Le parcours de Martin Scorsese en 8 films

Le parcours de Martin Scorsese en 8 films
Martin Scorsese © DR

Jean-François Pluijgers

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The Big Shave (1967) © DR

On a vu, dans ce court métrage fascinant, une allégorie de l'Amérique malade du Vietnam, au point de se trancher, littéralement, la gorge. Le talent de Martin Scorsese, 25 ans à peine, n'échappe pas à Jacques Ledoux, le conservateur de la Cinémathèque royale de Belgique, qui l'invite au festival Exprmtl de Knokke, où le film remporte le prix de l'Age d'or, qui lance le réalisateur. Lequel, reconnaissant, saura renvoyer l'ascenseur en apportant son soutien à une institution financièrement aux abois...

Mean Streets (1973) © DR

Le premier sommet de la carrière du réalisateur, et aussi l'un de ses films les plus personnels qui, dans le Little Italy de son enfance, emboîte le pas à quatre aspirants gangsters. Tout Scorsese, ou presque, est déjà là: l'énergie viscérale, la mise en scène virtuose, l'électricité rock'n'roll, la rue new-yorkaise, les thématiques... Et jusqu'aux acteurs: Harvey Keitel est prodigieux; quant à Robert De Niro, son Johnny Boy crève l'écran, posant les jalons d'une association de cinéma que le temps rendra mythique.

Taxi Driver (1976) © DR

"You Talkin' to Me?" Une réplique suffit à situer le contexte paranoïaque de ce classique, tourné par Scorsese à même le bitume new-yorkais au départ d'un scénario de Paul Schrader. Au son de Bernard Herrmann, Robert De Niro/Travis Bickle y hante Big Apple, sous les traits d'un taximan réchappé du Vietnam dont l'aliénation prend des contours toujours plus violents. En résulte un chef-d'oeuvre asphyxiant, portrait d'un homme et d'une ville filmée comme jamais, récompensé de la Palme d'or à Cannes, en 1976.

Raging Bull (1980) © DR

Martin Scorsese s'attèle à la biographie de Jake La Motta, champion de boxe poids moyen dont il s'emploie, dans un noir et blanc spectral, à cerner les démons en plus de sa science du ring. Peut-être le meilleur film de son auteur, et assurément l'un des tout grands rôles de Robert De Niro qui signe là une prestation à la mesure du caractère obsessionnel de son personnage -un trait d'ailleurs commun à la plupart des héros scorsésiens, dont l'ascension semble porter en elle la chute annoncée...

The Last Temptation of Christ (1989) © DR

Willem Dafoe campe un Christ en proie au doute et effrayé par son destin dans une oeuvre aussi forte qu'originale, l'Evangile selon Scorsese en quelque sorte. La proposition sera jugée suffisamment iconoclaste par certains pour provoquer un scandale, injustifié à tout le moins, lors de la sortie du film. Quelques années plus tard, le réalisateur retrouvera la beauté et la majesté des paysages marocains pour un autre film à teneur spirituelle, Kundun, avec un résultat sensiblement plus consensuel cette fois...

Casino (1995) © DR

De l'avis général, l'ultime chef-d'oeuvre à ce jour de son auteur qui réunit Robert De Niro et Joe Pesci, en sus de Sharon Stone, pour le récit à deux voix de l'(ir)résistible ascension de deux amis d'enfance peu regardants sur la légalité placés par le syndicat des camionneurs à la tête d'un casino dans le Las Vegas rutilant des années 70. Grandeur et décadence entament un pas de deux violent et virtuose sur une bande-son explosive, à l'image d'une ouverture proprement soufflante. Avidité, quand tu nous tiens...

The Departed © Andrew Cooper

La sixième fois aura donc été la bonne pour Martin Scorsese, Oscar du meilleur réalisateur pour The Departed après avoir été nommé successivement pour Raging Bull, The Last Temptation of Christ, Goodfellas, Gangs of New York et The Aviator. Distinction méritée, même si le réalisateur est déjà apparu nettement plus inspiré que dans ce polar sanglant où flics et pègre bostoniens s'infiltrent à qui mieux mieux; à l'image de celles du Seigneur, les voies de l'Académie des Oscars sont parfois impénétrables.

Hugo (2011) © DR

Cinéaste-cinéphile -on lui doit deux formidables voyages, l'un dans le cinéma italien, l'autre dans le cinéma américain, en plus de son activité au sein de la World Cinema Foundation, Martin Scorsese rend hommage, dans Hugo, au cinéma des premiers temps et plus particulièrement à la figure tutélaire de Georges Mélies. Le résultat est tout simplement enivrant, qui voit le cinéaste dompter la 3D pour renouer avec la magie des origines, dans un film aux allures d'exception enchantée dans sa filmographie.