Entamé en 2004 sur Red Dust, un drame sud-africain, le parcours de Tom Hooper n'a cessé, ensuite, d'étonner, qui l'a vu tâter successivement du football (The Damned United, sur les 44 jours passés par le légendaire Brian Clough à la tête du grand Leeds United au mitan des années 70), de la royauté (le multi-oscarisé The King's Speech, autour de George VI) et enfin du musical avec Les Misérables, adaptation plus que discutable du classique de Victor Hugo. On espérait l'expérience sans lendemain, le cinéaste britannique renouant d'ailleurs avec les vertus d'un cert...

Entamé en 2004 sur Red Dust, un drame sud-africain, le parcours de Tom Hooper n'a cessé, ensuite, d'étonner, qui l'a vu tâter successivement du football (The Damned United, sur les 44 jours passés par le légendaire Brian Clough à la tête du grand Leeds United au mitan des années 70), de la royauté (le multi-oscarisé The King's Speech, autour de George VI) et enfin du musical avec Les Misérables, adaptation plus que discutable du classique de Victor Hugo. On espérait l'expérience sans lendemain, le cinéaste britannique renouant d'ailleurs avec les vertus d'un certain classicisme dans The Danish Girl. Annoncé comme révolutionnaire, Cats vient aujourd'hui nous signifier qu'il n'en était malheureusement rien. On ne présente plus le spectacle à l'origine du film, triomphe tant dans le West End qu'à Broadway depuis sa création, en 1981. Librement inspiré du recueil de poèmes de T.S. Eliot Old Possum's Book of Practical Cats, il s'appuie sur un argument famélique: une fois l'an, les Jellicle Cats défilent devant le Deutéronome, à qui revient le privilège de choisir l'élu(e) appelé(e) à rejoindre le paradis félin de la jellicosphère pour y connaître une nouvelle vie. Le prétexte à une revue de numéros musicaux de styles divers, exécutés sous le regard attentif de la vénérable matriarche, Hooper ayant féminisé le personnage par rapport au livret original, estimant qu'une figure d'autorité masculine était dépassée en 2019. C'est donc dame Judi Dench qui s'y colle. Un autre changement significatif par rapport à la pièce tient au rôle prépondérant dévolu à l'écran à Victoria (la danseuse étoile Francesca Hayward), jeune chatte perdue découvrant la dure réalité du pavé londonien -une vue de l'esprit, cependant, s'agissant d'une fantaisie se déroulant dans le décor stylisé d'un Londres des années 30 tapissé d'enseignes lumineuses criardes. Simples péripéties, cependant, au regard d'un film se vautrant dans les grandes largeurs à force de vouer un culte déraisonnable au grotesque et à la laideur. Ainsi de l'habillage douteux des comédiens, fruit numérique d'une technologie hybride combinant réalité et animation, et associant leur expression faciale à des justaucorps velus, le tout rehaussé d'oreilles en pointe, de fines moustaches et, tant qu'à faire, de queues agiles. Kitsch garanti, et l'on doit à vrai dire se pincer pour y croire, tant cet improbable gloubi-boulga semble n'avoir d'autre objet que de repousser les limites du mauvais goût. Sentiment encore rehaussé par les scies lourdingues d'Andrew Lloyd Webber et des chorégraphies s'abîmant dans le néant des effets spéciaux. La stupeur initiale passée, l'expérience vire rapidement au supplice. Les chats ne méritaient pas cela, les spectateurs non plus...