Eminemment singulier, le film s'insinue, trois ans après sa mort accidentelle, dans l'intimité de la famille de la photographe de guerre Isabelle Reed (Isabelle Huppert), à savoir Gene, son mari, (Gabriel Byrne) et Jonah et Conrad, leurs enfants (Jesse Eisenberg et Devin Druid). Et de les confronter aux fantômes du passé et autres souvenirs plus ou moins enfouis à l'occasion d'une prochaine exposition consacrée à la défunte.

La matière est dense, et brasse des sentiments aussi complexes que divers; Trier l'assemble à la manière d'un patchwork, mélangeant les points de vue comme les modes de narration tout en bousculant la temporalité. Séduisante sur le papier, la proposition polyphonique ne fonctionne toutefois qu'imparfaitement: si, comme dans son opus précédent, le cinéaste confirme savoir infiltrer comme peu d'autres les ressorts de la solitude (adolescente, pour le coup, et la prestation de Devin Druid, apprécié dans la minisérie Olive Kitteridge, est un modèle du genre), le film semble paradoxalement se déliter sous le poids de ses intentions et d'une mise en scène par trop tape-à-l'oeil. Au point de voir ce drame familial à déflagrations multiples prendre bientôt un tour un peu vain, que ne suffisent pas à compenser diverses audaces et autres moments inspirés -cet incroyable gros plan frontal d'Isabelle Huppert, une chorégraphie lévitant au son de Rock the Box, de Sylvester, ou encore une déambulation glissant de la nuit au petit matin en s'abandonnant dans une voix off mélancolique, loin, toutefois, de la fulgurance de Oslo, 31 août...

De Joachim Trier. Avec Isabelle Huppert, Jesse Eisenberg, Devin Druid. 1h49. Sortie: 02/03.

Eminemment singulier, le film s'insinue, trois ans après sa mort accidentelle, dans l'intimité de la famille de la photographe de guerre Isabelle Reed (Isabelle Huppert), à savoir Gene, son mari, (Gabriel Byrne) et Jonah et Conrad, leurs enfants (Jesse Eisenberg et Devin Druid). Et de les confronter aux fantômes du passé et autres souvenirs plus ou moins enfouis à l'occasion d'une prochaine exposition consacrée à la défunte. La matière est dense, et brasse des sentiments aussi complexes que divers; Trier l'assemble à la manière d'un patchwork, mélangeant les points de vue comme les modes de narration tout en bousculant la temporalité. Séduisante sur le papier, la proposition polyphonique ne fonctionne toutefois qu'imparfaitement: si, comme dans son opus précédent, le cinéaste confirme savoir infiltrer comme peu d'autres les ressorts de la solitude (adolescente, pour le coup, et la prestation de Devin Druid, apprécié dans la minisérie Olive Kitteridge, est un modèle du genre), le film semble paradoxalement se déliter sous le poids de ses intentions et d'une mise en scène par trop tape-à-l'oeil. Au point de voir ce drame familial à déflagrations multiples prendre bientôt un tour un peu vain, que ne suffisent pas à compenser diverses audaces et autres moments inspirés -cet incroyable gros plan frontal d'Isabelle Huppert, une chorégraphie lévitant au son de Rock the Box, de Sylvester, ou encore une déambulation glissant de la nuit au petit matin en s'abandonnant dans une voix off mélancolique, loin, toutefois, de la fulgurance de Oslo, 31 août...