Superman, Thor et Hulk n'ont qu'à bien se tenir. Fini le temps des clichés où les actrices incarnaient le rôle de cruches écervelées appelant à l'aide des surhommes bodybuildés dégoulinants de testostérone. En effet, 2017 est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire des femmes représentées dans l'entertainment hollywoodien: le trio de tête du box-office était un triptyque exclusivement féminin. Star Wars, épisode VIII: Les Derniers Jedi, Wonder Woman et La Belle et la Bête mettaient à l'honneur des personnages féminins badass, intelligents et qui n'ont pas peur de défendre leurs intérêts par elles-mêmes sans qu'un homme ne leur vole la vedette.

En plus d'apporter une diversité dans le paysage cinématographique et d'être devenus de nouveaux modèles auxquels les petites filles pourront s'identifier, les héros féminins seraient beaucoup plus bankables que les personnages masculins. Selon une étude menée par le Creative Artists Agency + shift7, les films aux têtes d'affiche féminines engendrent de meilleurs résultats que des films avec des personnages essentiellement masculins. Les analystes ont confronté 350 films, réalisés entre 2014 et 2017, et ont remarqué que les films qui rapportaient le plus de recettes au box-office étaient ceux qui choisissaient un casting majoritairement féminin. Sur ces 350 longs-métrages américains, les 105 films menés par des femmes ont amassé plus d'argent que les 245 films portés par des hommes, et ce, peu importe le coût de production. Que le film bénéficie d'un budget colossal ou non, l'étude démontre que le constat reste inchangé: en moyenne, la recette d'un film avec une héroïne est de 586 millions de dollars contre 514 millions pour ceux avec un héros.

L'étude s'est également intéressée au test de Bechdel, qui mesure le degré de sexisme et la représentation des femmes dans un film. Là encore, les films qui réussissent le test de Bechdel génèrent plus de recettes au box-office 2014-2017 -quel que soit leur budget- que les films qui échouent au test. Depuis 2012, tous les films ayant engrangé plus d'un milliard de dollars au box-office ont réussi le test Bechdel. Cependant, 40% des films étudiés ne le réussissent pas.

Imaginé en 1985 par Alison Bechdel dans sa BD Lesbiennes à suivre, le test a été créé pour souligner le manque de personnages féminins dans les films. Pour le réussir, le film doit répondre à trois questions: y a-t-il au moins deux personnages féminins qui portent un nom? Ces deux personnages parlent-ils ensemble? Si oui, parlent-elles d'autre chose que d'un homme?

Ainsi et comme en témoignent les chiffres, les films ayant répondu positivement à ces trois questions ont amassé plus de 618 millions de dollars dans le monde contre 413 millions de recette pour ceux qui n'ont pas réussi le test.

Même si depuis le scandale Weinstein, la montée des mouvements féministes et les récentes prises de conscience de l'industrie ont pu faire évoluer l'image des femmes véhiculée par le cinéma, les films aux rôles principaux féminins n'ont toujours pas la cote auprès des patrons hollywoodiens et restent exceptionnels.

Par ailleurs, une étude de Time's Up en 2017 a démontré que les films au casting multiculturel faisaient de meilleurs scores d'audience en salles que des castings homogènes. Reste à espérer que l'industrie du cinéma surfe sur cette tendance et propose encore plus de personnages principaux féminins à l'écran, une initiative qui serait bénéfique autant pour la cause féminine que pour les studios à en croire les chiffres.

Emilie Petit