Le masque obligatoire pour sortir les poubelles! Les night-shops en horaire de jour! L'idée que l'on ne fréquente ce genre de commerce que pour s'acheter des bières et de la vodka, jamais de samoza, de PQ, des pâtes, des piles, des capotes et du brol pour le téléphone! L'idée que si on interdit aux gens la rue de minuit à l'aube, ça stoppera net les fêtes clandestines plutôt que cela n'encouragera le binge drinking et les enfermements volontaires à 50 sous substances jusqu'à la levée du couvre-feu! Tiens, d'ailleurs, c'est la transmission d'un virus que l'on cherche à endiguer ou bien on se fait juste un bon gros revival des familles pour le centenaire de la Prohibition? La permission de ne "serrer dans ses bras" qu'une seule personne en dehors de votre ménage mais aucune interdiction de passer une demi-heure dans le bureau mal ventilé de votre contrôleur fiscal, ni dans un bus bondé où ça se bagarre à la moindre lucarne ouverte! Interdire les restos entre adultes consentants masqués, sous cloche, agrafés à leurs tables, cyber-tracés, mais laisser ouvertes les écoles, pourtant reconnues comme l'un des principaux foyers de contamination! Des droits passerelles qui ressemblent à des aumônes! La culture plus laminée que les dinosaures après l'impact de l'astéroïde en plein Yucatan!
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Le masque obligatoire pour sortir les poubelles! Les night-shops en horaire de jour! L'idée que l'on ne fréquente ce genre de commerce que pour s'acheter des bières et de la vodka, jamais de samoza, de PQ, des pâtes, des piles, des capotes et du brol pour le téléphone! L'idée que si on interdit aux gens la rue de minuit à l'aube, ça stoppera net les fêtes clandestines plutôt que cela n'encouragera le binge drinking et les enfermements volontaires à 50 sous substances jusqu'à la levée du couvre-feu! Tiens, d'ailleurs, c'est la transmission d'un virus que l'on cherche à endiguer ou bien on se fait juste un bon gros revival des familles pour le centenaire de la Prohibition? La permission de ne "serrer dans ses bras" qu'une seule personne en dehors de votre ménage mais aucune interdiction de passer une demi-heure dans le bureau mal ventilé de votre contrôleur fiscal, ni dans un bus bondé où ça se bagarre à la moindre lucarne ouverte! Interdire les restos entre adultes consentants masqués, sous cloche, agrafés à leurs tables, cyber-tracés, mais laisser ouvertes les écoles, pourtant reconnues comme l'un des principaux foyers de contamination! Des droits passerelles qui ressemblent à des aumônes! La culture plus laminée que les dinosaures après l'impact de l'astéroïde en plein Yucatan! Une deuxième vague prévue depuis, heu... toujours... et pas la moindre augmentation de capacité d'accueil des lieux de soins! Je ne suis pas virologue, je ne suis pas ministre. Je ne suis pas décideur, je ne suis pas expert. Mais je suis cinéphage. Et c'est cette connaissance du cinéma de genre qui me fait avancer que si nous étions dans un film de zombies ou de pandémie apocalyptique, nous en serions depuis vendredi au point précis de basculement du scénario, celui où les héros comprennent qu'ils vont devoir s'en tirer seuls. Qu'il leur est désormais inutile de compter sur l'armée (qui ne fait plus dans le détail entre zombies et vivants et tire à vue), ni sur les autorités qui pataugent complètement (et s'en remettent à Dieu, à des scientifiques fous, à l'immunité collective, au petit bonheur la chance...). C'est donc la scène où celui qui a tout compris, blessé à mort et intransportable, lâche aux héros, juste avant de se sacrifier: "You're on your own now... aaarggghhh". Autrement dit: "Maintenant, tu te démerdes... Couic." Alors, tu te démerdes, ouais. Tu joues à cache-cache avec les flics à 01h du matin sur la Grand-Place ou tu restes chez toi à te ré-enfiler chaque nuit d'insomnie anxieuse les intégrales de The Wire, Breaking Bad et The Sopranos. Tu mets le masque, tu ne mets pas le masque. Tu t'isoles, tu partouzes. Tu te choisis un "camp", tes idoles, tes gourous: Nicolas Bedos, Didier Raoult, les "rassuristes", les flippés, Marc Van Ranst, Arnaud Ruyssen... Tu marches dans les clous ou tu gambades par les chemins de