À main gauche, Danny Boyle. Cinéaste qu'on ne vous fera pas l'injure de présenter pendant des plombes depuis son Trainspotting (1996), film coup de poing adapté du roman éponyme d'Irvine Welsh, transcendé par une bande originale carabinée (l'hymne Born Slippy d'Underwold) qui révèle une nouvelle génération de comédiens made in Britain, Ewan McGregor ou Kelly Macdonald en tête. Avec treize longs à son actif, Boyle se construit une filmographie qui flirte tantôt avec la comédie noire (A Life Less Ordinary, 1997), la science-fiction (Sunshine, 2007), le tube interplanétaire oscarisé (Slumdog Millionaire, 2008), le quasi expérimental (127 Hours, 2010) ou le biopic (Steve Jobs, 2015).
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À main gauche, Danny Boyle. Cinéaste qu'on ne vous fera pas l'injure de présenter pendant des plombes depuis son Trainspotting (1996), film coup de poing adapté du roman éponyme d'Irvine Welsh, transcendé par une bande originale carabinée (l'hymne Born Slippy d'Underwold) qui révèle une nouvelle génération de comédiens made in Britain, Ewan McGregor ou Kelly Macdonald en tête. Avec treize longs à son actif, Boyle se construit une filmographie qui flirte tantôt avec la comédie noire (A Life Less Ordinary, 1997), la science-fiction (Sunshine, 2007), le tube interplanétaire oscarisé (Slumdog Millionaire, 2008), le quasi expérimental (127 Hours, 2010) ou le biopic (Steve Jobs, 2015). À main droite, Richard Curtis. Avec 62 printemps à son actif, comme Boyle, le natif de Wellington est, pour paraphraser les Anglo-Saxons, un hitmaker. Une machine à succès qui a redynamisé la comédie romantique au pays de Sa Gracieuse Majesté en écrivant quelques pépites aussi sémillantes que drôles si l'on se remémore le plaisir assumé de spectateur devant Four Weddings and a Funeral (1994), Notting Hill (1999) ou les deux Bridget Jones (2001 et 2004). Curtis est également réalisateur à ses heures, avec le choral Love Actually (2003) et le groovy The Boat That Rocked (2009). Ce qui peut apparaître comme une collaboration incongrue a pourtant le mérite de fonctionner (lire critique ci-dessous) à l'écran. Et quand Boyle déboule dans la suite d'un grand hôtel du centre de Londres en tandem avec Richard Curtis, il attend quasi avec un sourire en coin "la" question sur son partenariat avec le scénariste. "Quand je réfléchis à Four Weddings and a Funeral et à Trainspotting, s'anime Boyle, je ne vois pas de grandes différences parce que les deux films parlent de l'amitié. Trainspotting n'est pas un film sur la drogue même si les mecs se défoncent. Le propos, c'est plutôt la désintégration d'une amitié entre potes. Par ailleurs, Richard m'avait donné un coup de main pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres. Quand il m'a contacté, je me suis souvenu du soir où j'ai vu Four Weddings and a Funeral dans un cinéma londonien et c'était évident que le film allait être un succès. Et cela, c'est grâce à la dynamique du scénario. Si vous me demandez si je suis allergique à la comédie romantique, je vous réponds par la négative mais pour cela, il vous faut le meilleur script. Et on ne peut pas dire que A Life Less Ordinary en était une, de comédie romantique... Ceci étant, Richard est pareil que moi, nous sommes vraiment obsédés par la musique. Regardez mes films, la musique y a toujours été une part cruciale de l'histoire." De musique, il en est question dans Yesterday. De fait, le scénario de Curtis est culotté quand d'autres le trouveront risqué. En un tour de passe-passe (une panne d'électricité à l'échelle du globe), un musicien amateur Jack, interprété par un épatant Himesh Patel dont c'est le premier rôle au cinéma, se retrouve dépositaire du répertoire des Beatles dans un monde où personne