Alfred Hitchcock, c'est entendu, est un cinéaste célèbre pour son image mais surtout pour ses films: 63 au total, en plus de 60 ans de carrière. Rien que ça! Mais dans Double Take, documentaire de Johan Grimonprez (Black Pearl du Meilleur nouveau réalisateur de film documentaire à Abu Dhabi en 2009), Hitchcock n'est qu'une excuse, un prétexte au service d'une toute autre intention: analyser l'importance de la peur en tant que bien culturel de masse dans l'Amérique des sixties. On y découvre de nouvelles grilles de lecture, une nouvelle façon de comprendre les faux-semblants et la confusion propres aux discours tenus durant la Guerre froide. Car, à l'instar du maître du suspense, les Etats-Unis et l'URSS savaient parfaitement que le mal, la stupeur et l'effroi étaient les plus puissants moteurs d'un spectacle, les ressorts indispensables à toute forme de propagande. Entre gravité et lucidité, les images d'archives, extraits de films et séquences narratives qu'agence avec maîtrise Johan Grimonprez offrent un commentaire si fascinant et si décalé sur ce conflit mondial qu'il va bien audelà du simple geste esthétique. Ça pourrait être éreintant, c'est au contraire exaltant. M.D.