L'ironie la plus cruelle de la guerre culturelle en cours, c'est que des types comme moi se retrouvent de facto alliés dans la moquerie des social justice warriors et autres féministes 2.0 aux sombres idiots méprisables de l'alt-right et aux pires des trolls masculinistes. C'est à se sentir comme la Finlande durant le second conflit mondial: indépendant et pas nazi pour un sou mais allié aux fascistes contre la marée soviétique d'un million de femmes et d'hommes, et puis allié aux Soviétiques contre les nazis et entre les deux, même en guerre contre l'Angleterre. Voilà ce qui en coûte aujourd'hui d'affirmer son autonomie par rapport aux courants dominants: non aligné, on se fait emmerder par tous et on se bagarre autant avec les uns qu'avec les autres. Ainsi, moi, j'ai beau considérer #Metoo comme un nécessaire whistleblowing et j'ai beau estimer que les harceleurs méritent amplement des genoux dans les couilles, je n'en pense pas moins que le mouvement devient également à bien des égards ridicule et que le monde pseudo-égalitaire appelé de leurs voeux par certaines féministes tient à 100% de la bigoterie pure et simple. Est-ce que cela fait de moi un pro-Weinstein? Un beauf? Un vieux? Un masculiniste? Un troll réac? Une bouture de Catherine Deneuve? Sans doute à bien des égards. Pourtant, moi, je continue de me sentir comme un Finlandais de 1941 tétant joyeusement son Aquavit dans son sauna sans rien demander à personne et qui, voyant le reste du monde partir en saucisse, se dirait "Mutta huora mitä haitojja tuo vitun se on?" (ou quelque chose du genre, Google Translate n'étant pas formidable au niveau du finnois).
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L'ironie la plus cruelle de la guerre culturelle en cours, c'est que des types comme moi se retrouvent de facto alliés dans la moquerie des social justice warriors et autres féministes 2.0 aux sombres idiots méprisables de l'alt-right et aux pires des trolls masculinistes. C'est à se sentir comme la Finlande durant le second conflit mondial: indépendant et pas nazi pour un sou mais allié aux fascistes contre la marée soviétique d'un million de femmes et d'hommes, et puis allié aux Soviétiques contre les nazis et entre les deux, même en guerre contre l'Angleterre. Voilà ce qui en coûte aujourd'hui d'affirmer son autonomie par rapport aux courants dominants: non aligné, on se fait emmerder par tous et on se bagarre autant avec les uns qu'avec les autres. Ainsi, moi, j'ai beau considérer #Metoo comme un nécessaire whistleblowing et j'ai beau estimer que les harceleurs méritent amplement des genoux dans les couilles, je n'en pense pas moins que le mouvement devient également à bien des égards ridicule et que le monde pseudo-égalitaire appelé de leurs voeux par certaines féministes tient à 100% de la bigoterie pure et simple. Est-ce que cela fait de moi un pro-Weinstein? Un beauf? Un vieux? Un masculiniste? Un troll réac? Une bouture de Catherine Deneuve? Sans doute à bien des égards. Pourtant, moi, je continue de me sentir comme un Finlandais de 1941 tétant joyeusement son Aquavit dans son sauna sans rien demander à personne et qui, voyant le reste du monde partir en saucisse, se dirait "Mutta huora mitä haitojja tuo vitun se on?" (ou quelque chose du genre, Google Translate n'étant pas formidable au niveau du finnois).C'est que #Metoo n'a pas libéré que la parole des victimes de violeurs installés au sommet de la pyramide sociale, le mouvement a aussi donné un solide boost à tout un tas de cas sociaux, tous sexes confondus, qui sont en ce moment même en train d'essayer d'imposer au monde, médiatique notamment, un agenda fondamentalement politique né d'une lecture sinon malade du moins très narcissique et pas fort subtile des choses. Entendons-nous: quand Harvey