À Deauville, en septembre dernier, le réalisateur français Olivier Assayas, qui a déjà dirigé par deux fois Kristen Stewart au cinéma (Sils Maria en 2014 et Personal Shopper en 2016), s'exprimait ainsi au moment de lui remettre son Talent Award: "On parle souvent de cinéma indépendant. Et ce festival, ici, à Deauville, lui est consacré. Mais le mot indépendant est trop vague. Il me semble qu'il faudrait plutôt dire cinéma libre. Je veux dire à Kristen que c'est pour sa liberté que je l'admire. Parce que jamais elle n'a fait un choix conventionnel, jamais elle n'a cherché autre chose que préserver son indépendance, dans sa vie, dans ses actes et dans son art." Symbole de liberté et de farouche indépendance, Kristen Stewart? Initiée il y a tout juste 20 ans, sa carrière parle pour elle.
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À Deauville, en septembre dernier, le réalisateur français Olivier Assayas, qui a déjà dirigé par deux fois Kristen Stewart au cinéma (Sils Maria en 2014 et Personal Shopper en 2016), s'exprimait ainsi au moment de lui remettre son Talent Award: "On parle souvent de cinéma indépendant. Et ce festival, ici, à Deauville, lui est consacré. Mais le mot indépendant est trop vague. Il me semble qu'il faudrait plutôt dire cinéma libre. Je veux dire à Kristen que c'est pour sa liberté que je l'admire. Parce que jamais elle n'a fait un choix conventionnel, jamais elle n'a cherché autre chose que préserver son indépendance, dans sa vie, dans ses actes et dans son art." Symbole de liberté et de farouche indépendance, Kristen Stewart? Initiée il y a tout juste 20 ans, sa carrière parle pour elle. Californienne pure souche, elle grandit à L.A., à l'ombre de l'usine à rêves hollywoodienne, sous la tutelle de parents tous les deux très actifs dans l'industrie du divertissement -son père, John, est producteur pour la télévision et sa mère, Jules, est scripte et réalisatrice de cinéma (le drame carcéral K-11). Enfant star depuis l'âge de douze ans et sa révélation en rejeton tomboy et diabétique de Jodie Foster dans Panic Room de David Fincher (2002), elle explose sur la scène internationale en incarnant la fragile Bella Swan dans la saga vampirique aux forts effluves hormonaux Twilight. Parallèlement à cet indéniable succès mainstream, elle se fait pourtant fort de se construire aussi, et peut-être avant tout, un parcours bis de luxe, arpentant les chemins de traverse que lui offre le cinéma d'auteur d'Amérique et d'ailleurs avec beaucoup d'appétit et d'aplomb. Jeune employée à la beauté mélancolique d'un parc d'attractions dans le peu résistible Adventureland de Greg Mottola, rockeuse rebelle confrontée aux vicissitudes de la célébrité dans le biopic The Runaways de Floria Sigismondi, militaire au coeur tendre dans le troublant Camp X-Ray de Peter Sattler, muse chez Kelly Reichardt (Certain Women), Woody Allen (Café Society) ou Ang Lee (Billy Lynn's Long Halftime Walk)... Aujourd'hui, elle revient au pur blockbuster de genre avec Charlie's Angels, nouvelle déclinaison cinématographique de la série seventies Drôles de dames. Sans doute pas son choix le plus aventureux, certes, mais qu'elle assortit d'un discours engagé et mûrement réfléchi sur ce que c'est d'être une femme à Hollywood circa 2020. Marqueur sans doute le plus visible d'un trouble sévère du déficit de l'attention doublé d'hyperactivité, ses réponses en interview se caractérisent par un débit à la fois mitrailleur et syncopé, qui embarque ses interlocuteurs dans des phrases à rallonge aux allures de petites montagnes russes du langage parlé. Morceaux choisis. Qu'est-ce qui vous a plu dans l'idée de vous lancer dans l'aventure d'un nouveau Charlie's Angels? Le simple fait qu'Elizabeth Banks l'écrive et le réalise a beaucoup joué dans ma motivation à faire ce film. J'admire beaucoup son parcours d'actrice mais aussi de réalisatrice et de productrice. Je dois aussi dire que j'ai grandi en regardant ces drôles de dames, et que j'ai toujours eu envie, quelque part, de faire partie d'une équipe comme celle-là. C'était quelque chose de vraiment très amusant à tourner. Ça nous semblait être le bon moment pour raconter cette histoire certes un peu bébête parfois mais surtout très féminine, noyautée autour d'une série d'invitations à un certain empowerment féminin. C'est vraiment l'idée de représenter très concrètement ce concept déterminant qu'est la sororité. De dire, OK, seule je ne fais peut-être pas le poids face à toi, mais ensemble on est fortes. D'une manière générale, comment choisissez-vous vos rôles? Je vais spontanément vers des personnages que je trouve inspirants. Quand je me lance dans un film, ce n'est pas tant un choix qu'un véritable besoin, un vrai désir. J'ai besoin d'avoir faim du rôle pour y aller. En tant qu'actrice, j'ai le sentiment que ce sont toujours les choses qui vous font peur qui vous rendent meilleure. J'essaie de ne pas rester dans ma zone de confort. Et puis j'ai tellement envie d'apprendre que c'est important pour moi d'essayer toujours de nouveaux endroits, de nouvelles façons de faire. C'est