Présenté en mai dernier en compétition à Cannes, Good Time, des frères Benny et Josh Safdie, y a fait l'effet d'une décharge d'adrénaline bienvenue. Originaires du Queens, les brothers ne sont plus tout à fait des inconnus, eux qui, en une dizaine d'années et une poignée de longs métrages fauchés -The Pleasure of Being Robbed, Lenny and the Kids et Mad Love in New York-, se sont imposés comme d'incontestables figures de proue du cinéma indépendant new-yorkais, descendants à l'arrache d'un Sidney Lumet, par exemple, et adoubés par un Jim Jarmusch confiant apprécier leur cinéma, tellement différent du sien. Si ce nouvel opus les a vus sortir d'un cadre financier trop étriqué et bénéficier par ailleurs du concours d'une star en la personne de Robert Pattinson, le film, halluciné, reste du pur Safdie, conduit à tombeau ouvert dans les bas-fonds de Big Apple, et suspendu fiévreusement à la frénésie de l'instant. Rencontrés au lendemain de la projection officielle, les deux frangins font souffler un même vent de fraîcheur sur la Croisette, s'exprimant d'une seule voix pour laisser libre cours à leur enthousiasme sur un débit à même de faire pâlir Martin Scorsese himself; bifurquant, hilares, à l'annonce que le blog conservateur Drudge Report, à l'opposé de leurs convictions comme ils se plaisent à le souligner, leur a consacré un écho -"this is surreal!"; reprenant ensuite la conversation de plus belle en quelque embardée sous contrôle relatif. En un mot comme en cent, passionnés.
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