La preuve encore avec cette histoire de rébellion d'une agricultrice contre la coopérative laitière qui régit tout dans sa région avec des méthodes douteuses, et qui menace de mettre en faillite la ferme qu'elle gère seule depuis la mort de son mari. Sur un sujet au potentiel spectaculaire en principe réduit, Grimur Há...

La preuve encore avec cette histoire de rébellion d'une agricultrice contre la coopérative laitière qui régit tout dans sa région avec des méthodes douteuses, et qui menace de mettre en faillite la ferme qu'elle gère seule depuis la mort de son mari. Sur un sujet au potentiel spectaculaire en principe réduit, Grimur Hákonarson (réalisateur du succulent Béliers) signe un film qui réussit l'alliage du drôle et du tragique, du social et de l'intime. Arndís Hrönn Egilsdôttir y est formidable dans le rôle de la vaillante et révoltée Inga, héroïne d'une Guerre du lait riche en émotions. On respire avec cette femme résiliente, assumant ses faiblesses tout en trouvant le courage de défier un système né de très bonnes intentions mais désormais perverti. On vibre à ses audaces, à ses provocations, aux retours de bâton qu'elle subit, inévitablement, car Mjólk, la guerre du lait n'est pas vraiment le "feelgood movie" qu'on pourrait croire... Quittant la salle, on reste confondu par cette faculté qu'ont les films islandais de toucher juste et bien de manière universelle, tout en s'ancrant fermement dans la réalité locale et particulière d'un pays de 320.000 habitants où une ruralité -comme partout en recul (200.000 citoyens vivent dans la capitale Reykjavik)- tient une part encore déterminante dans la vie économique mais aussi dans l'imaginaire national. L'humour islandais décalé, toujours un peu rebelle et allégeant le drame sans jamais le nier, n'y est sans doute pas pour rien.