Raving Iran

DOCUMENTAIRE DE SUSANNE REGINA MEURES.

VENDREDI 21/10, 22H.

"La police de la moralité iranienne arrête chaque année des centaines de personnes dans ses raids contre les raves satanistes, les tenues inappropriées et les CD obscènes. Pour des raisons de sécurité, de nombreuses scènes du film ont été tournées au téléphone portable." D'emblée, le décor est planté. Raving Iran suit deux DJ, Anoosh et Arash, et plonge avec eux dans la scène électronique underground de Téhéran. On parle d'un pays où l'alcool est prohibé, où la diffusion de musique occidentale en radio ou en télé est interdite. De territoires où six jeunes ont été condamnés à de la prison et à 91 coups de fouet pour avoir dansé sur une vidéo virale du Happy de Pharrell Williams. Et où en juin, deux musiciens et un réalisateur ont commencé une peine de trois ans de prison pour avoir distribué de la musique sans l'accord du ministère de la Culture et de la Guidance islamique. Sortir un disque et mixer dans des raves au milieu du désert n'est pas juste un interminable parcours du combattant, c'est une dangereuse prise de risques. Une femme comme voix principale? Un dos (même d'homme) nu dans un livret? Des piercings? Impensable pour obtenir le feu vert du gouvernement, faire imprimer ses pochettes et vendre ses albums en toute légalité.

"Si le contenu est politique, ils t'exécuteront", disent certains. D'autres résistent. La république islamique a appris à la population à mentir et à cultiver les apparences. Alors, Anoosh et Arash, Blade & Beard, prennent des risques quitte à se retrouver en prison et quand s'ouvre à eux l'opportunité de visiter l'Europe et de jouer dans un festival suisse, c'est un véritable choix de vie qui se pose à eux. Sorte de Chats persans, mais dans le monde de l'électronique et non plus du rock, Raving Iran dépeint le quotidien d'une jeunesse ligotée et véhicule une inexorable soif de liberté.

Au nom du père, du fils et du djihad

DOCUMENTAIRE DE STÉPHANE MALTERRE.

MARDI 25/10, 21H15. (DIFFUSÉ LE MARDI 18 À 23H15 SUR FRANCE 2)

Il a grandi à Aix-en-Provence en écoutant MC Solaar, il est informaticien, a réussi son bac et a fréquenté l'université et, marié fort jeune, il est entré avec succès dans la vie professionnelle. Abdel Rahman Ayachi n'en est pas moins parti faire le djihad sur la terre de ses ancêtres. Abu Hajar, du nom de sa dernière fille, est devenu le chef d'un groupe de l'armée syrienne libre et a combattu Daech tout autant que Bachar el-Assad. Abdel Rahman Ayachi est avec son imam de géniteur, ex-responsable du Centre islamique belge qui a fini par suivre ses traces, le principal protagoniste d'Au nom du père, du fils et du djihad, fascinant portrait croisé, loin des clichés, d'une famille de djihadistes franco-syriens.

"Il avait besoin de ressentir la fierté de son pays", dit de lui sa soeur. Lettré, intelligent, Abdel Rahman, qui vouait une grande admiration à son grand-père, soldat dans l'armée française, a appris la stratégie militaire sur le tas et dans des bouquins. Pour lui qui voulait un État islamique qui serait le choix du peuple, le djihad (la lutte armée), c'était combattre l'injustice. Pas faire sauter des civils... Sans juger mais sans non plus éviter les sujets qui fâchent, le grand reporter Stéphane Malterre retrace son parcours en même temps que celui d'un père insaisissable qui est arrivé en France dans les années 60 et s'est installé à Molenbeek en 1996, admirait De Gaulle et Mai 68 mais a fini par ouvrir son propre tribunal islamique en Syrie.

Starless Dreams

DOCUMENTAIRE DE MEHRDAD OSKOUEI.

LUNDI 24/10, 22 H.

Après avoir réalisé plusieurs documentaires sur la délinquance juvénile au masculin, Mehrdad Oskouei s'est mis en tête de filmer dans un centre de détention pour jeunes filles. Il lui a fallu pas moins de sept ans pour obtenir les autorisations nécessaires. Starless Dreams a été tourné dans son pays, l'Iran, et plus précisément dans l'un de ses centres de correction et de réhabilitation. Il y suit des jeunes femmes, fatiguées de la vie, qui rêvent parfois déjà de la mort. Marquées au fer rouge par le tison de l'indifférence. Certaines ont volé, dealé. D'autres ont été enfermées pour meurtre prémédité, parfois de leur propre père. Toutes en tout cas ont morflé, partageant le genre de passé qui laisse des traces. "Ici, la douleur suinte des murs, déplore Somayeh. Quand j'ai parlé de mon père qui me battait, les yeux des autres filles se sont remplis de larmes parce qu'elles avaient toutes vécu la même chose. Un papa accro qui prostitue sa gamine pour de la came." Loin de foyers brisés par l'alcool, la drogue et la violence conjugale, ces prisonnières aux dates de libération incertaines se sont trouvé une famille d'accueil. Oskouei les a suivies pendant 20 mois et a gagné leur confiance au point qu'elles se mettent elles-mêmes parfois brièvement en scène pour raconter leur parcours. Déchirant.

Mais aussi...

