"La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. [...] C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur."
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"La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils. [...] C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur."Cette idée du soleil associé à l'accomplissement d'un destin funeste, c'est évidemment le Meursault de Camus qui la formule. Mais elle pourrait tout aussi bien être le fait d'un des nombreux protagonistes du Coup de chaud de Raphaël Jacoulot, drame rural à l'issue fatale inspiré d'un fait divers réel résultant d'une série de bouillonnements individuels alimentés par la rumeur, et la perméabilité des uns et des autres à celle-ci, dans un village où chacun cherche sa place, sans forcément toujours la trouver. A l'image de Josef (Karim Leklou, formidablement investi en idiot du village), ange sacrifié sur l'autel des tensions communautaires, qui essuie rejet sur rejet dans sa quête certes maladroite, et parfois très intrusive, d'acceptation, de reconnaissance sociale et affective. "Il s'agit d'un fait divers qui s'est passé en 2008 dans l'est de la France, en Franche-Comté, dont je suis originaire, se souvenait Raphaël Jacoulot lors de son passage au dernier Festival international du film francophone de Namur. Quand j'ai découvert cette histoire dans la presse, il y a quelque chose qui m'a d'emblée intéressé. Tout le mécanisme à l'oeuvre dans cette affaire me semblait d'une complexité assez étonnante, dans ce que ça disait sur l'exclusion, la figure du coupable... Avec ma scénariste Lise Macheboeuf, on s'est rendus aux deux procès d'assises, en 2011 et 2012. C'était l'occasion de recueillir tout un ensemble de paroles des villageois. Je voulais comprendre comment ces gens avaient pu en arriver là, comme cette violence était possible. Parce qu'on parle ici d'une violence collective, où les tensions des uns et des autres se sont agglomérées pour faire boule de neige."Solidement enraciné dans ce terreau d'origine, le film, dont le réalisme tragique se nourrit du motif de la spirale, de l'engrenage fatidique, n'en traduit pas moins un point de vue fort, une subjectivité d'auteur exprimée notamment dans cette idée d'une canicule s'abattant sur le village, élément de fiction contribuant à tendre le récit, dont elle constitue un personnage à part entière. "La chaleur occupe une fonction importante. Elle accable, oui, comme chez Camus, avec l'idée d'une lourdeur, d'une chape de plomb qui pèse sur les hommes. La chaleur agit sur les personnages, mais reflète aussi leur état d'esprit, leurs échauffements propres. Cette canicule symbolise également la période de crise qu'ont le sentiment de traverser ces villageois, propice à l'aggravation parfois radicale des tensions."Fidèle au fait divers criminel qui le fonde, Coup de chaud ne prend jamais la forme du Cluedo qu'il aurait pu être, préférant privilégier le portrait peu amène d'une communauté dysfonctionnelle, moralement rongée par la gangrène, aux ressorts policiers du whodunit classique. "Quand on s'empare d'un fait divers, il faut dépasser l'anecdote. Moi ce qui m'intéresse avant tout, c'est de comprendre ce qui mène à celui-ci. Je n'ai jamais eu envie de créer du mystère ou du suspense autour de la mort qui noyaute le récit."Film choral où les petits problèmes et lâchetés des uns et des autres fusionnent peu à peu en une grande obsession commune, celle d'un bouc émissaire polarisant les peurs et les pires fantasmes, Coup de chaud rappelle autant le Dupont Lajoie d'Yves Boisset que Le Corbeau de Clouzot. "Ces deux films nous ont totalement accompagnés durant l'écriture. Tout comme le cinéma de Fritz Lang: Fury, M le maudit... Je suis passionné par l'idée d'observer comment l'individu disparaît dans le groupe. Je voulais montrer comment la violence s'organisait chez les villageois, presque malgré eux, et comment les différentes responsabilités s'agrégeaient entre elles dans un crescendo de noirceur menant au fiasco. C'est vraiment une affaire de curseur émotionnel."Fasciné par ce qui circule entre le micro et le macro, le singulier et le collectif, l'intime et le public, le réalisateur de Barrage (2006) renoue aussi en sous-texte avec la question des rapports de classes qui traversait déjà son précédent film, Avant l'aube, avec Jean-Pierre Bacri et Vincent Rottiers. "Chaque personnage est interrogé par rapport à son voisin et à la place qu'il occupe. En termes de territoire. Ce n'est pas délibéré, mais j'ai conscience que des correspondances se tissent entre mes trois films, tous travaillés par la question de l'enfermement, de l'influence du climat sur les hommes... Là je suis occupé à écrire un quatrième long métrage, qui se passe dans un tout autre milieu. J'ai envie d'explorer, d'aller voir ailleurs, mais je m'aperçois que dès que j'investis un nouvel endroit, je le nourris de mes propres préoccupations." ˜