Weinstein viole Rose Mc Gowan et Asia Argento, il n'y a rien à redire au fait qu'elles le dénoncent, même des années plus tard, qu'elles encouragent ses autres victimes à sortir de leurs silences, qu'il soit arrêté pour être jugé et que soient dans la foulée pensées de nouvelles règles tentant d'éviter que ce genre d'abus ne se reproduise et ne s'occulte durant des années. En revanche, je pense qu'il reste totalement risible que cette sinistre actualité inspire à des idiotes de 25 ans l'idée que leurs blogs de stupides photos de cupcakes à la con soit "l'opinion créative d'une femme qui ose enfin l'ouvrir" et que parler de son cycle menstruel sur Twitter soit désormais perçu comme "courageux". Le #Sparadrapgate de Rokhaya Diallo m'a aussi bien fait ricaner: quel meilleur exemple de "first world problem" que celui d'une femme noire qui se plaint de ne trouver que des sparadraps beiges à Paris? A-t-elle seulement pensé, dans sa folie nombriliste momentanée, à l'indécence de ses propos dans un monde où dans pas mal de zones de guerre, on manque cruellement de bandages, peu importe leurs couleurs? Les victimes de Weinstein ont dénoncé des putains de CRIMES. Que cela serve de tremplin à tout un tas d'imbéciles narcissiques pour parler de leurs problèmes qui n'en sont pas, ou du moins pas du tout du même ordre, est tout simplement abject. C'est comme si durant la guerre en Finlande, à l'infirmerie, j'avais comparé mon indigestion de kallakukko à la balle nazie ou soviétique prise dans la tronche par mon voisin de tranchée. Tout cela n'est pas que rigolo, cela dit, c'est aussi drôlement contre-productif. Alors que le moindre petit pet nerveux protoféministe est encouragé et amplifié par pas mal de gazettes et de sites Web - parce que c'est à la mode, parce que cela pourrait rapporter deux centimes -, il reste tout de même assez aberrant que les Panama Papers font à côté de cela trois clics et demi et génèrent moins de volonté de justice populaire qu'un animateur de TF1 faisant des vannes d'un autre siècle à son public de croulants. Un nouveau coeur de cible est sorti du bois et c'est lui que l'on cherche à contenter en en rajoutant à la tractopelle dans le prêt-à-penser pinkwashé, le scénario "nous contre eux", le nettoyage idéologique et la promotion d'idées débiloïdes qui annonceraient l'avènement d'un monde nouveau; ce qui reste d'ailleurs sans doute le sujet de centaines de blagues de fin de banquets de vendeurs d'armes internationaux. Moi, je me fournis de ces bêtises dans les pages "Opinions" du Guardian, qui reste pourtant un excellent journal, à part ça. Celles-ci sont en effet devenues la Légion étrangère des bobonnes nées après 1985, un nid de bourgeoises persuadées que leurs reflux gastriques et l'augmentation de la salade de pois chiches à l'épicerie bio du coin doivent quelque chose à la main velue de la patriarchie. Ou du moins le prétendent-elles pour le show et le chèque de fin de mois. Il y a quelques jours, on y a ainsi tressé des lauriers à Tanille Geib, une sexologue canadienne qui annonce dans la bio de son site tout simplement vouloir changer le monde, au nom de l'amour de son prochain. Sa spécialité: faire en sorte que les gens se sentent bien dans leurs peaux. Pourquoi pas? Mais est-ce que le monde attend vraiment Tanille Geib pour ça? Est-ce que se sentir bien dans sa peau n'est pas un combat quotidien et personnel, extrêmement intime, et justement un peu trop souvent parasité par les promesses de gourous revendiqués du bien-être, ce qu'est fondamentalement Tanille Geib? Et puis, surtout, s'il n'y a pas vraiment de souci à ce que Tanille Geib fasse commerce de ses idées via ses livres et ses conférences avec ceux que cela intéresse, a-t-elle en revanche vraiment sa place dans une discothèque de Victoria, en