Quatre hommes pour un "casse". Un magot, un fourgon, des armes, des coups de feu qui claquent, l'argent qui change de main, et puis la fuite. L'adrénaline coule à flot. Avec Liam Neeson en meneur, la petite bande semble assurée de réussir son coup. Mais les choses se compliquent, la police rapplique plus vite qu'attendu, le piège se referme. Et le quatuor de malfrats de finir dans le brasier d'un véhicule devenu leur tombe... Ainsi commence Widows, avant de passer d'un seul coup, "cut", aux veuves du titre, épouses ou compagnes des quatre braqueurs morts. Viola Davis incarne Veronica, celle qu...

Quatre hommes pour un "casse". Un magot, un fourgon, des armes, des coups de feu qui claquent, l'argent qui change de main, et puis la fuite. L'adrénaline coule à flot. Avec Liam Neeson en meneur, la petite bande semble assurée de réussir son coup. Mais les choses se compliquent, la police rapplique plus vite qu'attendu, le piège se referme. Et le quatuor de malfrats de finir dans le brasier d'un véhicule devenu leur tombe... Ainsi commence Widows, avant de passer d'un seul coup, "cut", aux veuves du titre, épouses ou compagnes des quatre braqueurs morts. Viola Davis incarne Veronica, celle qui partageait l'existence du chef (Liam Neeson). À la douleur terrible de perdre son aimé s'ajoutera immédiatement une autre grave nouvelle: l'argent volé l'a été à des gens aussi peu recommandables que puissants, et ils exigent d'être remboursés... Comment Viola et ses consoeurs en veuvage vont tenter de se sortir d'une situation mortellement dangereuse, comment elles vont réaliser que la seule solution réside sans doute dans la perpétration d'un nouveau "casse", le film de Steve McQueen nous le narre avec un sens de l'action et de la tension dramatique intenses. Le cinéaste de Hunger, Shame et 12 Years a Slave découvre le film de genre et se régale de ses passages obligés avec une belle efficacité. Mais il ne se contente pas d'utiliser les codes du thriller, du polar noir: il est bien décidé à les transgresser... Le paysage humain du Chicago d'aujourd'hui révèle chez McQueen un fossé profond entre celles et ceux qui prospèrent, d'une part, celles (surtout) et ceux qui courent la survie matérielle, de l'autre. Avec une police minée par la corruption et une classe politique se servant dans la caisse plutôt que de servir ses concitoyens. Sombre tableau d'une grande ville comme il y en a tant d'autres, mais où le concentré d'inégalités et de tricherie appelle la violence comme il le faisait déjà au temps des Al Capone, Johnny Torrio et autre Frank Nitti. Rien de très neuf, en fait, mais le regard de McQueen réinvestit le cliché par deux choix décisifs : nourrir une texture chorale et sociale à la manière du cinéma réaliste anglais, et placer de bout en bout des femmes au premier plan de l'action. Widows ne tient en rien du pamphlet féministe, mais il ne cesse de questionner le genre, et à travers lui la société qu'il reflète, à la lumière des questions que se posent ses héroïnes, en tant que veuves de hors-la-loi et potentielles braqueuses elles-mêmes bien sûr, mais aussi dans tous les autres aspects de leur existence. Sans oublier évidemment leurs rapports avec une gent masculine les approchant rarement pour ce qu'elles sont, prisonnières elles-mêmes d'une vision réductrice et forcément sexualisée. Dans les meilleurs moments du film, McQueen renoue avec cette complexité intérieure que ses meilleures oeuvres, Hunger et Shame, travaillaient si fort et si bien.