Black Clouds de Fabrice Murgia, DR
Black Clouds de Fabrice Murgia © DR

Outre une trentaine de documentaires s'attaquant notamment à la colonisation des consciences américaines par Israël, aux effets de la fonte des glaciers sur la Bolivie et à l'avortement au Chili, le Festival des Libertés, "politique et artistique, festif et subversif", enchaînera pendant dix jours débats, spectacles et concerts. Du 20 au 29 octobre, au Théâtre national, on dissertera sur les enjeux sociologiques et géopolitiques du djihadisme, Uber et les lois du travail, la crispation sécuritaire et les relations entre arts et migrations. On applaudira Michael Franti, Dub Inc, DJ Shadow, Alborosie, Ojos de Brujo ou encore un Asaf Avidan en mode solo acoustique. On assistera aussi à quelques pièces de théâtre forcément engagées, dont la première en Belgique de Black Clouds. Le nouveau spectacle de Fabrice Murgia se penche sur les relations Nord-Sud à travers le filtre des ordinateurs et d'Internet et convoquera notamment des personnages réels et disparus comme le magnat de l'informatique Steve Jobs et l'anti-impérialiste Thomas Sankara. Vive la liberté...

WWW.FESTIVALDESLIBERTES.BE

"La police de la moralité iranienne arrête chaque année des centaines de personnes dans ses raids contre les raves satanistes, les tenues inappropriées et les CD obscènes. Pour des raisons de sécurité, de nombreuses scènes du film ont été tournées au téléphone portable." D'emblée, le décor est planté. Raving Iran suit deux DJ, Anoosh et Arash, et plonge avec eux dans la scène électronique underground de Téhéran. On parle d'un pays où l'alcool est prohibé, où la diffusion de musique occidentale en radio ou en télé est interdite. De territoires où six jeunes ont été condamnés à de la prison et à 91 coups de fouet pour avoir dansé sur une vidéo virale du Happy de Pharrell Williams. Et où en juin, deux musiciens et un réalisateur ont commencé une peine de trois ans de prison pour avoir distribué de la musique sans l'accord du ministère de la Culture et de la Guidance islamique. Sortir un disque et mixer dans des raves au milieu du désert n'est pas juste un interminable parcours du combattant, c'est une dangereuse prise de risques. Une femme comme voix principale? Un dos (même d'homme) nu dans un livret? Des piercings? Impensable pour obtenir le feu vert du gouvernement, faire imprimer ses pochettes et vendre ses albums en toute légalité."Si le contenu est politique, ils t'exécuteront", disent certains. D'autres résistent. La république islamique a appris à la population à mentir et à cultiver les apparences. Alors, Anoosh et Arash, Blade & Beard, prennent des risques quitte à se retrouver en prison et quand s'ouvre à eux l'opportunité de visiter l'Europe et de jouer dans un festival suisse, c'est un véritable choix de vie qui se pose à eux. Sorte de Chats persans, mais dans le monde de l'électronique et non plus du rock, Raving Iran dépeint le quotidien d'une jeunesse ligotée et véhicule une inexorable soif de liberté.Il a grandi à Aix-en-Provence en écoutant MC Solaar, il est informaticien, a réussi son bac et a fréquenté l'université et, marié fort jeune, il est entré avec succès dans la vie professionnelle. Abdel Rahman Ayachi n'en est pas moins parti faire le djihad sur la terre de ses ancêtres. Abu Hajar, du nom de sa dernière fille, est devenu le chef d'un groupe de l'armée syrienne libre et a combattu Daech tout autant que Bachar el-Assad. Abdel Rahman Ayachi est avec son imam de géniteur, ex-responsable du Centre islamique belge qui a fini par suivre ses traces, le principal protagoniste d'Au nom du père, du fils et du djihad, fascinant portrait croisé, loin des clichés, d'une famille de djihadistes franco-syriens."Il avait besoin de ressentir la fierté de son pays", dit de lui sa soeur. Lettré, intelligent, Abdel Rahman, qui vouait une grande admiration à son grand-père, soldat dans l'armée française, a appris la stratégie militaire sur le tas et dans des bouquins. Pour lui qui voulait un État islamique qui serait le choix du peuple, le djihad (la lutte armée), c'était combattre l'injustice. Pas faire sauter des civils... Sans juger mais sans non plus éviter les sujets qui fâchent, le grand reporter Stéphane Malterre retrace son parcours en même temps que celui d'un père insaisissable qui est arrivé en France dans les années 60 et s'est installé à Molenbeek en 1996, admirait De Gaulle et Mai 68 mais a fini par ouvrir son propre tribunal islamique en Syrie.Après avoir réalisé plusieurs documentaires sur la délinquance juvénile au masculin, Mehrdad Oskouei s'est mis en tête de filmer dans un centre de détention pour jeunes filles. Il lui a fallu pas moins de sept ans pour obtenir les autorisations nécessaires. Starless Dreams a été tourné dans son pays, l'Iran, et plus précisément dans l'un de ses centres de correction et de réhabilitation. Il y suit des jeunes femmes, fatiguées de la vie, qui rêvent parfois déjà de la mort. Marquées au fer rouge par le tison de l'indifférence. Certaines ont volé, dealé. D'autres ont été enfermées pour meurtre prémédité, parfois de leur propre père. Toutes en tout cas ont morflé, partageant le genre de passé qui laisse des traces. "Ici, la douleur suinte des murs, déplore Somayeh. Quand j'ai parlé de mon père qui me battait, les yeux des autres filles se sont remplis de larmes parce qu'elles avaient toutes vécu la même chose. Un papa accro qui prostitue sa gamine pour de la came." Loin de foyers brisés par l'alcool, la drogue et la violence conjugale, ces prisonnières aux dates de libération incertaines se sont trouvé une famille d'accueil. Oskouei les a suivies pendant 20 mois et a gagné leur confiance au point qu'elles se mettent elles-mêmes parfois brièvement en scène pour raconter leur parcours. Déchirant.