De Robert Mulligan (1925-2008), la postérité a surtout retenu deux films: To Kill a Mockingbird, qui devait valoir l'Oscar du meilleur acteur à Gregory Peck en 1963, et Summer of '42, immense succès au début des années 70. Moins connu, le reste de sa filmographie mérite pourtant largement que l'on s'y arrête, à l'image de ces trois films des débuts que sort aujourd'hui Elephant, venus rappeler combien le réalisateur new-yorkais avait la polyvalence inspirée.
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De Robert Mulligan (1925-2008), la postérité a surtout retenu deux films: To Kill a Mockingbird, qui devait valoir l'Oscar du meilleur acteur à Gregory Peck en 1963, et Summer of '42, immense succès au début des années 70. Moins connu, le reste de sa filmographie mérite pourtant largement que l'on s'y arrête, à l'image de ces trois films des débuts que sort aujourd'hui Elephant, venus rappeler combien le réalisateur new-yorkais avait la polyvalence inspirée. Tiré d'une histoire vraie, Le Roi des imposteurs (The Great Impostor, 1961) préfigure le Catch Me If You Can de Steven Spielberg. Un mémorable Tony Curtis y campe Ferdinand Waldo Demara, escroc aux multiples visages adoptant, par jeu pour ainsi dire, des identités successives d'instituteur, marine, moine, gardien de prison et même chirurgien sur un bateau de guerre. Et le film d'oser, dans la foulée de son héros mythomane, des changements de ton, allègre et léger pour l'essentiel, mais s'autorisant notamment un détour par le film noir le temps d'une scène de prison magistralement photographiée par Robert Burks, chef opérateur attitré de Hitchcock à l'époque. Passant d'un genre à l'autre comme Demara changeait d'identité, Mulligan enchaîne avec Le Rendez-vous de septembre(Come September, 1961), une comédie "italienne" où, ayant avancé ses retrouvailles annuelles avec sa petite amie milanaise (Gina Lollobrigida), un homme d'affaires américain (Rock Hudson, plus Cary Grant que jamais) a la surprise de découvrir que sa somptueuse villa du sud de l'Italie a été transformée en hôtel. Et qu'elle accueille pour l'heure de jeunes touristes américaines talonnées par une bande de garçons (emmenée par Bobby Darin). De quoi troubler l'intimité du couple, voire la nature de leur relation, ce film frivole ajoutant au savoureux conflit générationnel une réflexion sur le sentiment amoureux. Changement de registre, encore, avec L'Homme de Bornéo (The Spiral Road, 1962) qui, sous ses dehors de film d'aventures exotiques, retrace la dérive, éminemment conradienne, d'un individu en quête de sens. Cet homme, c'est Anton Drager (Rock Hudson), un jeune médecin débarqué en 1936 dans les Indes néerlandaises avec la ferme intention de se faire un nom au contact du docteur Brits Jansen (Burl Ives), un spécialiste de la lèpre. Et qui, aveuglé par son ambition, va s'égarer insensiblement au grand désarroi de ses proches, Els (Gena Rowlands), son épouse, la première. La plongée au coeur des ténèbres adopte le cours sinueux que suggérait le titre original, pour un résultat dont l'étrangeté est à peine entamée par un final forcé. Un film à redécouvrir, à l'image de l'oeuvre, sensible et multiple, de Mulligan, abondamment commentée en bonus par Nachiketas Wignesan et l'inénarrable Jean-Pierre Dionnet.