À l'origine, il y a le livre éponyme de Yasmina Khadra, ancien militaire algérien qui a choisi de prendre les deux prénoms de sa femme comme nom de plume. Un roman qui retrace les destins croisés de quatre personnages dans Kaboul, capitale afghane en ruines, placée sous la coupe des talibans et des mollahs. Il y a là Atiq, chef de prison malheureux, et Mussarat, son épouse mourante qu'il ne peut se résoudre à répudier. Il y a aussi Mohsen et Zunaira, couple aimant qui veut croire en l'avenir mais dont l'espoir inébranlable se retrouve torpillé le jour où Mohsen éprouve une jouissance coupable en participant à la lapidation d'une femme. Geste d'horreur insensé qui va faire basculer la vie des uns et des autres...
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À l'origine, il y a le livre éponyme de Yasmina Khadra, ancien militaire algérien qui a choisi de prendre les deux prénoms de sa femme comme nom de plume. Un roman qui retrace les destins croisés de quatre personnages dans Kaboul, capitale afghane en ruines, placée sous la coupe des talibans et des mollahs. Il y a là Atiq, chef de prison malheureux, et Mussarat, son épouse mourante qu'il ne peut se résoudre à répudier. Il y a aussi Mohsen et Zunaira, couple aimant qui veut croire en l'avenir mais dont l'espoir inébranlable se retrouve torpillé le jour où Mohsen éprouve une jouissance coupable en participant à la lapidation d'une femme. Geste d'horreur insensé qui va faire basculer la vie des uns et des autres... Cette histoire, l'actrice, metteuse en scène et réalisatrice française Zabou Breitman se l'est vu proposer sous la forme d'un scénario écrit dans la perspective, déjà, d'en tirer un film d'animation. Elle raconte: "Ma première émotion de lecture, ça a été ce moment déclencheur où Mohsen jette un caillou sur cette femme condamnée, simplement parce que le groupe qui l'entoure l'a fait. C'est très fort comme instant. C'est incompréhensible et compréhensible à la fois. C'est cette double vérité qu'il m'intéressait d'approcher à travers le film. En tant que metteuse en scène, de théâtre et de cinéma, j'aimais beaucoup l'idée de travailler pour la première fois avec l'animation. Mais j'avais besoin d'une solide graphiste pour ça. Il y a eu un appel d'offres, et Eléa s'est imposée avec une complète évidence." Animatrice passée par Le Chat du rabbin de Joann Sfar, Ernest et Célestine du trio Patar, Aubier et Renner ou encore Avril et le monde truqué, Eléa Gobbé-Mévellec a fait le choix conscient de ne pas se rendre en Afghanistan, préférant conserver la distance adéquate pour traduire l'effervescence de Kaboul en images signifiantes. "On s'est beaucoup documentées, explique cette dernière, essentiellement à travers des photos et des films, afin d'avoir accès à énormément de petits détails, d'éléments du quotidien qu'il nous était impossible d'imaginer. Ce qui nous a frappées, d'emblée, c'est ce grand choc permanent entre tradition et modernité, dans les vêtements, les moyens de transport, mais aussi la beauté incroyable de la ville, avec cette lumière complètement dingue qu'on ne trouve que là-bas et qui a fortement déterminé notre approche graphique. L'idée était de tendre vers une forme d'épure. Le dessin permet ça, d'enlever tout ce qui n'est pas nécessaire pour accentuer ce que l'on choisit de mettre en avant. Il fallait réduire, simplifier, ne garder que l'essence." En résulte un vibrant plaidoyer pour la liberté dont la douceur des aplats de couleur qui rappellent l'aquarelle et le subjuguant esprit de résilience qui infuse à la manière d'un mantra -"Il faut vivre"- sont autant d'appels à l'espoir, la beauté et la résistance clandestine. Zabou Breitman: "L'animation permet une abstraction qui allège le propos et apporte un recul qui rend les images supportables. Parfois, faire un pas en arrière permet de mieux voir. Un peu comme quand on est le nez sur un tableau au musée. La douceur du dessin apporte ça, je pense, par rapport aux événements très durs dépeints dans Les Hirondelles. Il faut savoir aussi que nous avons travaillé d'une manière très particulière en amont avec les acteurs qui interprètent les voix. L'exigence que j'avais, c'était que les personnages ressemblent aux acteurs, qu'ils bougent et respirent comme eux, et que les animateurs n'arrivent qu'après le jeu. Les acteurs ont donc d'abord joué en costumes en étant dirigés, avec une prise de son à ce moment. Ils ont beaucoup donné, parfois jusque dans l'impro, dans un souci d'hyperréalisme censé contrebalancer l'abstraction graphique qui allait suivre. Quand Zita Hanrot revêt un tchadri et que Swann Arlaud lui donne à boire, elle lui dit par exemple: "Non mais arrête, c'est pas ma bouche, c'est mon nez!" Ça ne s'invente pas, ça. Il fallait qu'elle le vive pour le conscientiser." Vêtement traditionnel caractérisé par une calotte brodée, souvent bleue, qui couvre entièrement la tête et le corps, ne laissant au niveau des yeux qu'une étroite meurtrière grillagée permettant aux femmes de voir sans qu'aucun trait de leur visage ne soit discernable, ce tchadri joue un rôle dramaturgique majeur dans Les Hirondelles de Kaboul, allant parfois même jusqu'à en déterminer les choix de mise en scène. Multipliant les plans claustros à l'intérieur dudit vêtement et travaillant avec beaucoup de rigueur les motifs du barreau et de la prison, le film reste ainsi formellement, et par bien des aspects, un étouffoir. "Aucun soleil ne résiste à la nuit", en effet. "Nous avons découvert l'existence de ce groupe de rock indépendant afghan, Burka Band, formé par trois jeunes femmes qui ont fait ce clip incroyable où elles sont en tchadri et jouent de la guitare électrique et de la batterie, s'enthousiasme Zabou Breitman. Elles se filment depuis l'intérieur du tchadri, derrière l'ouverture qui se trouve à hauteur des yeux. Cette image-là nous a semblé très forte. Les choses se fabriquent comme ça aussi, dans un mélange de sentiment profond, d'intuition, d'analyse, mais on reste toujours poreux à l'artistique. Ce qui compte, c'est une espèce de justesse de l'endroit. On n'adresse pas toujours un message."