On en croise chez les jeunes comme chez les vieux, chez les pauvres comme chez les riches, chez les ringards comme chez les branchés, chez les mangeurs de bidoche comme chez les végans. Ils ont un avis sur tout. Rarement le leur, ce qui ne les empêche pas de le claironner à tout bout de champ, même et surtout quand on ne le leur a pas demandé. Leur confiance en eux n'a pas de limite. Leur pouvoir de nuisance non plus. C'est simple, ils ne doutent de rien et ils osent tout. "C'est même à ça qu'on les reconnaît", comme disait Michel Audiard. Car oui, c'est bien du connard (ou de la connasse) qu'il s'agit, cette espèce nuisible qui pullule comme les poux sur une tignasse fâchée avec le peigne.

Bien sûr, il y a toujours eu des crétins. Des hommes (surtout) et des femmes qui ne pensent qu'à leur pomme, qui ne se gênent pas pour écraser leur prochain, qui vivent en vase clos, qui usent et abusent de la moindre parcelle de pouvoir, qui adorent humilier, qui utilisent le langage comme un pic à glace, qui alignent les contre-vérités avec un aplomb à toute épreuve. Mais ces derniers temps, c'est carrément la marée haute. "Nous atteignons aujourd'hui un taux de Connardise planétaire presque inégalé dans l'Histoire de l'Humanité. Partout, et pour longtemps, les Connards ont uni leurs talents et renforcé leur pouvoir pour asseoir leur mainmise sur la foule des Abrutis", observe le professeur Franck Zerbib dans la nouvelle édition de son manuel satirique Comment devenir un connard (éditions de l'Opportun).

On vit dans un monde de cons. L'affirmer aussi abruptement fait sans doute de moi un beau spécimen.

Règles de base du connard fini: il a tout compris, il a tout vécu, il a toujours raison, il ne supporte pas la nuance, il se croit immunisé contre la connerie -un comble-, il déteste les faibles, les sensibles, les fragiles, il assène ses jugements comme s'il détenait la Vérité, il se la pète grave -même quand il affiche une (fausse) modestie-, il bannit systématiquement celui qui ne pense pas comme lui/elle, il se croit le plus malin. Et pour couronner le tout, il cultive l'instinct grégaire, n'en finissant pas de donner raison à Brassens qui chantait que "dès qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons". Pour proliférer, la connerie a profité d'au moins trois fertilisants: primo, l'individualisme qui a déplacé le curseur de la réussite vers le nombril et le portefeuille. Secundo, la complexité d'une mondialisation accélérée qui a poussé des bataillons d'âmes perdues dans les bras de thèses simplistes, complotistes et/ou délirantes, pour éviter le vertige du doute, de la perte de sens. Et enfin tertio, le mégaphone d'Internet qui a permis à n'importe quel gugusse de tenir le crachoir. Avec le même volume sonore qu'une pensée élaborée. Et d'entraîner dans son sillage tous les frustrés, tous les haineux retranchés derrière l'anonymat de leur clavier. L'impayable Frédéric Dard disait déjà que "si tous les cons volaient, il ferait nuit". Les réseaux sociaux leur ont donné des ailes. Comme les courges, les variétés de cons sont nombreuses, rappelle le professeur Zerbib: du gros bourrin macho au chauviniste décomplexé en passant par le militant de l'extrême ou l'artiste maudit. Le costume change, pas les fondamentaux (énoncés plus haut).

On vit donc dans un monde de cons. L'affirmer aussi abruptement fait sans doute de moi un beau spécimen. Mais mieux vaut être un con qui s'interroge qu'un con qui s'ignore. Car l'air de rien, la résistance s'organise. La poésie, ce puissant antidote à la littéralité et au prêt-à-penser, renaît de ses cendres, prix Nobel de littérature à l'appui. Et la fiction contre-attaque: le personnage d'Albert Dupontel veut en finir avec un monde déshumanisé vendu aux cyniques dans Adieu les cons (lire par ailleurs). Quant à Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud, ils tournent en dérision la bêtise humaine dans le tome 2 -le sujet est inépuisable- d'Il ne faut pas prendre les cons pour des gens (éditions Fluide glacial). Mieux vaut en effet en rire qu'en pleurer.

