Objets trouvés: chaque semaine, l'histoire du cinéma vue à partir d'un objet qui lui colle à la toile.
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Longtemps, le 7e art n'en a rien eu à faire, des douches! Quel intérêt pouvait bien avoir, cinématographiquement parlant, ce passage arrosé sous une chute d'eau artificielle? Aucun, car ce qui pouvait être intéressant, c'était l'avant (une compétition sportive, par exemple) ou l'après (une étreinte amoureuse torride, au hasard...). Les quelques minutes d'hygiène sous le jet n'étaient intéressantes que pour les réalisateurs de films olé-olé, autorisés à y dévoiler un peu d'anatomie féminine. Il aura fallu, pour extraire la douche de l'enfer de l'ellipse, l'inspiration féroce et le génie formel d'un certain Alfred Hitchcock. L'année? 1960. Le film? Psycho, évidemment! Une jeune femme auteure d'un vol chez son employeur fuit en voiture et s'arrête pour la nuit dans un motel. Fatale erreur, car des choses bien bizarres se déroulent au Bates Motel. Et y prendre une douche, quand on est jeune et belle, a un prix: la vie!Des milliers d'articles, des thèses universitaires et même quelques livres ont été consacrés à la scène la plus fameuse du cinéma. Une séquence au découpage serré, au montage implacable, au noir et blanc sublime, rythmée aussi par la musique tranchante de Bernard Herrmann. Hitchcock y terrifie le spectateur et y sacrifie très audacieusement la star de son film -Janet Leigh- avant même le milieu du récit. Une Janet Leigh qui avoua, après ce tournage, ne plus vouloir prendre que des bains... Une majorité de scènes de douche sont depuis, et très logiquement, inscrites dans l'héritage de la référence absolue qu'est Psycho. Soit pour la citer respectueusement (le remake du film sous le même titre par Gus Van Sant, en 1998), soit pour l'évoquer en trompe-l'oeil (Brian De Palma dans Dressed to Kill en 1980), soit encore et le plus souvent pour la passer à la moulinette de la parodie (De Palma, encore, dans Phantom of the Paradise en 1974, Mel Brooks dans High Anxiety en 1977, et même... les Simpsons en 1990!). On accordera une mention particulière à la recréation de la séquence dans Scream Queens (2015) avec dans le rôle de la victime la propre fille de Janet Leigh, Jamie Lee Curtis. Si le sang s'est donc majoritairement mêlé à l'eau des douches cinématographiques, d'autres substances corporelles s'y sont aussi associées, quand l'inspiration des scénaristes et des réalisateurs les poussait vers l'option érotique pure et simple. Parfois en version plaisir solitaire (Kevin Spacey dans American Beauty en 1999, Mia Wasikowska dans Stoker en 2013), et plus souvent en couple (Sylvester Stallone et Sharon Stone dans The Specialist en 1994, Daniel Craig et Eva Green dans Casino Royale en 2006, Ryan Gosling et Michelle Williams dans Blue Valentine en 2010). Quelques exemples parmi d'autres qui auront échappé au couteau vengeur du Norman Bates de Psycho...