ce qui m'a poussée à tourner avec Olivier Assayas, par exemple. Est-ce qu'à l'image de Sabina dans Charlie's Angels, vous cherchez particulièrement à camper des femmes fortes et indépendantes à l'écran? À vrai dire, je ne me retrouve pas tellement dans cette obsession contemporaine pour les personnages de femmes déterminées, au caractère bien trempé. Ce qui me semble important aujourd'hui, c'est justement de proposer une représentation la plus juste mais aussi la plus vaste et nuancée possible des femmes à l'écran. Ce qui veut dire aussi montrer des femmes vulnérables, bizarres, perdues ou déglinguées. Il me semble que ça peut également être un geste fort d'incarner une femme faible devant la caméra. Nous sommes clairement aujourd'hui au début de quelque chose de neuf et d'excitant, un mouvement naissant d'émancipation qui doit permettre aux femmes d'enfin raconter leurs propres histoires sans être objectifiées, d'incarner des personnages complexes qui ne soient plus seulement de simples projections masculines. Mais complexes ne doit pas forcément signifier à poigne. C'est beaucoup plus large que ça. Ce qui est certain, c'est qu'il faut en finir avec tous ces rôles féminins de godiches fonctionnelles qui jouent les utilités et les faire-valoir. Vous avez récemment incarné Jean Seberg dans un biopic qui revient sur son engagement aux côtés des Black Panthers à la fin des années 60. De quelle manière son histoire a-t-elle résonné en vous? De Seberg, j'avoue, je ne connaissais que son rôle dans À bout de souffle de Godard. Sa présence dans ce film m'a toujours fascinée. J'ai vraiment été bluffée en lisant le scénario d'apprendre à quel point elle était politiquement engagée, mais surtout choquée de découvrir la manière dont elle a été harcelée pour ses idées et ses prises de position courageuses. C'était quelqu'un qui voulait vraiment changer les choses sans chercher à se mettre en avant pour autant. J'ai moi-même un rapport assez particulier à l'engagement. C'est-à-dire que je ne suis vraiment pas du genre à monter sur une boîte à savon pour hurler mes convictions à la face du monde (sourire). Je crois davantage à une implication honnête et personnelle dans les choses qui comptent pour moi que dans un militantisme ostentatoire et égocentré qui me semble être un peu trop devenu la norme. Il m'importe que ma façon d'interagir avec les gens, que chacun de mes rôles, de mes choix, de mes centres d'intérêt, reflète mes convictions profondes. Vous avez commencé à jouer très jeune. Comment avez-vous vécu cette expérience à l'époque? Avez-vous l'impression d'avoir été exposée trop tôt? Gamine, j'accompagnais ma mère en permanence sur les plateaux. En tant que scripte, elle se trouvait constamment aux côtés du réalisateur. C'est un rôle vraiment très important sur un tournage. Elle faisait des journées à rallonge et semblait très considérée par les équipes au sein desquelles elle évoluait. L'engagement et l'énergie qu'elle mettait dans son travail m'ont beaucoup inspirée. C'est ce qui m'a donné envie de travailler dans le monde du cinéma. À l'âge de huit-neuf ans, j'ai commencé à auditionner pas mal pour des publicités et des séries télévisées, le genre de choses que vous faites quand vous êtes enfant et aspirez à faire l'actrice. Mais je n'étais pas très douée pour ça. J'étais incapable de rentrer dans une pièce de casting et de me mettre à rire ou danser de manière exubérante, par exemple. J'étais une gosse beaucoup trop sérieuse pour ça (sourire). À l'arrivée, j'ai eu une chance incroyable. J'en étais arrivée au point où je me disais que j'allais laisser tomber, parce que je m'en voulais de demander à ma mère de me conduire aux quatre coins de Los Angeles pour rien. Et puis je suis allée à l'audition de la dernière chance et j'ai décroché le rôle. C'était pour le petit film indépendant The Safety of Objects de Rose Troche, avec Glenn Close et Patricia Clarkson. Ce que je suis aujourd'hui, ce que je fais aujourd'hui, je l'ai toujours voulu et choisi. Mon enthousiasme est inchangé depuis cette époque. J'ai évolué dans ce métier de manière tout à fait instinctive. Quelles sont vos aspirations pour l'avenir? Là, dans l'immédiat, je suis concentrée sur la réalisation de mon premier long métrage (l'adaptation des mémoires de l'autrice Lidia Yuknavitch, The Chronology of Water, récit douloureux d'une vie envisagée à travers la mémoire du corps, entre perte d'un enfant, addiction et abus sexuels, NDLR), après une paire de clips et un court que j'ai signés récemment. Mais sinon je veux continuer à faire l'actrice, bien sûr, et à évoluer dans ce milieu. Je ne sais pas ce que je pourrais faire d'autre que ça. Je me sens constamment excitée par de nouveaux projets. Je ne me suis jamais ennuyée dans ce métier. Je crois que quand vous êtes privilégiée comme je l'ai toujours été, il y a deux façons de vivre les choses: soit vous êtes blasée et vous marinez dans votre ennui, soit vous êtes stimulée en permanence. Quoi qu'il arrive, je veux continuer à fuir l'ennui comme la peste. Je trouve ça d'une tristesse...