Portrait de la jeune fille en feu
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Plus de dix ans après Naissance des pieuvres, le film qui les révélait l'une et l'autre, Portrait de la jeune fille en feu consacre les retrouvailles fort attendues de Céline Sciamma et Adèle Haenel. La réalisatrice de Bande de filles y fait une incursion dans le film d'époque, puisque la France corsetée du XVIIIe siècle offre un cadre austère à la relation rapprochant bientôt une jeune peintre (Noémie Merlant) et celle dont elle doit réaliser le portrait de mariage à son insu (Adèle Haenel)... Et signe une oeuvre vertigineuse, transcendant les contraintes du genre pour donner à son propos un écho résolument contemporain, non sans réussir à cerner dans un même tourbillon le feu de la passion amoureuse naissante et l'écho ravi comme troublé de son souvenir. C'est dire s'il y a là aussi, porté par deux actrices en état de grâce comme par un élan créatif souverain, un geste de cinéma incandescent et sensuel, sans conteste le plus beau film qu'il soit donné de voir en 2019... J.F.Pl.C'est l'incontournable rendez-vous animé de la rentrée. Grand Prix archi mérité de la Semaine de la Critique cannoise en mai dernier, Cristal du meilleur film à Annecy dans la foulée, le premier long métrage du Français Jérémy Clapin devrait mettre tout le monde d'accord début novembre dans les salles belges. Soit, dans un univers poétique et urbain qui donne le vertige, celui des plus intenses épiphanies, l'histoire de la main tranchée d'un jeune homme qui s'échappe d'une salle de dissection, bien décidée à traverser la ville afin de retrouver son corps. Adaptée du livre Happy Hand de Guillaume Laurant, une merveille d'animation bourrée d'idées sensibles, longue rêverie magique d'une puissance émotionnelle rarement tutoyée ailleurs! N.C.On l'attendait à Cannes, c'est finalement la Mostra de Venise qui aura la primeur d' Ad Astra, le film de science-fiction de James Gray, défloré sur le Lido avant d'atteindre les écrans belges quelques jours plus tard. L'incontournable Brad Pitt (également coproducteur de l'affaire) y campe un astronaute parti aux confins de l'univers à la recherche de son père disparu, en quelque épopée spatiale aux aspirations existentielles... Avec le réalisateur de The Yards aux commandes, tous les espoirs sont permis... J.F.Pl.Terminé dès 2017 mais empêché de sortir suite à la décision du studio Amazon en pleine controverse extra-cinématographique avec #MeToo, le dernier film de Woody Allen nous arrive enfin. C'est une réussite, renouant avec ses meilleures comédies new-yorkaises. Un jeune couple (Timothée Chalamet et Elle Fanning) y vit un bref mais très mouvementé séjour à Manhattan, avec son plein de rencontres variées, de rebondissements savoureux et de considérations existentielles ne se prenant pas trop au sérieux. L.D.Le 29 mars 1999, épuisé et criblé de dettes, le père d'Edouard Bergeon se donne la mort en ingérant des pesticides. Il avait 45 ans et était agriculteur. Ce trauma personnel et intime avait déjà inspiré au réalisateur français le documentaire Les Fils de la terre en 2012. Aujourd'hui, il revient sur la crise dramatique que connaît le monde paysan par le biais de la fiction. Devant sa caméra, Guillaume Canet et la Belge Veerle Baetens donnent chair à ce qui s'annonce comme une douloureuse saga familiale. N.C.Associé au directeur artistique Juliano Dornelles, Kleber Mendonça Filho, le réalisateur d'Aquarius, se frotte au cinéma de genre avec Bacurau. Soit l'histoire d'un petit village du Nordeste dont les habitants ont la désagréable surprise de découvrir un jour qu'il est promis à une disparition violente, destin funeste auquel ils ne veulent se résoudre sans y opposer une résistance farouche. Ou quand la lutte des classes adopte les contours réjouissants d'un western (tendance spaghetti). Prix du jury à Cannes. J.F.Pl.Little Joe, le titre du nouveau film de Jessica Hausner, la réalisatrice de Lourdes et Amour fou, désigne la création on ne peut plus singulière d'une phytogénéticienne (Emily Beecham, prix d'interprétation à Cannes), à savoir une fleur rouge vermillon ajoutant à sa beauté un intérêt thérapeutique, puisque son parfum aurait le don de rendre heureux. Et la chercheuse d'enfreindre le règlement intérieur de la société l'employant pour en offrir une à son fils adolescent. Le bonheur a toutefois un prix, au coeur de ce film d'anticipation brillant de la cinéaste autrichienne, qui enrobe son propos d'une esthétique aussi léchée que glaçante, la musique empruntée à l'oeuvre du compositeur japonais Teiji Ito amplifiant le malaise... J.F.Pl.Will Smith, en tueur professionnel, face à un double rajeuni de lui-même entièrement réalisé par ordinateur? La nouvelle production de Jerry Bruckheimer est restée 20 ans à l'état de projet, le temps que le procédé de "dé-vieillissement" soit à la hauteur du souci de réalisme du film. On serait dubitatif si l'on ne trouvait aux commandes de ce thriller de science-fiction Ang Lee, un réalisateur ayant su, de L'Odyssée de Pi à Billy Lynn, faire de la technologie un adjuvant de sa vision artistique... J.F.Pl.Virtuose transalpin excellant aussi bien en illustration qu'en peinture ou en bande dessinée, Lorenzo Mattotti avait conçu il y a six ans les décors et les personnages du Pinocchio d'Enzo D'Alò. Cette fois seul à la barre, il déploie pleinement tous les monts et merveilles de son inimitable palette graphique dans La Fameuse Invasion des ours en Sicile, adaptation enlevée du conte de Dino Buzzati saluée dans la section Un Certain Regard du dernier festival de Cannes. Un régal pour les yeux.