Prof d'Histoire dans un lycée, Louise (Erika Sainte) semble toujours un peu à côté de ses pompes, perdue dans ses rêveries, quand elle ne s'assoupit pas tout simplement -ainsi, lorsqu'on la découvre étendue dans un parc, où elle a laissé le temps filer. La rencontre au détour d'un couloir de l'école de Dimitri, l'amoureux de ses dix ans ve...

Prof d'Histoire dans un lycée, Louise (Erika Sainte) semble toujours un peu à côté de ses pompes, perdue dans ses rêveries, quand elle ne s'assoupit pas tout simplement -ainsi, lorsqu'on la découvre étendue dans un parc, où elle a laissé le temps filer. La rencontre au détour d'un couloir de l'école de Dimitri, l'amoureux de ses dix ans venu remplacer un prof d'anglais, va la replonger dans ses souvenirs d'enfance. Direction une ferme normande au coeur des années 80, quand tout le monde, à commencer par son père adoré, la surnommait Louloute et que sa vie était sur le point de basculer... S'ensuit un récit procédant par allées et venues dans le temps, les fréquents retours sur le passé révélant l'univers de la fillette dont l'horizon campagnard insouciant allait être obscurci par les problèmes rencontrés par la ferme laitière familiale, sous l'effet de la politique européenne des quotas. Une histoire que Hubert Viel (Artémis, coeur d'artichaut) filme à hauteur d'enfant, épousant le point de vue exclusif de Louloute (formidable Alice Henri, qu'encadrent judicieusement Bruno Clairefond et Laure Calamy) pour embrasser un quotidien s'échappant à l'occasion du côté du conte, lors d'une belle séquence onirique en particulier. La tendresse du regard, si elle atténue les aspérités, ne les gomme pas pour autant. Et ce beau portrait d'enfance, aussi inspiré que délicatement bercé de mélancolie, instruit encore, l'air de rien et sans rien y sacrifier de sa fraîcheur, une réflexion sur le monde agricole à l'aune des changements imposés par l'économie libérale. Une réussite.