Grand, brun, sourcils broussailleux et voix qui tonne ou ensorcelle, ce personnage complexe disait "se régaler à jouer l'extravagance ou les délires les plus troubles".

Renoir, Resnais, Demy, Melville, Buñuel, Godard, Varda et Hitchcock: Michel Piccoli a tourné avec chacun d'eux, mais n'a cessé de s'engager avec de jeunes auteurs avant de se lancer lui-même dans la réalisation, à 70 ans.

"Peu m'importe (...) de faire des choses non commerciales, dangereuses", déclarait-il à la revue Les Cahiers du cinéma. "Je préfère les prototypes aux séries".

"Prototype" par excellence, Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) avec Brigitte Bardot, le révèle au grand public. Dans cette chronique du désamour, il joue un scénariste, chapeau vissé sur la tête "pour faire comme Dean Martin".

Il tourne ensuite plus de 150 films, incarnant même un pape mélancolique qui rêve de se fondre dans l'anonymat des rues de Rome, dans Habemus Papam de Nanni Moretti (2011). Un personnage qui était, selon lui, "un homme qui, avant tout, a un grand sens de la dignité de sa tâche et non pas de sa gloire".

Rejet de la bourgeoisie

Né le 27 décembre 1925 à Paris, il dira de ses parents, "musiciens sans passion", qu'ils lui ont "servi de contre-modèle". Cette famille qu'il a décrite "égoïste, raciste et franchouillarde" a probablement pesé dans son rejet de la bourgeoisie.

Très vite, il prend des cours de théâtre, débute au cinéma et parallèlement sur les planches.

En 1945, à la Libération, il a 20 ans. L'époque lui donne sa chance. A Saint-Germain-des-Prés, il fait des rencontres: Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Juliette Gréco - qu'il épousera en 1966 -, des réalisateurs dont Luis Buñuel.

Question d'époque aussi, il devient compagnon de route du Parti communiste. Un engagement à gauche qu'il gardera sans jamais s'encarter, affichant parfois son soutien.

Remarqué pour la première fois au cinéma avec Le Doulos de Jean-Pierre Melville (1962), il devient célèbre l'année suivante avec Le Mépris. Il tourne ensuite énormément, fait la navette entre la France et l'Italie et étreint à l'écran nombre d'actrices: Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Romy Schneider.

Il devient aussi un des acteurs fétiches de Buñuel (Le journal d'une femme de chambre, Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie) chez qui il incarne des personnages troubles, puis de Claude Sautet dans les années 70 (Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, Vincent, François, Paul... et les autres), qui fait presque de lui une incarnation des Trente glorieuses.

Michel Piccoli et sa femme Ludivine Clerc en 2012., BELGA
Michel Piccoli et sa femme Ludivine Clerc en 2012. © BELGA

"Anti-star"

Il brise ensuite son image de séducteur au front dégarni et se jette dans des rôles aux profils débridés, dont celui d'homosexuel suicidaire dans La Grande Bouffe de Marco Ferreri (1973), qui fit scandale sur la Croisette par ses scènes orgiaques et scatophiles.

Son refus du plan de carrière, son côté "anti-star" l'amènent à tourner également des films d'auteur.

En 1990, il campe avec gourmandise un personnage de grand bourgeois fantasque dans Milou en mai de Louis Malle, avant de devenir le peintre intransigeant de La Belle Noiseuse de Rivette (1991), aux côtés d'Emmanuelle Béart. Le film lui vaudra sa quatrième nomination aux César, mais il ne remportera jamais de statuette.

A la télévision, il a joué Don Juan ou le Festin de pierre de Marcel Bluwal en 1965, qui attira 12 millions de téléspectateurs.

Au théâtre, il a été dirigé par les plus grands, Peter Brook, Patrice Chéreau, Luc Bondy... "Si je pense à tous ces monstres que j'ai interprétés, tous ces abysses dégoûtants qui font peur, dira-t-il, je crois que c'est pour moi une façon de dire mes secrets".

Très discret sur sa vie privée, Piccoli, qui s'est marié trois fois, lèvera un coin du voile, à 90 ans, dans un livre d'entretiens. Il y confiait notamment son angoisse de ne plus pouvoir travailler.

