"Le cinéma est un langage que tout le monde comprend. Et si vous êtes bon, vraiment bon, vous arriverez peut-être à donner aux gens des petits morceaux de temps qu'ils n'oublieront jamais." Cette tirade qui en dit long, on l'entend au détour de Nickelodeon (1976), l'un des nombreux films à avoir émaillé le demi-siècle de la carrière aussi éclectique qu'inégale de réalisateur -mais aussi d'acteur- de Peter Bogdanovich, ancien critique ayant débuté son parcours au sein de l'incontournable université dissidente de Roger Corman avant de très vite se tailler une place à part dans le paysage cinématographique américain des années 70 avec un style hors pair, à la croisée de la célébration d'un âge d'or classique et d'une modernité que l'on serait presque tenté de qualifier d'intime. Jalousé de tous au faîte de son succès pour son insolent talent, ses conquêtes sublimes et sa classe insensée, il connaîtra une foudroyante ascension, hélas de courte durée. Un peu comme si les dieux avaient décidé de prêter l'oreille aux plus funestes doléances des envieux, il subira dans la foulée les pires déboires professionnels promis par le système des studios et les plus tragiques revers du destin. Lui dont l'improbable silhouette amidonnée n'a cessé d'infuser la culture populaire américaine (l'inoubliable docteur Elliot Kupferberg de la série The Sopranos, c'est lui) sans jamais pour autant lui permettre de renouer avec la triomphale flambée de gloire de ses tout premiers films.
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