contrebandiers. Tu stockes du PQ, tu débloques sur Facebook. Tu manifestes, tu te terres. C'est ton choix. Il faut juste l'assumer. Tenir tête aussi. Parce que quoi que tu fasses, quoi que tu dises, il y aura toujours quelqu'un pour l'applaudir, le liker, t'envoyer des émoticons solidaires. Et puis quelqu'un d'autre pour te traiter d'untermensch, de traître soit à la santé publique, soit à la dignité humaine. L'union fait la force, tous ensemble, tous ensemble, tout ça, ça marcherait peut-être si les instructions étaient claires et ceux qui les délivrent coordonnés, eux-mêmes unis et, surtout, crédibles. Calibrés, aussi. C'est qu'il faut de la stature et de l'autorité naturelles pour faire adhérer à de l'autoritarisme paternaliste et sanitaire. Ou alors, beaucoup de flics dans les rues et comme c'est parti, le commissaire Vandersmissen pourrait peut-être bien se voir parachuté à la tête d'une nouvelle brigade anti-apéros avant Noël. Paniquez grave, vivez le pépouze. De toute façon, ça va durer, toutes ces conneries, au moins jusqu'au printemps. Ça va être long, très long, mais on a de la littérature qui peut désormais faire guise de mode d'emploi: Le Comte de Monte-Cristo. Papillon. L'Archipel du Goulag. La Stratégie du Choc de Naomi Klein aussi, histoire de rester alerte quant aux couillonnades que certains politiciens pourraient être tentés de faire passer plus ou moins en douce durant ces moments de sidérations. Cette chronique n'appelle pas à la désobéissance civile. Je vais rester chez moi, sagement, limiter mes contacts sociaux, éviter les foules. Ça m'est d'autant plus facile que cela m'est plutôt naturel. Mais je connais des gens, beaucoup de gens, pour qui ce n'est pas naturel du tout et, franchement, qui suis-je pour leur jeter la pierre? J'accepte, jusqu'à un certain point, les mesures de cheftaillons, les principes de précaution tellement précautionneux qu'ils en deviennent des objets de blagues. J'accepte aussi que des amies et des potes puissent s'asseoir dessus sans pour autant les considérer comme des merdes à emprisonner derechef. Il est également possible que je transgresse certaines de ces nouvelles règles, ne fut-ce que parce que ces mesures sont tout simplement inapplicables dans ce qu'est la vie urbaine du XXIe siècle. Ne fut-ce que parce que si je passe 80 heures enfermé chez moi, quand je sors enfin, j'ai peut-être aussi envie de tout simplement m'aérer les bronches, en faisant gaffe à qui je croise, mais sans le moindre filtre sur la gueule. Ne comptez juste pas sur moi pour le faire savoir, le revendiquer, en faire une story sur Instagram ou une carte blanche dans une feuille de chou plus preneuse que jamais de ce genre de cri du coeur bien pute-à-clics. L'heure n'est plus aux débats, elle est au maintien d'une vie intérieure équilibrée. Puisque nous en sommes au point où on comprend que l'on est livré à soi-même, que l'ennemi n'est plus seulement le virus mais aussi le voisin suspicieux, le flic zélé et l'éditorialiste monitorant Twitter pour capturer des punchlines pouvant illustrer un article sur la désobéissance à un gouvernement qui nous veut pourtant tellement de bien... On arrête de geindre, on arrête de débattre, on arrête d'hésiter. "Maintenant, tu te démerdes... Et tu la fermes. Couic!" C'est le moment où Tom Cruise "go rogue", change de visage pour échapper aux reconnaissances faciales, s'arrache la puce du poignet. C'est le moment où l'on choisit la vie que l'on a envie de mener jusqu'au vaccin et peu importe que cela plaise ou non au ministre de la santé du semestre. Feriez-vous confiance à ces gens qui squattent l'espace médiatique et alignent les idioties depuis 8 mois en cas d'attaque extraterrestre, d'accident nucléaire ou d'apocalypse zombie? Attendriez-vous que ces gouvernements dont presque tout le monde se fout de l'avis comme d'un trou de chaussette vous guident dans l'effroi alors que des araignées métalliques géantes sortent de météorites venues du fin fond du cosmos et que des mammouths affamés surgissent du permafrost fondu? Bien sûr que non. Alors, "choose life" aussi durant le Covid. Vivez heureux, vivez cachés. Et rendez-vous à la Libération, pour les Chemical Brothers au Pukkelpop en 2022.