Colombie-Britannique, où elle exerce depuis peu chaque week-end le job créé pour l'occasion de "captain consent", autrement dit de "capitaine de consentement"?En gros, ce travail consiste à traquer sur le dancefloor non seulement les agressions sexuelles, mais aussi tout ce qui relève de la "zone grise", à savoir la drague lourdaude, les regards trop insistants, le collé-collé vachement trop collé... Geib tient à l'oeil ceux qui se bourrent la gueule, aussi. Si quelqu'un se plaint de leurs comportements, elle va leur parler, leur signaler qu'ils mettent les gens mal à l'aise, et il y a plutôt intérêt à bien le prendre et à l'écouter avec sympathie, sans quoi la sécurité pourrait bien vous foutre dehors. Geib avance pourtant ne pas être là pour jouer au flic, ni suppléer le boulot des videurs, mais bien pour "engager une conversation sur la culture du consentement". Question évidente: sur quelle base? Juges, flics et même videurs représentent une autorité communément admise, régulatrice, légitime. Mais au nom de quoi prendre au sérieux en discothèque une sexologue new-age en goguette en plein trip Wonder Woman post-Weinstein? Tanille Geib est une duègne d'un genre nouveau, une garde-chiourme qui impose aux gens une opinion et une morale qui sont surtout les siennes. Or, la morale et les opinions, ça varie d'une personne à l'autre et c'est justement pour cela qu'ont été créées les lois: pour qu'on arrête de pendre les gens aux arbres au nom d'une morale qui n'a plus cours cent mètres plus loin. Or, à ses critiques, Geib répond justement de façon typique d'un #Metoo parti en vrille: les hommes que dérange sa présence en discothèque ont juste "peur", parce que #Metoo a redistribué les cartes et qu'il est temps que les femmes se sentent enfin en sécurité dans le milieu festif, ce à quoi elle travaillerait. À mes yeux, voilà qui suffit pourtant déjà amplement à la décrédibiliser. Non, son trip ne me fait pas peur parce que je suis un homme. Son trip me dérange parce que voilà bien quelqu'une sortie pour ainsi dire de nulle part qui décide de son propre chef d'imposer son propre sens du bien et du mal dans un espace où ces notions devraient justement être plus perméables et floues qu'ailleurs. Idéalement, une discothèque n'est pas qu'un endroit où sociabiliser et écouter de la musique bonne ou mauvaise. C'est aussi un laboratoire social où justement se frotter à ses peurs et ainsi apprendre à les transcender. On s'y cogne à ses limites, aux tabous, aux transgressions. On se découvre différent de comment on était habitué à se voir, des côtés pas forcément reluisants. On apprend la gestion de la honte, des regrets, des envies inavouables. La solitude et le vertige existentiel, aussi. Pour moi, la boîte de nuit perçue comme un endroit à transformer en "safe place" est donc déjà en soi une aberration. Ce qui ne signifie pas du tout que je défende l'idée d'un lieu où harceler en toute impunité. Ce que je défends, c'est plutôt la bonne vieille tradition de la rouste devant 200 personnes ou du verre dans la gueule du harceleur. Des années que ce genre de leçon fonctionne alors pourquoi créer des jobs de néo-duègnes pour essayer de faire entendre raison à ce genre de connards en leur imposant des discussions sur des sujets qui les rendent de toute façon probablement dingues de rage, parce que complètement usés par les réseaux sociaux et les campagnes de presse? Et puis, pour qui a envie de rendre le monde meilleur en le surveillant, il y a tout même bien assez de piscines pleines de gosses sachant à peine nager et de parcs où les gens tuent des canards à force de leur balancer des miches pleines de farines cancéreuses malgré les panneaux d'interdiction. Et même quelques pays où soigner les peaux noires avec des bandages blancs, tiens...