Quelle place donner à l'amour quand on pense n'avoir plus que trois mois à vivre? C'est la question au coeur de Hope, le nouveau long métrage de Maria Sødahl (Limbo). Compagne du cinéaste norvégien Hans Petter Moland, la scénariste et réalisatrice miraculée y remonte le fil de sa douloureuse expérience, quand l'annonce d'une tumeur au cerveau ne lui laissait plus aucun espoir. Devant sa caméra, Andrea Bræin Hovig et Stellan Skarsgård rejouent les affres traversées par son propre couple, tandem en mal d'affection frappé par la sidération d'une mort prochaine.
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Quelle place donner à l'amour quand on pense n'avoir plus que trois mois à vivre? C'est la question au coeur de Hope, le nouveau long métrage de Maria Sødahl (Limbo). Compagne du cinéaste norvégien Hans Petter Moland, la scénariste et réalisatrice miraculée y remonte le fil de sa douloureuse expérience, quand l'annonce d'une tumeur au cerveau ne lui laissait plus aucun espoir. Devant sa caméra, Andrea Bræin Hovig et Stellan Skarsgård rejouent les affres traversées par son propre couple, tandem en mal d'affection frappé par la sidération d'une mort prochaine. Il faut un sacré courage pour se dévoiler comme vous le faites par l'entremise de ce film... Oui peut-être, mais la seule étape pour laquelle il m'a véritablement fallu du courage, à vrai dire, c'est l'étape de l'écriture. J'ai commencé à écrire trois ans après ce que vous voyez dans le film. C'est-à-dire que j'ai commencé à écrire au moment où j'ai compris que la mort n'était plus au programme pour moi. J'ai vécu trois ans dans l'insécurité et puis un jour j'ai réalisé que j'allais vraiment m'en tirer. Ça a été une drôle de sensation. Je ne savais pas très bien quoi faire. Je pensais peut-être me contenter de jardiner et d'essayer de vivre. Et puis un jour on m'a proposé la réalisation d'un film. C'était un projet beaucoup trop gros pour moi. Je ne m'en sentais tout simplement pas la force. Peu à peu, néanmoins, j'ai commencé à réfléchir à des projets de longs métrages. De pure fiction. Mais ça m'ennuyait très vite, je ne connectais pas avec les histoires, tout ça me semblait complètement étranger. Mes amis me poussaient à raconter ce qui m'était arrivé mais c'était hors de question pour moi. Ça me semblait beaucoup trop intime et je n'étais pas intéressée par l'idée d'écrire dans un but thérapeutique. Mais au final, je n'ai pas eu d'autre choix que de m'atteler à raconter cette histoire-là, parce que rien d'autre ne fonctionnait. C'est comme si je devais le faire, comme si rien d'autre n'était possible. Dans quel état d'esprit avez-vous commencé l'écriture de Hope? Ça a été un peu pour moi comme mener une enquête. En regardant dans le rétroviseur, j'étais assez hallucinée par tout ce que j'avais pu dire, faire ou penser durant cette période de maladie. J'ai alors demandé leur accord à mon mari et mes enfants pour raconter cette histoire de mon point de vue. Je leur ai expliqué qu'il ne s'agissait pas tant de les représenter eux que des mécanismes familiaux. Mon mari a lu chacune des versions du scénario mais n'avait pas le droit de les commenter, je voulais simplement qu'il soit au courant de ce que j'étais en train de faire. Je sentais que je devais me concentrer sur le processus de création, pas sur la manière dont chaque membre de ma famille allait réagir au film terminé. En parlant avec eux, je me suis rendu compte à quel point chacun pouvait avoir des perceptions et des souvenirs différents de ce qui s'était passé. J'ai donc présumé qu'il en serait de même s'agissant de leurs réactions face à ce film. C'est un élément sur lequel je ne pouvais avoir aucun contrôle, aucune prise. Je ne pouvais me concentrer que sur ma propre perception des choses. La force du film tient beaucoup à son refus net d'idéaliser l'amour, le couple ou la famille. Hope est un film très rugueux, cassant même parfois. Un objet très pudique et impudique à la fois... C'est ce vers quoi j'ai toujours tendu. Je ne suis pas quelqu'un de sentimental, ça ne m'intéresse pas. Aux États-Unis, les "cancer movies" sont un genre en soi et ils représentent exactement tout ce que je voulais éviter avec Hope. Il m'importait de trouver un moyen de raconter cette histoire qui soit intéressant pour moi, qui garde ma curiosité en éveil. Je voulais par exemple montrer des moments de vie presque honteux, des choses dont je ne suis pas fière, des choses particulièrement éprouvantes. Parce que c'est comme ça que ça se passe. Ce sont des moments douloureux, donc ce ne sont pas des choses que l'on entend souvent, mais ce sont des choses que les gens vivent. J'ai décidé de regarder ces expériences honteuses en me détachant du sentiment de honte et de les partager. Je pense qu'on a besoin de voir et d'entendre ce genre de choses au cinéma. L'art sert aussi à ça. Avec la bonne distance, c'était vraiment très inspirant à écrire. Comme une sorte de thriller émotionnel. Comment avez-vous défini ce que vous alliez mettre dans le film et ce qui n'allait pas s'y trouver? Ça a toujours été très clair pour moi. Vous savez, rétrospectivement, quand je repense à tout ça, c'est