"La vie continue. Encore un film à faire!" La voix du réalisateur accompagne les derniers plans d'In Another Life sur le mode de l'espoir. Car elle doit continuer, cette relation très spéciale entre Philippe de Pierpont et ces six enfants des rues du Burundi rencontrés par hasard un jour de 1991 et auxquels il a déjà consacré trois documentaires. Les gamins, échappés à l'impasse (voire la violence) familiale pour se prendre en charge en ville, ont grandi, sont devenus des adultes bientôt quadragénaires. Enfin, cinq d'entre eux, car Philibert n'est plus. Il a été battu à mort après avoir chapardé quelques poissons... Devant la caméra, ils se livrent, ouvrent leur coeur à un réalisateur qui est aussi leur ami. On les voit courir, aussi, en travellings récurrents, car telle est leur vie: courir pour le travail, courir pour trouver de quoi manger, courir pour fuir la police. Un peu plus d'un quart de siècle de retrouvailles, scandé par Bichorai (1974), Maisha ni karata. La vie est un jeu de carte (2003) et à présent In Another Life. Ce dernier tient du lamento, qu'un air baroque souligne sans lourdeur. La réalité est dure, presque désespérante, pour nos survivants, désignés autrefois par le pouvoir comme "des saletés à balayer", marqués aussi par la guerre, la chasse aux Tutsis des années sombres du génocide. Pourtant les rêves subsistent, l'avenir s'imagine meilleur. Il ne peut sans doute être pire... De Pierpont filme sans pathos, retenant peut-être une rage intérieure, témoin qu'il est d'une injustice devenue presque banale. Son film est intense, lumineux, par moments poétique. Il nous regarde autant que nous le regardons. Et il reste en nous.

De Philippe de Pierpont. 1h17. Sortie: 17/11. ****