pas avoir peur des effets spéciaux", explique le DOP, que Lucas avait souhaité engager dès le premier épisode, la Fox préférant à l'époque imposer un chef opérateur expérimenté, Gilbert Taylor, avec qui le réalisateur ne s'entendra pas. Par la suite, Peter Suschitzsky ne travaillera qu'occasionnellement pour les studios -question d'affinités, mais aussi de circonstances, explique-t-il-, même si sa filmographie aligne quelques grosses productions comme Mars Attacks! de Tim Burton, The Man in the Iron Mask de Randall Wallace, Red Planet d'Antony Hoffman... Le virage décisif, il l'opère en 1988, lorsqu'il signe la photo de Dead Ringers pour David Cronenberg, le premier des onze films qu'ils tourneront ensemble. "J'ai honte d'avouer que je ne connaissais pas son travail lorsque nous nous sommes rencontrés. Je pensais, de par sa réputation, qu'il faisait des films d'horreur, et je ne les aime pas. Mais c'est un homme fort intelligent, et ses films parlent d'idées. Ce n'est pas nécessairement le type de cinéma vers lequel je me serais dirigé spontanément, mais je suis ravi de l'avoir fait: chaque film est différent du précédent, le contexte est toujours stimulant. Notre relation ressemble à un mariage." Heureux, de toute évidence, à l'image d'un Suschitzky qui, alors qu'on lui demande le conseil qu'il donnerait à un DOP débutant, ponctue, non sans humour: "Entretenez vos hobbies. C'est une profession avec des périodes sans travail, et il est important d'avoir d'autres intérêts: lisez de bons livres, écoutez de la musique, admirez des peintures, buvez du bon vin, cela ne manquera pas d'enrichir votre travail de chef opérateur..."