un peu comme si j'avais reçu des cadeaux de la réalité. Avec Hans, mon compagnon, on n'en revenait pas. Ça semblait parfois trop fou pour être vrai. Il y a même des choses que j'ai fini par ne pas mettre dans le film parce qu'elles semblaient trop grosses, trop construites, alors qu'elles étaient bien réelles. La première doctoresse à laquelle nous avons été confrontés, par exemple, s'est littéralement levée devant nous en disant: "Je suis désolée, je pars pour un safari en Afrique avec ma famille et il n'y a aucune connexion Internet là-bas. Ciao." Et puis elle est partie en nous laissant seuls face à la tragédie de ma maladie. Cette scène, je l'ai tournée avec mes acteurs mais ça ne marchait pas. Ça amenait un humour noir qui ne fonctionnait pas avec le film. Mais soit, toujours est-il que le squelette dramatique de Hope s'est offert à moi de la manière la plus naturelle qui soit. Plus tard, j'ai décidé d'ouvrir le film par ces mots: "Ceci est mon histoire, telle que je m'en souviens." Ça enlève toute équivoque quant à l'issue du combat. C'était très important pour moi. Le film traduit une pure subjectivité mais montre aussi à quel point il est difficile pour l'entourage d'une personne mourante de savoir comment se comporter... Bien sûr. Mourir est une chose très solitaire. Vous pouvez être aussi entourée que possible et pourtant toujours ne ressentir que cette infinie solitude. Quand vous avez un cancer de cette sorte, vous vous confrontez à votre propre mort en permanence. Ce n'est pas un seul et unique traumatisme qu'il s'agit de surmonter. C'est une série de traumatismes sans cesse répétés. C'est incroyablement difficile d'aider quelqu'un dans cette situation. Je crois qu'on ressent très bien dans le film à quel point son compagnon est dépassé par sa tristesse et sa colère à elle. C'est une place assez horrible à occuper. Pour les amis aussi. Personne n'est préparé à ça. Même pas les médecins, bien souvent. Je pense que celles qui restent les plus pertinentes de tous, au fond, ce sont les infirmières des soins palliatifs. Elles sont incroyables. Dans le sens où elles parviennent à gérer la mort comme quelque chose de normal. Elles côtoient la mort au quotidien et rien dans leur comportement ne trahit la peur de ne pas savoir s'y prendre, de blesser, de ne pas être à la hauteur, de commettre une maladresse... Ce qui, pour l'entourage, est tout simplement impossible. Pourquoi avoir choisi de caster de vrais docteurs pour les scènes de nature médicale, plutôt que des acteurs? Il y a 17 rôles dans le film relatifs aux soins de santé. Et chaque fois c'est vraiment l'affaire d'une scène. Je me suis dit que si chaque fois je devais tout réexpliquer, repartir de zéro avec chacun, ça allait me sortir du film. Aussi, quand vous demandez à des comédiens de jouer les médecins, ils ne peuvent pas s'empêcher de surjouer l'empathie. Ils se penchent avec des yeux de chiens battus. Et je ne voulais pas ça. Ça ne se passe pas comme ça. Vous savez, j'ai passé sept ans de ma vie à rentrer et sortir de l'hôpital, j'ai vu tellement de choses... J'aimais bien l'idée d'avoir des non-professionnels dans le film. Enfin, des médecins professionnels qui ne sont pas acteurs, je veux dire ( sourire). Au final, leur casting était très semblable à celui des vrais comédiens: certains étaient très bons, d'autres pas du tout, et j'ai gardé ceux qui convenaient pour les rôles. Je pense que leur connaissance du milieu hospitalier a vraiment apporté quelque chose au film. Une forme d'authenticité, de justesse. Comment était l'atmosphère sur le tournage? Croyez-le ou non, mais on a connu des moments vraiment très enjoués durant le tournage. C'est mon approche non-sentimentale, je crois, qui a permis ça. Je ne sais pas trop si c'était conscient ou non de ma part, mais à aucun moment sur le plateau je n'ai eu l'impression de me voir revivre ce qui m'était arrivé. C'est-à-dire que j'avais pleinement le sentiment, au jour le jour, d'observer quelque chose en train de se créer, avec sa vie propre. Peut-être que ça me faisait peur de revivre les choses. Sans doute, même. J'avais besoin de me détacher. Il n'y a vraiment que le processus d'écriture qui a pu, parfois, être douloureux pour moi. Sur le plateau, je suis redevenue une cinéaste très professionnelle. À aucun moment je n'ai remis mes histoires personnelles sur la table. Je voulais que les acteurs puissent s'approprier leurs personnages, ne jamais leur rappeler qu'ils étaient en train de me jouer moi et ma famille. Ç'aurait été contre-productif. C'est pour ça aussi que j'ai décidé de ne pas faire de scène d'exposition ou quelque chose du genre au début du film. Je voulais qu'on soit directement avec eux, qu'on soit parachutés dans leur vie et que l'on apprenne au fur et à mesure qui ils sont et ce qu'ils sont en train de traverser. Qu'allez-vous faire après ce film? Je suis en train d'écrire un nouveau scénario, qui n'a rien à voir avec le cancer (sourire). Le projet s'appelle Man Watching. L'histoire se passe à Mexico et suit une jeune Européenne de 20 ans avide d'expériences qui voyage seule et se confronte à sa véritable identité dans un monde globalisé.