Neuvième long métrage mis en scène par Nicole Garcia, Amants voit la réalisatrice française s'aventurer du côté du film noir, sur les pas d'un jeune couple dont la passion amoureuse va se heurter au réel, pour en faire bientôt les jouets du destin. Une trame somme toute classique, que la cinéaste a veillé toutefois à passer au tamis de l'époque et de ses inégalités exacerbées, histoire d'en relever l'acuité comme l'amertume. Cette histoire se déclinant en trois actes et autant de lieux -Paris, l'île Maurice et Genève-, l'idée de départ en revient à Jacques Fieschi, scénariste de ses films depuis Un week-end sur deux, celui qui consacrait ses débuts en 1990. Un socle sur lequel elle a construit quelque chose d'éminemment personnel: "Quand on écrit un récit, il y a des éléments conscients qui nous font raconter une histoire, mais il y a aussi beaucoup d'inconscien...

Neuvième long métrage mis en scène par Nicole Garcia, Amants voit la réalisatrice française s'aventurer du côté du film noir, sur les pas d'un jeune couple dont la passion amoureuse va se heurter au réel, pour en faire bientôt les jouets du destin. Une trame somme toute classique, que la cinéaste a veillé toutefois à passer au tamis de l'époque et de ses inégalités exacerbées, histoire d'en relever l'acuité comme l'amertume. Cette histoire se déclinant en trois actes et autant de lieux -Paris, l'île Maurice et Genève-, l'idée de départ en revient à Jacques Fieschi, scénariste de ses films depuis Un week-end sur deux, celui qui consacrait ses débuts en 1990. Un socle sur lequel elle a construit quelque chose d'éminemment personnel: "Quand on écrit un récit, il y a des éléments conscients qui nous font raconter une histoire, mais il y a aussi beaucoup d'inconscient en marche, commence-t-elle. J'ai des peurs, des angoisses, et je me suis rendu compte que je mettais souvent mes personnages dans des situations de menace et de danger. J'ai toujours aimé les films où tout paraît normal, mais où l'on sent qu'il y a quelque chose qui sourd. Quand le récit commence, on comprend, et on peut nommer la peur. Peut-être qu'en faisant des films, on raconte le monde tel qu'on le vit, et que mettre ces peurs-là dans les personnages, c'est une manière pour moi de maîtriser la peur, de la transcender voire de l'exorciser. Même si ça ne marche pas tellement, je garde toujours mes peurs..." Ce monde tel qu'elle le vit et qu'elle le voit, Nicole Garcia a donc choisi le genre noir pour le représenter. Un écrin idoine, comme elle ne se fait faute de le souligner: "Le roman noir, c'est la traduction de ce qu'était avant la tragédie. On sent que les personnages essaient d'échapper à quelque chose d'un peu destinal qui les entraîne vers ce dont ils ne veulent pas, ce contre quoi ils doivent lutter. Ce mouvement est un effet de fiction, mais je trouve aussi que ça parle de l'âpreté dans nos sociétés actuelles, où il y a, pour schématiser, des riches et des pauvres, avec un fossé toujours plus grand entre eux, et des humiliations. Ce qui m'offense le plus dans la vie, ce sont les personnages humiliés. Et souvent, ce sont les différences sociales qui créent ces humiliations." Terrain que Amants laboure, qui met en scène, à l'instar de Place Vendôme il y a une vingtaine d'années, le monde de l'argent tout en lui opposant son contraire, avec le potentiel de tensions souterraines que cela recèle. Si elle respecte la trame d'ensemble du film noir, la réalisatrice a toutefois veillé à s'en affranchir quelque peu -à travers ses personnages, en particulier, qu'elle a cherché à éloigner des stéréotypes du genre. "J'ai retravaillé le script pour mettre, comme je le fais toujours, de l'ambivalence entre eux et des contradictions", souligne-t-elle, histoire de gripper un peu plus encore les rouages du couple que forment Lisa et Simon -Stacy Martin et Pierre Niney- dont l'osmose, insensiblement, va se fendiller. Sur le choix des comédiens, Nicole Garcia raconte avoir suivi le conseil d'Alain Resnais, qui l'avait dirigée dans Mon oncle d'Amérique et qui, au moment où elle se lançait dans son premier film, lui avait dit: "Pour les films d'amour, il ne faut pas choisir un acteur et une actrice, mais d'abord voir si le couple fonctionne." "J'ai retenu la leçon, et comme j'ai choisi en premier Pierre Niney, j'avais la possibilité d'autres actrices, mais je trouvais que tous les deux, ils avaient l'air un peu d'un frère et une soeur incestueux. On croit qu'il se sont rencontrés adolescents, au centre aéré, et qu'après, ils ont été dans cette banlieue populaire de Paris, à Montreuil. Léo, le personnage joué par Benoît Magimel, qui est plus âgé, est à la fois complémentaire et opposé à ce couple." Ce triangle de cinéma, Nicole Garcia choisit de le faire évoluer dans un environnement d'une froideur clinique pour ainsi dire. "Peut-être qu'à la fois, je suis avec eux, et que je les regarde se battre contre un destin qui avance et qui va les déterminer, soupèse-t-elle. La mort accidentelle à laquelle ils ont assisté au premier acte leur a fait une sorte de tatouage. C'est aussi un film sur la culpabilité. Peut-être est-ce cette proximité qui rend les choses non pas froides mais pire, glacées comme la mort..."