n'a jamais entendu Help, Let it Be ou While My Guitar Gently Weeps. Parrainé par Ed Sheeran (en chair et en os), Jack va devenir une star mondiale avec un répertoire qui n'est pas le sien. Et sera tiraillé entre scrupules d'être un imposteur et papillons dans le ventre chaque fois qu'il est à proximité de sa vieille pote Ellie. Une Ellie joliment campée par Lily James (Downton Abbey ou le remake de Rebecca pour Netflix) dont la candeur rappelle les débuts de Keira Knightley ou de Gemma Arterton. Excusez du peu. Comme il le concède lui-même, Danny Boyle a la musique dans la peau. Et pourtant, bandes originales mises à part (impossible de ne pas mentionner le frontal Paper Planes de M.I.A dans Slumdog Millionaire), c'est la première fois avec Yesterday que le réalisateur s'attaque à un projet où la musique, en l'occurrence les chansons de Paul, John, George et Ringo, est aussi déterminante. "Comment voulez-vous que je refuse un projet comme celui-là?", s'emballe un Boyle à l'enthousiasme toujours aussi communicatif. "C'est totalement irrésistible. Et puis, c'est un sentiment merveilleux de réaliser un film autour des chansons des Beatles alors que ce n'est pas un film sur les Beatles vu qu'il ne s'agit pas d'un biopic. C'est aussi un sacré challenge. J'ai une théorie: si la place de la musique est cruciale, c'est parce qu'elle fait partie de notre ADN. Je reste convaincu que les Beatles, comme plein d'autres dans les années 60, ont rendu le monde meilleur. La musique nous a tous et toutes transformés. Elle nous a appris à aimer, à pleurer, à gérer tout un panel d'émotions. Malheureusement, il n'y a pas de scènes de danse dans le film mais c'est ainsi. Je dis cela parce j'avais pris tellement de bonheur à filmer celle avec Cameron Diaz et Ewan McGregor dans A Life Less Ordinary. Idem avec la scène finale de Slumdog Millionaire." On profite de l'occasion pour ouvrir une petite parenthèse et demander à l'intéressé si, comme on a pu le lire par ailleurs, il va réaliser Creation Stories, l'adaptation des mémoires du fondateur du label Creation (The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine, Oasis, Primal Scream...) Alan McGee. "Je vais le produire et ça va être quelque chose, sourit Boyle. C'est Nick Moran qui va le réaliser et Rupert Everett est aussi de l'aventure." Fin de la parenthèse pour revenir à Penny Lane ou Abbey Road. C'est suite à un coup de téléphone d'un ami que Richard Curtis a pris connaissance de l'intrigue de Yesterday. Mais pour le scénariste, c'est surtout l'opportunité de travailler sur un matériau inédit qui l'excite même s'il possède le kit complet de la comédie romantique en dix leçons. Ce qu'on pouvait s'imaginer comme le plus "compliqué" -choisir parmi plus de 200 chansons- s'est avéré plus simple que prévu. "Il a d'abord fallu régler la question des droits, contextualise Curtis. Comme ce sont des chansons que Himesh Patel interprète, ça ne posait pas de problème. Nous avons choisi les plus populaires en sachant pertinemment que nous n'avions que l'embarras du choix. L'idée était aussi de faire coller les chansons à l'état d'esprit du personnage de Jack. Lorsqu'il chante pour la première fois Yesterday, la couleur est très romantique. Par contre, sa version de Help est beaucoup plus énervée parce qu'au moment où il la chante, Jack est vraiment remonté. À partir du moment où il part assurer la première partie de Ed Sheeran en Russie, Back in the USSR s'imposait." Et dans tout cela, qu'en dit Paul McCartney? "On lui a évidemment écrit et il nous a répondu quelque chose du genre: "Faites comme vous voulez mais Scrambled Eggs (à la base, titre de travail) est un bien meilleur titre que Yesterday"". On essaie? "Scrambled eggs, All my troubles seemed so far away..."