Il aura fallu attendre sept ans le second long métrage de Jan-Ole Gerster, cinéaste allemand révélé en 2013 par Oh Boy, errance jazzy habillée de noir et blanc qu'allaient auréoler de multiples distinctions, des German aux European Film Awards. Un film avec lequel Lara partage aujourd'hui une même unité de lieu -Berlin, personnage à part en...

Il aura fallu attendre sept ans le second long métrage de Jan-Ole Gerster, cinéaste allemand révélé en 2013 par Oh Boy, errance jazzy habillée de noir et blanc qu'allaient auréoler de multiples distinctions, des German aux European Film Awards. Un film avec lequel Lara partage aujourd'hui une même unité de lieu -Berlin, personnage à part entière de l'histoire- et de temps, s'étirant sur une journée à la fois banale et particulière. Soit, en l'occurrence, 24 heures dans la vie de Lara Jenkins (Corinna Harfouch, vue dans Der Untergang), femme à la solitude lasse, se réveillant, le jour de ses 60 ans, animée de sombres intentions. Scénario auquel un coup de sonnette impromptu va toutefois apporter un correctif, la réalité la rattrapant dans la foulée: son fils Viktor (Tom Schilling), resté sourd à ses appels depuis de longs mois, donne un récital de piano ce soir, événement qui va la conduire à adopter un comportement inattendu, non sans reconsidérer les choix posés tout au long de sa morne existence au gré de rencontres successives. Il y a du Michael Haneke dans la manière dont Jan-Ole Gerster trace au scalpel le portrait de cette femme secrète et froide ayant fait le deuil de toute tentative de séduction pour s'en tenir à une austérité confinant à la raideur, blessante au besoin. Masque en apparence figé sous lequel va affleurer une certaine fragilité à mesure que le film travaille une relation mère-fils ambiguë et douloureuse. Et l'émotion de s'insinuer dans la foulée au coeur d'un récit auquel Corinna Harfouch, exceptionnelle, réussit à conférer une densité peu banale.