Adaptant le roman graphique Gemma Bovery, de Posy Simmonds, Anne Fontaine signait, il y a quelques années de cela, une variation inspirée autour de Flaubert, Gemma Arterton se muant pour le coup en belle ensorceleuse. La démarche présidant aujourd'hui à Blanche comme neige n'est guère éloignée, qui voit la cinéaste s'emparer de Blanche-Neige, le conte des frères Grimm, pour en proposer, avec la complicité de son coscénariste Pascal Bonitzer, une relecture aussi audacieuse que jubilatoire.
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Adaptant le roman graphique Gemma Bovery, de Posy Simmonds, Anne Fontaine signait, il y a quelques années de cela, une variation inspirée autour de Flaubert, Gemma Arterton se muant pour le coup en belle ensorceleuse. La démarche présidant aujourd'hui à Blanche comme neige n'est guère éloignée, qui voit la cinéaste s'emparer de Blanche-Neige, le conte des frères Grimm, pour en proposer, avec la complicité de son coscénariste Pascal Bonitzer, une relecture aussi audacieuse que jubilatoire. Soit donc l'histoire de Claire (Lou de Laâge), jeune femme dont la lumineuse beauté n'en finit pas de faire de l'ombre à sa belle-mère, Maud (Isabelle Huppert). Laquelle, lorsqu'elle découvre qu'elle ne laisse pas insensible Bernard (Charles Berling), son compagnon, décide ni plus ni moins que d'éliminer sa "rivale". L'entreprise échoue toutefois suite à l'intervention d'un inconnu (Damien Bonnard) qui décide de la recueillir dans la ferme isolée où il vit en compagnie de son frère jumeau et d'un violoncelliste réservé (Vincent Macaigne) flanqué de son chien, Tchernobyl... C'est peu dire que l'arrivée de la nouvelle venue va susciter quelque émoi, à la maisonnée succédant le village, dont les habitants tombent les uns après les autres sous le charme ravageur et décomplexé de l'inconnue. Et Claire de s'émanciper au fil de ses rencontres avec des hommes différents -au nombre de sept, comme de juste-, toute de gaieté, de fraîcheur et de sensualité... Réinventer Blanche-Neige sous les traits d'une femme libérée, la proposition ne manquait pas de sel. Elle nous vaut une version aussi décalée que réjouissante du conte, dont le film respecte divers codes -la forêt, la pomme, des profils masculins s'inspirant de ceux des nains, failles en sus...- comme pour mieux les détourner, pour une comédie infusée d'érotisme diffus et placée sous le double signe de la fantaisie et du désir, le tout relevé encore d'une touche hitchcockienne. Décoiffant, ce cocktail s'avère surtout enivrant qui, à sa parfaite exécution -la photographie d'Yves Angelo et la musique de Bruno Coulais se déclinent en appels de l'imaginaire- ajoute une appréciable liberté de ton. De fait, cet éveil au féminin s'opère à l'abri d'une quelconque posture moralisatrice pour affirmer, l'air de rien, les vertus de l'anticonformisme, perspective n'étant pas sans faire écho au cinéma des frères Larrieu. Un cadre dans lequel Isabelle Huppert trouve un rôle à sa démesure, Reine cultivant un sens aiguisé de l'ambiguïté, là où, s'amusant de son pouvoir de séduction face à une cour où l'on retrouve encore Benoît Poelvoorde ou Richard Fréchette, Lou de Laâge signe une composition étincelante, affichant un naturel aussi solaire qu'effronté -définitivement affranchie, en somme.