Vous aviez apprécié le trip autodestructeur de Charlize Theron dans Monster, ce thriller vengeur et féministe de 2003 où la star d'origine sud-africaine ravageait sa grande beauté pour apparaître quasi méconnaissable? Vous y penserez en regardant Destroyer, où la non moins sublime Nicole Kidman se défigure pour incarner une héroïne marginale. Erin Bell vient de passer la nuit dans sa voiture, sous un pont de Los Angeles. Amaigrie, le visage émacié, étique à faire peur avec son regard perdu, comme délavé à l'alcool et au manque de sommeil, elle débarque sur une scène de crime. Et ses collègues de la police l'en expulsent rapidement. Ce n'est pas son affaire. Pourtant, le tatouage marquant la nuque du défunt a éveillé l'attention d'Erin. Il lui rappelle quelque chose. Erin va entamer sa propre enquête, au péril de ce sa vie, ou de ce qu'il en reste... Ainsi commence Destroyer, polar noir charbon à la texture de flash-back révélant peu à peu les raisons du mal-être de son héroïne presque aussi morte que vivante. Un film dont la justification majeure est inévitablement d'offrir un véhicule à la prestation d'une actrice en rupture d'image, et qui joue à fond le jeu de la noirceur ambiante. Kidman se donne à son rôle, avec un résultat troublant. Et Karyn Kusama (Girlfight, Jennifer's Body) assure dans les scènes d'action, elle dont la carrière ne tient pas ses promesses mais qui sait encore jouer des codes du thriller, fût-il comme ici noir et masochiste. Mais il manque à Destroyer ce qu'avait Monster: un véritable enjeu narratif, qui puisse nous emmener au-delà des limites du film à performance.

De Karyn Kusama. Avec Nicole Kidman, Toby Kebbell, Tatiana Maslany. 2h02. Sortie: 13/03. ***