On en croise chez les jeunes comme chez les vieux, chez les pauvres comme chez les riches, chez les ringards comme chez les branchés, chez les mangeurs de bidoche comme chez les végans. Ils ont un avis sur tout. Rarement le leur, ce qui ne les empêche pas de le claironner à tout bout de champ, même et surtout quand on ne le leur a pas demandé. Leur confiance en eux n'a pas de limite. Leur pouvoir de nuisance non plus. C'est simple, ils ne doutent de rien et ils osent tout. "C'est même à ça qu'on les reconnaît", comme disait Michel Audiard. Car oui, c'est bien du connard (ou de la connasse) qu'il s'agit, cette espèce nuisible qui pullule comme les poux sur une tignasse fâchée avec le peigne. Bien sûr, il y a toujours eu des crétins. Des hommes (surtout) et des femmes qui ne pensent qu'à leur pomme, qui ne se gênent pas pour écraser leur prochain, qui vivent en vase clos, qui usent et abusent de la moindre parcelle de pouvoir, qui adorent humilier, qui utilisent le langage comme un pic à glace, qui alignent les contre-vérités avec un aplomb à toute épreuve. Mais ces derniers temps, c'est carrément la marée haute. "Nous atteignons aujourd'hui un taux de Connardise planétaire presque inégalé dans l'Histoire de l'Humanité. Partout, et pour longtemps, les Connards ont uni leurs talents et renforcé leur pouvoir pour asseoir leur mainmise sur la foule des Abrutis", observe le professeur Franck Zerbib dans la nouvelle édition de son manuel satirique Comment devenir un connard (éditions de l'Opportun). Règles de base du connard fini: il a tout compris, il a tout vécu, il a toujours raison, il ne supporte pas la nuance, il se croit immunisé contre la connerie -un comble-, il déteste les faibles, les sensibles, les fragiles, il assène ses jugements comme s'il détenait la Vérité, il se la pète grave -même quand il affiche une (fausse) modestie-, il bannit systématiquement celui qui ne pense pas comme lui/elle, il se croit le plus malin. Et pour couronner le tout, il cultive l'instinct grégaire, n'en finissant pas de donner raison à Brassens qui chantait que "dès qu'on est plus de quatre, on est une bande de cons". Pour proliférer, la connerie a profité d'au moins trois fertilisants: primo, l'individualisme qui a déplacé le curseur de la réussite vers le nombril et le portefeuille. Secundo, la complexité d'une mondialisation accélérée qui a poussé des bataillons d'âmes perdues dans les bras de thèses simplistes, complotistes et/ou délirantes, pour éviter le vertige du doute, de la perte de sens. Et enfin tertio, le mégaphone d'Internet qui a permis à n'importe quel gugusse de tenir le crachoir. Avec le même volume sonore qu'une pensée élaborée. Et d'entraîner dans son sillage tous les frustrés, tous les haineux retranchés derrière l'anonymat de leur clavier. L'impayable Frédéric Dard disait déjà que "si tous les cons volaient, il ferait nuit". Les réseaux sociaux leur ont donné des ailes. Comme les courges, les variétés de cons sont nombreuses, rappelle le professeur Zerbib: du gros bourrin macho au chauviniste décomplexé en passant par le militant de l'extrême ou l'artiste maudit. Le costume change, pas les fondamentaux (énoncés plus haut). On vit donc dans un monde de cons. L'affirmer aussi abruptement fait sans doute de moi un beau spécimen. Mais mieux vaut être un con qui s'interroge qu'un con qui s'ignore. Car l'air de rien, la résistance s'organise. La poésie, ce puissant antidote à la littéralité et au prêt-à-penser, renaît de ses cendres, prix Nobel de littérature à l'appui. Et la fiction contre-attaque: le personnage d'Albert Dupontel veut en finir avec un monde déshumanisé vendu aux cyniques dans Adieu les cons (lire par ailleurs). Quant à Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud, ils tournent en dérision la bêtise humaine dans le tome 2 -le sujet est inépuisable- d'Il ne faut pas prendre les cons pour des gens (éditions Fluide glacial). Mieux vaut en effet en rire qu'en pleurer.