- Allo, c'est Anne Hislaire!

- Oui?

- Le journaliste de Cargo de Nuit qui doit faire l'interview de Style Council, enfin de Paul Weller, ce soir au Cirque Royal, a un empêchement. Tu veux, tu peux la faire? Faudrait un concept, ce serait bien.

- Écoute Anne, Paul Weller est un fashion boy non? Donc, on peut le faire réagir à des magazines modes anglais et internationaux! C'est dimanche mais la librairie de la Place Brugmann est ouverte...

- D'accord et vas-y, sois au rendez-vous à 17 heures.

Un dimanche de printemps 1987, madame Hislaire, out of à peu près nowhere, m'a proposé d'aller poser des questions au fameux Weller. J'y suis allé avec une équipe qui tournait vintage -16 mm reversal- et puis, j'ai passé les seize années suivantes à réaliser des centaines de sujets pour Anne, et ses différentes émissions, Cargo de Nuit, Intérieur Nuit, Félix.

C'est un peu dur, en ce dimanche gris du premier weekend de février, d'apprendre sa mort. Choquante, absurde, naze: elle aurait d'emblée trouvé que c'était un mauvais scénario. Parce que, formée en script-monteuse à l'IAD, elle avait l'oeil de lynx, de la prépa au montage, de l'intention première à la finalité visuelle sur antenne.

Faut dire qu'elle avait initialement bourlingué en forte compagnie -notamment le réalisateur Jean Antoine- avant de comprendre que le meilleur service aux autres, était d'être sa propre décideuse. Productrice, lançant Cargo de Nuit en 1985 avec la présentation de Jean-Louis Sbille et la réalisation de Philippe Pilate, Anne va vraiment faire de cette émission et de sa suivante quasi-homonyme, Intérieur Nuit, un journal proactif des tendances contemporaines et un carnet de bord visuellement soigné.

Sans ceux-là, jamais, je n'aurais pu filmer dans leur primes Jeff Buckley, Ben Harper, Beck, Björk, Rachid Taha et puis tous les autres que sont Ray Davies, Mick Jagger, Bowie, Leonard Cohen. Ni accompagner Arno à Nashville pas plus que de suivre en UK les radicaux de Fun-Da-Mental. Anne autorisait les aventures de la télévision: une résistance qu'on n'oubliera pas.

- Allo, c'est Anne Hislaire!- Oui?- Le journaliste de Cargo de Nuit qui doit faire l'interview de Style Council, enfin de Paul Weller, ce soir au Cirque Royal, a un empêchement. Tu veux, tu peux la faire? Faudrait un concept, ce serait bien.- Écoute Anne, Paul Weller est un fashion boy non? Donc, on peut le faire réagir à des magazines modes anglais et internationaux! C'est dimanche mais la librairie de la Place Brugmann est ouverte...- D'accord et vas-y, sois au rendez-vous à 17 heures.Un dimanche de printemps 1987, madame Hislaire, out of à peu près nowhere, m'a proposé d'aller poser des questions au fameux Weller. J'y suis allé avec une équipe qui tournait vintage -16 mm reversal- et puis, j'ai passé les seize années suivantes à réaliser des centaines de sujets pour Anne, et ses différentes émissions, Cargo de Nuit, Intérieur Nuit, Félix. C'est un peu dur, en ce dimanche gris du premier weekend de février, d'apprendre sa mort. Choquante, absurde, naze: elle aurait d'emblée trouvé que c'était un mauvais scénario. Parce que, formée en script-monteuse à l'IAD, elle avait l'oeil de lynx, de la prépa au montage, de l'intention première à la finalité visuelle sur antenne. Faut dire qu'elle avait initialement bourlingué en forte compagnie -notamment le réalisateur Jean Antoine- avant de comprendre que le meilleur service aux autres, était d'être sa propre décideuse. Productrice, lançant Cargo de Nuit en 1985 avec la présentation de Jean-Louis Sbille et la réalisation de Philippe Pilate, Anne va vraiment faire de cette émission et de sa suivante quasi-homonyme, Intérieur Nuit, un journal proactif des tendances contemporaines et un carnet de bord visuellement soigné. Sans ceux-là, jamais, je n'aurais pu filmer dans leur primes Jeff Buckley, Ben Harper, Beck, Björk, Rachid Taha et puis tous les autres que sont Ray Davies, Mick Jagger, Bowie, Leonard Cohen. Ni accompagner Arno à Nashville pas plus que de suivre en UK les radicaux de Fun-Da-Mental. Anne autorisait les aventures de la télévision: une résistance qu'on n'oubliera pas.