Si l'adolescent solitaire n'accueille la nouvelle qu'avec un enthousiasme modéré, les choses changent lorsqu'il se lie d'amitié avec Antonio (Michael Barbieri), le fils de la couturière occupant la boutique du rez-de-chaussée. Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si, pressé par sa soeur Audrey (Talia Baslam), le père du gamin, Brian (Greg Kinnear), ne décidait d'augmenter le loyer du magasin -peu en rapport avec la réalité du marché, il est vrai. Et les adultes de bientôt se déchirer, au grand mécontentement de leurs enfants, qui entament dès lors une grève de la parole, expression matérielle d'un conflit qui va s'insinuer en profondeur...

On se souvient, à la vision de Brooklyn Village, des deux gosses du merveilleux Bonjour de Ozu, qui décidaient de ne plus parler dès lors que leurs parents leur interdisaient de regarder la télévision. La comparaison s'arrête là, toutefois, et si Ira Sachs (Married Life, Love Is Strange) a assurément le trait délicat, son film, éminemment new-yorkais par ailleurs (ce que souligne d'ailleurs son titre international, préféré -comprenne qui pourra- à l'original Little Men), peine à transcender un argument fort ténu en définitive. Sensible dans le regard qu'il porte sur l'adolescence en particulier, et soutenu par une interprétation sans failles (aux susnommés, il faut ajouter Jennifer Ehle, Paulina Garcia et Alfred Molina), ce film modeste dispense toutefois un charme indéniable, que son final voile de ce qu'il convient d'amertume. Le Grand Prix du festival de Deauville paraît néanmoins quelque peu surestimé.

DE IRA SACHS. AVEC GREG KINNEAR, THEO TAPLITZ, JENNIFER EHLE. 1 H 25. SORTIE: 21/12. ***(*)