Lire aussi l'interview que nous avions réalisée en 2014: Michel Piccoli, en toute innocence

Grand, brun, sourcils broussailleux et voix qui tonne ou ensorcelle, ce personnage complexe disait "se régaler à jouer l'extravagance ou les délires les plus troubles".Renoir, Resnais, Demy, Melville, Buñuel, Godard, Varda et Hitchcock: Michel Piccoli a tourné avec chacun d'eux, mais n'a cessé de s'engager avec de jeunes auteurs avant de se lancer lui-même dans la réalisation, à 70 ans."Peu m'importe (...) de faire des choses non commerciales, dangereuses", déclarait-il à la revue Les Cahiers du cinéma. "Je préfère les prototypes aux séries"."Prototype" par excellence, Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) avec Brigitte Bardot, le révèle au grand public. Dans cette chronique du désamour, il joue un scénariste, chapeau vissé sur la tête "pour faire comme Dean Martin".Il tourne ensuite plus de 150 films, incarnant même un pape mélancolique qui rêve de se fondre dans l'anonymat des rues de Rome, dans Habemus Papam de Nanni Moretti (2011). Un personnage qui était, selon lui, "un homme qui, avant tout, a un grand sens de la dignité de sa tâche et non pas de sa gloire". Né le 27 décembre 1925 à Paris, il dira de ses parents, "musiciens sans passion", qu'ils lui ont "servi de contre-modèle". Cette famille qu'il a décrite "égoïste, raciste et franchouillarde" a probablement pesé dans son rejet de la bourgeoisie.Très vite, il prend des cours de théâtre, débute au cinéma et parallèlement sur les planches. En 1945, à la Libération, il a 20 ans. L'époque lui donne sa chance. A Saint-Germain-des-Prés, il fait des rencontres: Jean-Paul Sartre, Boris Vian, Juliette Gréco - qu'il épousera en 1966 -, des réalisateurs dont Luis Buñuel.Question d'époque aussi, il devient compagnon de route du Parti communiste. Un engagement à gauche qu'il gardera sans jamais s'encarter, affichant parfois son soutien.Remarqué pour la première fois au cinéma avec Le Doulos de Jean-Pierre Melville (1962), il devient célèbre l'année suivante avec Le Mépris. Il tourne ensuite énormément, fait la navette entre la France et l'Italie et étreint à l'écran nombre d'actrices: Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Romy Schneider. Il devient aussi un des acteurs fétiches de Buñuel (Le journal d'une femme de chambre, Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie) chez qui il incarne des personnages troubles, puis de Claude Sautet dans les années 70 (Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, Vincent, François, Paul... et les autres), qui fait presque de lui une incarnation des Trente glorieuses.Il brise ensuite son image de séducteur au front dégarni et se jette dans des rôles aux profils débridés, dont celui d'homosexuel suicidaire dans La Grande Bouffe de Marco Ferreri (1973), qui fit scandale sur la Croisette par ses scènes orgiaques et scatophiles.Son refus du plan de carrière, son côté "anti-star" l'amènent à tourner également des films d'auteur. En 1990, il campe avec gourmandise un personnage de grand bourgeois fantasque dans Milou en mai de Louis Malle, avant de devenir le peintre intransigeant de La Belle Noiseuse de Rivette (1991), aux côtés d'Emmanuelle Béart. Le film lui vaudra sa quatrième nomination aux César, mais il ne remportera jamais de statuette.A la télévision, il a joué Don Juan ou le Festin de pierre de Marcel Bluwal en 1965, qui attira 12 millions de téléspectateurs.Au théâtre, il a été dirigé par les plus grands, Peter Brook, Patrice Chéreau, Luc Bondy... "Si je pense à tous ces monstres que j'ai interprétés, tous ces abysses dégoûtants qui font peur, dira-t-il, je crois que c'est pour moi une façon de dire mes secrets".Très discret sur sa vie privée, Piccoli, qui s'est marié trois fois, lèvera un coin du voile, à 90 ans, dans un livre d'entretiens. Il y confiait notamment son angoisse de ne plus pouvoir travailler.